LIVRE 1er. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
Providence y pourvut un an environ après l'installation des sœurs.
Tout près du couvent de Sainte-Marie-de-Monnoir, vivait du travail quotidien une famille d'ouvriers. Un jour, la maladie vint s'asseoir à ce foyer besogneux et bientôt le père mourut. Il laissait, sans ressource d'aucune sorte, une veuve et plusieurs enfants. On se demanda comment aider d'une façon efficace et durable ces pauvres déshérités. Sœur Saint-Maurice n'hésita pas. Le soir même, elle avait adopté la plus jeune des petites filles ; et elle écrivait avec l'allégresse des saints à sa supérieure générale : <* Malgré notre pauvreté, nous avons pu prendre une petite orpheline. J'espère qu'elle attirera les bénédictions du ciel sur notre maison. »
C'était la première enfant de Yorphelinat. Elle a gardé de ce bienfait le plus touchant souvenir ; ses propres enfants bénissent le nom de « leur mère Saint-Maurice » , avec toutes les « chères orphelines » qu'a tant aimées cette « mère incomparable » .
La supérieure de Sainte-Marie avait raison de compter sur la bénédiction de Dieu : elle était là, fécondant les travaux des filles de la vénérable mère Rivier, par qui s'opérait un bien visible. Mgr Prince en rend témoignage dans une lettre à la révérende mère Arsène en date du 24 décembre 1854. — « Je
viens encore, écrit-il, de passer deux bons jours auprès d'elles ; j'y ai été témoin oculaire de l'affection que tout le monde leur porte ; et j'ai vu aussi avec quel bonheur leurs chères et nombreuses élèves s'acquittent de leurs devoirs et profitent des soins et
des leçons de leurs excellentes maîtresses Notre
établissement du Canada est vraiment prospère et nous rend d'importants services ; aussi plus que jamais je songe à le multiplier. »
Nous pourrions nous en tenir à ce certificat autorisé. Disons pourtant encore que sœur Saint-Maurice put elle-même jouir de ce succès, dont la réputation s'étendait bien au-delà de Sainte-Marie.
Au mois de janvier 1854, elle alla avec deux de ses sœurs a Montréal, faire aux révérendes Sœurs de la Congrégation une visite promise dès les premiers jours et plusieurs fois sollicitée. Les « sœurs françaises » furent reçues avec une cordialité que l'on ne saurait peindre ; et elles s'édifièrent grandement de la régularité et du bon esprit de cette sainte communauté. Les autres religieuses de la ville ne leur firent pas un moindre accueil. Cette dilatation des cœurs, poursuivant le même but sous des bannières diverses, leur fut une grâce inappréciable, les attachant davantage au sol de la « Nouvelle France i> .
Quatre mois plus tard, en mai, selon le désir de