‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 165 sur 188 · LIVRE 111°. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LIVRE 111°. — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE

hasarder ici une conjecture? Nos lecteurs n'ont pas oublié le mystérieux Père Ridoux qui, en 1858, à Notre-Dame des Victoires, fit à la supérieure du Canada des prédictions que l'événement justifia. Eh bien ! l'on a cru, sans preuves absolument certaines d'ailleurs, qu'il lui avait également prédit sa mort, suivant de près celle du Pape.

Quoiqu'il en soit, il est certain que dès lors, dans ses paroles et dans ses actes, mère Saint-Maurice se préparait visiblement au dernier sacrifice.

— « Tant que l'on a ses cheveux sur la -tête, dit- « elle plusieurs fois, même hors de propos, on ne « sent pas qu'on les a ; mais à l'heure où ils sont « arrachés, on comprend combien l'on y tenait. » — Et les sœurs se demandaient ce que signifiaient ces mots, ne pouvant se résoudre à en soupçonner même le sens.

— « Vous prierez bien pour moi quand je n'y « serai plus, n'est-ce pas, ma fille ; vous me le pro- « mettez ? » dit-elle à une sœur. Et a une autre :

— « J'ai bien 'des malades autour de moi ; mais je « crois que je partirai la première. »

En expliquant certaines affaires, elle ajoutait :

— « Vous avez bien compris? Vous serez donc bien

« au courant de cela, n'est-ce pas ? »

Puis, comme à la veille d'un départ, elle se débarassait de tous les menus objets qui étaient à sa libre disposition. Une sœur venait-elle la voir, elle ne s'en allait point les mains vides. Cette autre passait-elle devant sa porte, mère Saint-Maurice l'appelait et lui donnait un petit souvenir. Et tout en acceptant ces gâteries d'une mère, on leur trouvait un singulier caractère, sans que personne n'osât y lire un triste présage.

Elle en était là de toutes ses dispositions temporelles, quand le 1er avril son âme s'unit plus détachée et plus ardente à Jésus-Hostie. Nous l'avons dit, elle célébrait le cinquantième anniversaire de sa première communion.

Ce jour-la, elle s'occupa, toute la matinée, des affaires de la Congrégation. Pendant le dîner de la Communauté, qu'elle présida comme d'habitude, elle fit lire un discours sur la mort de Pie IX, prononcé par M. Raymond supérieur de la Présentation, au Canada. Puis, sa récréation ayant été passée avec les malades, elle reprit un travail de comptabilité commencé le matin. Mais, à trois heures, une douleur d'estomac l'arrêta soudain. On voulut la faire mettre au lit — « Non, non, dit-elle, ce ne sera rien » ; — et elle continua à entendre les sœurs. Toutefois, vers cinq heures, après avoir signé les

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