‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 64 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE 1 I

Retenez le dernier trait, il est le bon. Voulez-vous faire du bien à ceux vers qui Dieu vous envoie? Soyez content d'être « parmi eux » ; ils seront « contents de vous avoir » . — Que de fois on rend infécond son ministère, quel qu'il soit, tout simplement a cause du déplaisir que l'on témoigne. Critiquer le pays, ses usages, ses ressources, ce n'est pas se rendre sympathique aux habitants ; c'est aller à l'insuccès. Lorsque dans l'Eglise de Dieu, un poste quelconque nous est assigné, le premier mot d'ordre divin c'est de trouver ce poste charmant... au moins pour Dieu, s'il ne l'est point par nature. — Et cela n'est pas déguiser, c'est aimer.

Sœur Saint-Maurice, dont toute la diplomatie consistait à voir Dieu partout et en tout, sut tenir cette ligne de conduite. Elle ne perdait jamais l'occasion de vanter « la foi des bons canadiens » ; et en admirant « la tenue soignée de leurs maisons » , elle esquivait les questions oiseuses sur les incommodités de son propre toit. Aussi, la délicatesse exquise de la mère rehaussait-elle singulièrement dans l'esprit public l'autorité de la supérieure. Il n'y eut bientôt plus à Sainte-Marie qu'une voix pour admirer et qu'un cœur pour aimer cette nature vraiment exceptionnelle.

Une autre œuvre s'ajoutait à l'éducation de l'en-

fance, comme son complément logique, c'était celle des instructions du dimanche pour les femmes. Nos sœurs missionnaires avaient commencé ce catéchisme d'adultes, dès leur arrivée. Dès le mois de décembre 1853, malgré la rigueur de la saison, on y comptait quatre-vingts personnes. Au mois de mai suivant, il y en avait cent soixante, dont la plupart venaient de deux lieues à la ronde. Des hommes même essayaient d'y assister, en se cachant ; et l'on avait quelque peine à les faire sortir.

Le succès de ce genre d'apostolat ne pouvait être douteux. On s'instruisait, on s'édifiait et l'on y prenait un sensible plaisir. La grâce d'état donnait aux sœurs catéchistes un charme persuasif. — « Ça parle « bien, disait l'auditoire en sortant. Ça prêche qu'on « comprend bien. » — « Ça prêche bien , les « sœurs! » répétaient d'autres plus enthousiastes; « c'est beau... c'est effrayant... on les aime tant « qu'on les mange »! — Ce dévorant appétit n'était qu'au cœur, fort heureusement.

Catéchiser des adultes, élever des enfants, c'était déjà bien remplir sa mission. Une troisième manifestation de la charité apostolique devait cependant compléter ces deux œuvres. L'âme compatissante de sœur Saint-Maurice l'y portait beaucoup trop pour que l'exécution en fût retardée. Voici comment la

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