‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 43 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE 8 i · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE 8 i

échappent pas. Aussi quelle teinte mélancolique dans ces lignes écrites par la révérende mère Arsène:

« Je les conduisis à l'église et de là a notre chapelle de la Sainte-Famille, où je les consacrai k Jésus, k Marie et k Joseph, que je priai de les bénir et de les protéger. Je les accompagnai ensuite au port avec presque toutes les sœurs qui se trouvaient dans la maison. La, je comprimai ma douleur pour ne pas trop les attendrir ; je les réunis dans le bureau et je leur renouvelai mes derniers avis. Le moment de la séparation arrivé, nous nous embrassâmes après nous être donné rendez-vous dans le cœur de Jésus a des heures fixes. Si nos yeux ne purent les suivre longtemps, nos cœurs les ont suivies et nos relations montreront toujours que nos sœurs d'outre-mer et celles de France n'ont qu'un cœur et désirent n'avoir qu'un esprit : celui de leur vénérable Fondatrice. »

Les cœurs, en effet, restaient unis. Le bateau avait largué son amarre ; un tour de roues l'avait éloigné du quai ; il s'était mis en route. C'était pour nos voyageuses le berceau de la vie religieuse, la maison familiale que l'on quittait, et que l'on quittait peutêtre pour toujours. Les pittoresques aspects du

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Bourg, sa vieille église, puis Saint- Michel l, puis le couvent et sa belle terrasse, d'où s'agitaient encore des signes d'adieu 2 ; tout cela disparut rapidement ; tandis que de la rive on suivait encore le panache de vapeur, indiquant la marche du bateau qui s'était éclipsé au premier méandre du fleuve. Quand il ne fut plus possible même de se deviner, on sentit davantage le vide, dont le sentiment envahit l'âme à de tels moments. Mais à cette heure, déjà quelque part l'Eglise mettait sur les lèvres de ses prêtres la commémoraison de S1 Maurice, dont la fête se célébrait le lendemain ; et le glorieux patron du chef de nos missionnaires obtenait de Dieu, pour cette pieuse milice, une grâce spéciale de force et de générosité. Le sacrifice était consommé.

Le modeste navire sur lequel se trouvaient les religieuses avait également à son bord trois dames, qui arrivaient de Rome. Celles-ci, pèlerines du tombeau des saints Apôtres, revenaient du centre de la

(1) Saint-Michel est l'ancien château des évêques et comtes de Viviers, seigneurs de Bourg-Sainl-Andéol. Racheté par M. Vernet pour le Petit Séminaire, il fut cédé aux sœurs de la Présentation qui en ont fait un important établissement, lorsque Msr Guibert, de pieuse et vénérée mémoire, transféra le Petit-Séminaire à Aubenas.

(2) A cette époque, les élèves n'avaient pas de grandes vacances. De la terrasse elles agitaient leurs mouchoirs, en signe d'adieu.

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