‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 23 sur 188 · LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE

quer l'article le plus infime, elle ne se donnait aucune dispense et faisait tout plier sous les exigences du devoir. — On la demande, un matin, au modeste parloir de la maison. Elle s'y rend. C'était sa vieille mère. Or ce jour-là n'était pas jour de congé : la classe la réclamait, Vite elle embrasse Mme Borgel avec toute sa tendresse filiale et sans prendre le temps de lui en donner davantage : « Ma mère, lui « dit-elle, mon devoir m'appelle ; pour le moment « je ne puis rester avec vous... Tenez, comme il « faut vous donner un bon dîner, préparez-le vous- « même, pendant que je vais a mes affaires... Nous « nous reverrons ensuite. » — Et Mme Borgel passait du parloir au fourneau. Puis, racontant joyeusement ce détail à son retour, elle disait : « Je suis « heureuse d'avoir vu ma Rosalie dans de si bonnes « dispositions. J'ai compris d'ailleurs qu'on l'ai- « mait ; et mon cœur de mère en est fier. »

Elle avait compris que sa fille était aimée ; elle ne s'était point trompée. Une telle âme exerçait autour d'elle un ascendant aussi naturel que légitime. Religieuses, parents, enfants, tous en un mot s'y étaient attachés. Ceux qui la voyaient de plus près en subissaient le charme irrésistible, sentaient en elle une supériorité incontestable ; et un bon curé des environs avait bien raison de dire un jour dans un élan

d'admiration : « Celle femme serait capable de gouverner un royaume. »

L'attachement des cœurs ne rend pas, — heureusement, — les religieuses inamovibles. Malgré les tristesses qu'on en ressentit à Saint-Gingolph, sœur Saint-Maurice dut quitter cette première station de sa vie de supérieure. Elle y était restée onze ans et demi.

La divine Providence, voulant lui faire toucher a tous les détails qu'elle devait connaître pour d'autres missions, l'envoya à Alais, comme première maîtresse du pensionnat. C'est au mois de septembre 1850 que s'accomplit ce changement à la suite de la retraite générale, k laquelle elle prit part a Bourg- Saint-Andéol.

Il serait superflu de dire avec quel esprit de sacrifice et de charité cette décision fut acceptée par celle qui en était l'objet.

La charge nouvelle confiée a sœur Saint-Maurice répondait trop bien à ses aptitudes pour qu'elle n'y obtînt pas sans retard le meilleur succès. Elle fut bien vite appréciée des familles et absolument chérie des enfants qu'elle savait instruire et distraire tour à tour et dont elle faisait croître la piété en même temps que le savoir. — « Nous sommes devenues « bien meilleures depuis qu'elle est dans la mai-

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