‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 18 sur 188 · LIVRE Ier. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. — LA RELIGIEUSE

instant à se courber vers de jeunes intelligences, pour en favoriser l'éclosion et en diriger les mouvements ; ne se laisser rebuter jamais par la lenteur du succès, ni même par l'insuccès ; s'attacher en même temps a former le cœur qui s'épanouit, qui a besoin de soleil, mais d'un soleil vivifiant et non brûlant ; savoir, en ce labeur, supporter bien des soubresauts de la nature, peut-être même des révoltes du premier levain, pour les réprimer sans rien briser : voilà la mission de V institutrice. Que de patience, que de délicatesses, que d'abnégation elle exige ! Comment a-t-on jamais pu songer que cela fût praticable sans le secours de Dieu, autrement que sous le regard du Christ-Jésus ?

Mais la religieuse, qui remplit cette lourde tâche, a pour elle une force spéciale. Elle se sent apôtre et en elle c'est le dévouement qui se donne carrière. Ce n'est pas seulement, comme on l'a dit, que l'absence de liens humains l'exempte de toute autre préoccupation et .la laisse entièrement a son œuvre ; la plus vraie et la plus haute de toutes les explications de son rôle, c'est que dans cette œuvre la Reliligieuse voit et cherche Dieu.

Une sœur de la Présentation ne le comprend pas autrement. Se faire bien humble, se mettre comme un instrument entre les mains de la Providence et

ne vouloir que le travail auquel le Divin Ouvrier emploie cet instrument : voilà sa consigne. C'est la vénérable mère Rivier qui la lui a donnée, car elle veut que ses filles se regardent comme les dernières dans la maison du Seigneur et ne s'occupent que de leurs écoles l.

Sœur Saint-Maurice ancra fortement sa volonté a ce principe, Tune des bases solides de l'esprit primitif de la Congrégation ; et se mit au travail.

Suivons-la des yeux. Sa classe a commencé par la prière. C'en est l'acte le plus important ; car pour elle et pour ses élèves la classe vaudra ce que aura valu cette prière. — Combien d'esprits, même éclairés, ne comprendront pas ce détail parce que, voyant loin peut-être, ils ne savent pas voir bien haut. Mais pour qui croit en Dieu et en l'efficacité de sa grâce, il y a là le mot d'une énigme. Vous dont le travail est souvent infructueux, savez-vous invoquer le Saint Esprit? — La prière était d'ailleurs la grande ressource de sœur Saint-Maurice. Elle y recourait à chaque difficulté ; et, nous l'affirmons ici comme nous le répéterons plus tard, elle y trouvait ses solutions et ses énergies.

(1) D'après une lettre de la R. mère Arsène. Vie de mère Arsène, p. 444.

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