LIVRE IIIe — LA SUPÉRIEURE GÉNÉRALE
lettres du courrier, elle dut se coucher. — C'était pour la dernière fois i Elle tombait du moins les armes à la main, à la façon des âmes vaillantes. Cette gloire était bien due à son grand caractère.
C'était une maladie de foie avec quelques complications de rhumatisme qui renversait à 62 ans celle dont le tempérament énergique pouvait faire espérer une carrière encore longue. Les symptômes précis de ce mal ne se révélèrent que le second jour. Une médication intelligente fut employée , mais sans succès.
La douce et édifiante malade se prêta à tout ce qui lui fut demandé. Mais, en se montrant reconnaissante des soins que la science et le dévouement lui prodiguaient, elle cherchait plus haut son dernier remède dans le Fiat volunlas, qui avait soutenu toute sa vie. — « Prions un peu » , disait-elle aux sœurs qui l'entouraient ; et elle continuait : — « Jésus, « Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon « esprit et ma vie. Jésus, Marie, Joseph, assistez- « moi dans ma dernière agonie. Jésus, Marie, Jo- « seph, faites que j'expire en votre sainte compact gnie. Cœur de Jésus, accordez-moi la grâce de « faire, pendant cette heure et toujours, la joie de « votre bon plaisir. » — Ainsi priait, pour se disposer a son dernier souffle, celle dont la guérison était
demandée avec larmes par la Communauté tout entière, vivement émotionnée, comme on le pense bien.
Le jeudi 4 avril, une Circulaire annonçait a la Congrégation l'état alarmant de sa supérieure générale.
Le soir même, la situation empirait. Quelles angoisses pour les pauvres filles de la vénérable mère Rivier, menacées de perdre celle qui avait si bien hérité de l'esprit de la sainte fondatrice ! Que de vœux montèrent à Dieu ! Que de vies offertes pour conserver celle-là, qui semblait plus utile au bien ! Mais, hélas, l'illusion ne fut bientôt plus possible. La chère malade délirait ; et dans son délire même sa pensée, comme sa foi, se trahissait : — « ïl faut sortir d'ici, disait-elle ;.il faut sortir d'ici... « Loué soit Jésus-Christ ! Ainsi soit-il. »
Il était sept heures, quand Notre-Seigneur vint, une dernière fois, visiter au seuil de son éternité celle qui Lui avait été une servante si fidèle. Au moment où Jésus-Hostie pénétrait dans sa chambre, mère Saint-Maurice Le salua de ces mots : — « Oh ! « mon bon Maître, je crois et je vous adore. » — Et elle Le reçut dans son cœur avec un pieux amour, se r jllétant sur ses traits comme un rayon du ciel.
— « Ma mère, lui dit-on ensuite, vous ne serez