LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
Elle a tourné les yeux du côté de son baptistère de Présilly, non pour pleurer, mais pour solliciter la grâce, dont elle reçut en ce lieu la première effusion, il y a trente-sept ans. Voici ce que lui répond le digne curé de ce cher pays natal.
« Présilly, 15 septembre 1853.
« Ma bien chère Sœ;ur,
« Quelle agréable nouvelle vous me donnez dans votre aimable lettre du 10 courant. Tout de suite elle a ravi mon âme chrétienne au-dessus des considérations purement humaines.
« Je n'aurai plus ici-bas probablement le plaisir de revoir ma chère Rosalie, sœur Marie-Saint-Maurice. Je fais cependant avec joie ce sacrifice, parce que je la vois toujours plus favorisée du ciel, et par la même, toujours plus capable d'attirer sur ses parents, sur Présilly et sur son pasteur les bénédictions du Seigneur.
« Oui, ma chère sœur Saint-Maurice, voire vocation extraordinaire, qui est une sorte d'apostolat, me fait toujours plus apprécier votre bonheur. Comme votre saint nom s'explique maintenant ! Marie, Mère de Miséricorde, a reçu sous sa protection spé-
ciale une des villes du Canada. Elle y envoie une de ses bien-aimées filles pour faire connaître son divin Fils aux habitants de ce pays. L'héroïque Maurice, venu de l'Orient pour éclairer l'Occident par la plus convaincante des prédications, veut de même que sa fille spirituelle parle du vieux monde pour aller aider à évangéliser une partie du nouveau-monde ; et cette merveille, si contraire à notre pauvre nature, se fait néanmoins comme par enchantement !.. C'est qu'il y a la l'action du Tout-puissant : qu'il soit donc remercié, glorifié et béni !...
« Bien que la vapeur fasse disparaître de nos jours toutes les distances, fortifiez-vous, ma chère sœur, dans votre intention de donner en partant un dernier adieu à l'Europe, du moins, pour la revoir, parce qu'une arrière-pensée dans le sens contraire paralyserait plus ou moins les glorieux fruits de votre dévouement si beau et si méritant !
« D'ailleurs, ma chère sœur, la séparation des personnes qui vous sont chères n'est pas éternelle : « Au revoir prochainement dans notre Patrie commune » , pouvons-nous toujours dire en toute vérité.
En attendant, quelque distantes les unes des autres que soient les localités que nous devrons occuper, elles ne cesseront de nous rapprocher par la salutaire pensée d'une seule et même famille, nour-