‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 66 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

Mgr Prince, les sœurs de Sainte-Marie faisaient un voyage à Saint- Hyacinthe. Au moment où elles y arrivaient, tout heureuses de pouvoir offrir leurs hommages au prélat qui s'appelait et se montrait leur père, un incendie dévorait la maison épiscopale. Ce triste événement n'obscurcit point le front du digne évêque autant qu'il émut ses filles de la Présentation. Celles-ci du moins purent constater par ellesmêmes comment leur ministère était goûté et de quelle bénédiction Dieu les favorisait, en intéressant à leur cause un pontife aussi dévoué et aussi saint.

Nous ne pouvons mieux clore ce chapitre qu'en citant des fragments d'une lettre touchante, reçue par sœur Saint-Maurice, quelques mois après la fondation de Sainte-Marie. Elle est de M. Chaumontet. Nos lecteurs n'ont pas oublié ce digne curé de Saint- Julien qui guida les premiers pas de M1Ie Borgel et qui fut l'ami sûr et persévérant de la Présentation. Ils vont voir comment par une sorte d'intuition, ce bon prêtre jugeait de l'œuvre du Canada, en conseillant à sa fille spirituelle précisément ce que celle-ci accomplissait avec tant de succès.

« Oui, ma chère sœur, lui disait-il après les préambules que nous passons, oui, je vous écrivis à votre départ ; je ne le croyais pas si prompt. J'adressai ma lettre au Havre ; elle portait la double em-

preinte de la douleur et de la joie. Je redoutais pour vous toutes cette longue et périlleuse traversée..., je voyais l'immense océan nous séparer pour toujours, peut-être !... Mais aussi, j'étais heureux et flatté de vous voir choisie par la Providence pour le Porteétendard de la Présentation par delà les mers, dans ce jeune et vaste monde, monde étonnamment livré à des influences si diverses, tout à la fois catholique et mécréant, civilisé et sauvage. Vous habitez, je crois, la meilleure partie. Le Canada fut jadis une terre française. J'ai connu plusieurs des anciens prêtres de notre Diocèse qui ont évangélisé alors ce grand pays. C'est à votre tour, chère Sœur ; vous marcherez sur leurs traces ; c'est à vous de renouer la chaîne de l'apostolat savoisien. Belle et grande est votre mission !... C'est par vous aussi que Tordre de la Présentation prend possession du nouveau monde. Le champ est immense !.. Comme dans toutes les œuvres de Dieu, les commencements seront durs, mais féconds, sous l'influence de votre foi, de votre zèle, de votre prudence. Les jours ne sont pas éloignés où nous verrons l'innombrable famille de la Vénérable servante de Dieu, Marie Rivier, accueillir dans ses rangs les américaines. L'essentiel est de bien s'établir sur un point. Vous voilà fixées à Sainte-Mariede-Monnoir ; plantez-y l'étendard ; qu'il prenne de

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