LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE
« Le temps presse, il faut monter à bord et faire nos derniers adieux au sol de la France. Les divers sentiments que nos cœurs éprouvent ne peuvent s'exprimer.
« Adieu donc, digne et bien-aimée mère ; adieu, nos bien chères sœurs et novices ; adieu k toutes nos demoiselles pensionnaires ; adieu à nos chères orphelines ! Nos cœurs ne vous quittent point, nous serons toujours unies dans les saints cœurs de Jésus, Marie et Joseph. C'est dans ces sacrés cœurs que nous vous embrassons, bien chère mère, ainsi que toutes les personnes de la maison et surtout nos bonnes sœurs anciennes, en vous priant de recevoir l'expression de notre sincère reconnaissance pour toutes les bontés dont vous nous avez comblées et qui seront toujours gravées dans nos cœurs. »
Les six « canadiennes » signèrent ensemble cette lettre.
Une dernière fois, elles eurent le bonheur de recevoir la sainte communion, le 29, dans l'église paroissiale de Saint-Michel : c'était le jour de la fête de cet archange.
Le lendemain, vendredi 30, avant six heures du matin, elles étaient à bord. Aussitôt que la brume en s'éclaircissant permit l'appareillage, le navire dérapait : on était en route pour le Nouveau-Monde.