LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
c'est la base nécessaire de toute mission féconde pour le ciel. — « Vous vous résignerez avec gaieté à toutes les privations, k toutes les fatigues indispensables d'une fondation » . C'est M§r Prince qui parlait ainsi l k sœur Saint-Maurice ; et il ajoutait : « De cette manière Dieu continuera a protéger et a bénir votre sainte entreprise ; et les embarras disparaîtront successivement. Il est vrai, souvent vous ne sortirez d'une difficulté que pour tomber dans une autre ; mais votre délivrance d'une première tribulation vous apprendra a croire que vous serez également délivrée de la seconde. Ainsi, courage et patience, ma chère supérieure. Fortifiez maternellement toutes vos filles ; pour moi, je me charge d'encourager paternellement la mère. »
Quel programme ! Et comme il fut bien rempli !
A lire la correspondance de sœur Saint-Maurice k cette époque, on dirait que les plus gros chagrins de nos sœurs canadiennes étaient ceux que leur causaient les épreuves de la Congrégation, quand de la maison-mère, on leur annonçait un vide fait par la mort dans leur famille religieuse. — C'est ainsi qu'agit la sainte charité. — Cependant bien dures étaient leurs propres épreuves. Nous ne pouvons les
(1) Lettre du 5 décembre 1853.
décrire par le détail. Mais que l'on songe au dénûment dont nous avons déjà parlé; que Ton n'oublie point la description déjà faite des appartements inachevés ; et puis, que Ton veuille bien comprendre ces courageuses lignes l de sœur Saint-Maurice àmèr Arsène :
« Nos santés sont passablement bonnes ; et cela malgré la rigueur du froid qui est de 27 ou 28 degrés. Nos sœurs avaient bien raison de nous donner de bonnes jupes ; nous portons tout sur nous et c'est à peine si nous nous défendons du froid. Cependant nous brûlons bien du bois ; mais cela n'empêche pas que tout jusqu'au pain gèle dans les classes. Nous n'avons pas de chauffe-pieds ; on ne connaît pas ce meuble dans ces pays.
« Vous allez peut-être nous plaindre , bonne mère, et croire que nous souffrons beaucoup. Oh ! non. D'abord nous sommes toujours sur des planchers; ensuite les bonnes religieuses du Havre, qui connaissaient la rigueur de notre Canada, nous firent acheter de gros souliers fourrés qui maintenant nous rendent bien service. »
Comme on voit par ce trait la générosité qui déguise la peine ! Comme l'on devine tout ce qui vou-
(1) Lettre du 29 janvier 4854.