‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 47 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

Ce Nicolas croyait être connu du monde entier. Il avait quelque raison de le croire : il avait obligé tant de partants et d'arrivants.... en s'obligeant luimême !

Les bonnes sœurs qui jugent toute l'humanité à la mesure de leur bonté personnelle, usèrent donc des services si spontanément offerts par Nicolas ; lequel alla faire viser les passeports et avertir M. Foache, un armateur auquel sœur Saint-Maurice était recommandée. Celui-ci s'empressa d'accourir à l'hospice, tenu par les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve, où étaient logées nos voyageuses. Il parut médiocrement enthousiasmé de Nicolas; et les sœurs durent lui promettre que Nicolas n'aurait plus leur aveugle confiance... une autre fois.

La maison de Saint-Thomas, qui avait ouvert ses portes aux filles de la mère Rivier, était considérable et abritait plus de huit cents personnes, depuis les malades jusqu'aux orphelins. Là était offerte l'hospitalité aux missionnaires en partance pour l'Amérique. C'est à ce titre que nos sœurs y avaient été admises ; et elles n'eurent qu'à s'en louer, tant leur parut régulier et édifiant ce couvent où la charité se montrait sous toutes ses formes.

Quant à M. Foache, l'armateur que son peu de sympathie pour Nicolas nous a déjà fait connaître,

c'était un homme de bien, des plus aimables et des plus obligeants. Il mit toute son intelligence et tout son cœur au service de la colonie de la Présentation; et, avec un zèle et un empressement dignes de reconnaissance, il lui facilita tous les détails d'embarquement si pénibles et si embarrassants pour des femmes.

Le départ avait été fixé au mercredi 28. Mais la mer était tellement démontée que force fut de le retarder jusqu'au 30. Cet incident n'était pas fait pour encourager. Cependant sœur Saint-Maurice écrivait à mère Arsène : « Il y a eu une violente tempête et la mer est toujours orageuse. Malgré cela nous devons partir, car les Américains sont d'une intrépidité étonnante. » — Cette dernière note lui allait si bien qu'elle devait s'en réjouir au fond de l'âme. Mais elle mettait plus haut sa confiance. — « Nous sommes sans crainte, ajoutait-elle, nous nous abandonnons entièrement à la divine Providence. »

Le retard permit à la bonne directrice de commencer au Havre même cette admirable correspondance, si pleine de simplicité et de soumission, qu'elle sut toujours entretenir avec la maison-mère. Cédons à la tentation de reproduire la fin de cette première épître. Ce sont les derniers adieux, au moment de quitter les rives du cher pays de France,

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