‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 63 sur 188 · LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE

dispositions des familles et les soins appréciés des maîtresses.

Les familles, en effet, avaient compris le bienfait d'une pareille institution, répondant si parfaitement à leur propre pensée. — « Ici, écrivait sœur Saint- Maurice, on tient beaucoup plus à l'instruction qu'à la fortune ; en sorte que les parents sacrifient le peu qu'ils ont pour faire instruire leurs enfants, regardant l'ignorance comme un déshonneur. » — Et voici qui corrobore ce jugement. — « Je vous donne « ma fille, disaient plus d'une fois les parents aux « religieuses, parce que vous n'exigez pas une belle « toilette. » — Comme les mères françaises feraient bien de méditer cette leçon des mères canadiennes ! Tandis que, trop souvent chez nous, savoir si l'enfant est bien couché et bien nourri est l'unique préoccupation des parents; là-bas on ne songeait pas même à la toilette et l'on se demandait, avant tout, ce que gagnait l'intelligence et comment le cœur se formait. — « Je veux me gêner pour envoyer ma pe- « tite à votre école, disait aux sœurs un brave hom- « me, parce que j'entends celle de mon voisin qui « tous les soirs lui répète de belles choses. » — Et encore ceci : « Ma petite fille me reprend quand il « m'arrive de mal parler ; elle m'édifie. »

Il faut ajouter que ces bonnes tendances des

familles trouvaient un puissant aliment dans la sympathie qu'inspiraient les sœurs françaises. On leur avait fait un vrai triomphe à leur arrivée et l'on n'avait pu se rassasier de les voir. -— <r C'est cffra- « yant, c'est terrible, c'est sans pareil, exclamait un « brave canadien parlant a la supérieure ; c'est sans « pareil comme les habitants sont contents et corn- « me ils vous aiment. Ils sont fiers de leur couvent « de Sainte-Marie qui va devenir grand, grand, sans « pareil. » — Et ceux qui ne pouvaient venir a elles les faisaient prier d'aller les voir. Malades et vieillards recevaient leur visite.

Tout au bout des « rangs » 1 de Sainte-Marie, un traîneau conduit un jour les sœurs près d'une modeste demeure, où deux aveugles les réclament. — « Ah, mes sœurs, s'écrient les pauvres femmes, « nous n'avons pas le bonheur de vous voir ; mais « nous avons celui de vous entendre, et nous som- « mes heureuses! » — Et tout le monde disait: « Nos sœurs françaises ne sont pas fières. Il fait bon « leur parler. Elles vont tout simplement ; elles se « contentent de peu ; elles paraissent satisfaites « d'être parmi nous ; nous sommes contents de les « avoir. »

(1) Rangs, rangées de maisons formant agglomération.

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