LIVRE. 1er. — LA RELIGIEUSE
écrire à la révérende mère Arsène pour se pourvoir d'autorisations spéciales dans ce but. Quelques prêtres espagnols furent surtout l'objet de ses largesses. Un ministre de Jésus-Christ sous les haillons ! Pouvait-elle le supporter? Aussi mit-elle le zèle le plus ardent à soulager le Dieu pauvre dans la personne de ses pauvres prêtres. Et l'un de ceux-ci, lui devant absolument tout, ne cessait dans sa reconnaissance de s'extasier devant cette main bienfaisante qui lui semblait la main même de l'ange de la charité.
Mais, venons-en de suite au trait principal que nous désirons faire ressortir ici.
En étudiant de près cette rapide période de deux années et demie passées à Saint-Martial, il nous a paru que là s'accentua pour prendre une forme définitive ce que nous pouvons appeler la physionomie de l'autorité, en cette femme si remarquablement douée et qui devait si bien exercer un jour l'art difficile du commandement. A Saint-Gingolph, une première ébauche s'en était montrée. A Saint-Martial, l'affirmation en est décisive. Ce n'est plus une esquisse, c'est déjà une oeuvre magistrale qui se dessine et dont l'avenir produira de magnifiques épanouissements.
Qu'est-ce, en effet, qu'avoir de l'autorité? Ce n'est certes pas simplement avoir le commandement : il y
en a tant qui commandent sans autorité aucune. Ce n'est pas davantage posséder le pouvoir coercitif qui oblige l'inférieur a la soumission. Est-ce savoir se faire obéir? Pas tout à fait. Ce serait plutôt n'avoir pas même besoin de ce savoir-faire. Avoir de l'autorité, c'est un je ne sais quoi, échappant à l'analyse, qui fait que par son intelligence, son cœur, son caractère, quelqu'un s'impose sans effort à ses inférieurs ; si bien que ceux-ci ne songent pas même à lui marchander leur acquiescement aux ordres qu'il dicte, ou aux opinions qu'il émet, parfois même jusqu'aux moindres désirs qu'il exprime. Un tel ascendant n'appartient pas à qui le veut. Il suppose une grâce spéciale de Dieu et plus d'une qualité native ; mais il exige aussi, quand il doit atteindre les consciences, une rare perspicacité et une indiscutable vertu. — Telle nous apparaît l'autorité en notre sœur Saint-Maurice. Etudions-la de plus p**ès.
Pour dominer réellement ses semblables, il faut commencer par être maître de soi. Quiconque ne sait se posséder, « présider en sa propre maison » l, dit l'Apôtre, n'est pas apte au commandement. Des ordres donnés avec colère n'obtiennent guère qu'une exécution forcée, sans compter que facilement ainsi
(1) Tim. m, 5