LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
quoique ce ménage doive être ou parce qu'il sera souvent bien sommaire.
Ce corps d'élite ainsi formé, quelle fut, pensezvous, son attitude en face de l'expédition qu'il s'agissait d'entreprendre ? Pour qui connaît l'esprit des filles de la vénérable mère Rivier, nul doute ne peut exister. Regardez celle qui est le chef de cette pieuse caravane et dites si l'on va plus noblement et plus gaiement au labeur et au sacrifice.
Personne ne s'attriste dans la Communauté ; le surnaturel y domine. On chante le bonheur de celles qui deviennent missionnaires ; et on leur dit :
« Suivez la voix qui vous appelle Volez, volez au Canada » 4
Par la pensée, sœur Saint-Maurice y est déjà. Elle a l'esprit assez pénétrant pour scruter d'avance les vastes horizons qui s'ouvrent devant elle ; la volonté assez ferme pour marcher en avant ; l'énergie assez indomptable po-ur ne pas s'intimider en présence de l'inconnu ; le cœur assez large et assez chaud pour aimer toutes les âmes, que Dieu va lui confier. On ne l'appellera plus bientôt que la sœur supérieure.
(1) Couplets d'une fête au Pensionnat, peu avant le départ.
Oui, elle sera supérieure ; mais elle sera surtout mère !
Est-ce présomption de sa part? Oh, non ! Ecoutez ceci.
Elle se demande comment elle se tirera d'affaire ; et aux compliments des sœurs elle répond que bien d'autres feraient mieux à sa place. — « C'est vrai » , répond l'une de ces bonnes petites sœurs Simpliciennes, dont la naïveté enrichit ça et la nos couvents , « c'est vrai ! On aurait pu trouver dans la « Communauté des sujets plus capables que vous ; « mais puisque c'est vous que l'on choisit, Dieu « vous aidera; ayez confiance! » — Puis, se doutant bientôt que sa simplicité a dépassé les limites, voici que cette bouche d'or va s'excuser près de sœur Saint-Maurice. — « Au contraire, lui répond « celle-ci, vous m'avez rendu service. Vous m'avez « mieux fait comprendre l'action de Dieu, qui em- « ploie de préférence, pour ses œuvres, de petites « et misérables servantes. »
Convaincue de son insuffisance, mais confiante en Dieu, elle réclame partout des prières. Nul ne les lui marchande ; mais en même temps tous la félicitent d'être l'instrument choisi de Dieu et la croient des plus aptes à justifier une si honorable prédilection.