LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
profondes racines. Une colonie est comme un arbre ; il ne s'étend et ne se propage au dehors, qu'après avoir pénétré profondément dans le sol. Quand vous serez estimées, appréciées, chéries, vous pourrez devenir conquérantes. L'arbre dilatera au loin son ombrage, ses rameaux vigoureux et puissants. Poussez de longues et profondes racines dans les esprits et dans les cœurs des Américains.
« Vous êtes surprise ; vous doutez même que sœur Saint-Maurice puisse faire de si grandes choses : Moi, dites-vous, pas du tout !... Soyez le bras droit, agissant et docile de ce vénérable Evêque et de ces bons prêtres canadiens ; sous leur direction, cultivez ce terrain neuf. Les débuts sont âpres, mais féconds ; étudiez bien ces âmes canadiennes, leur faible, leur fort, leurs tendances, leurs aptitudes, et tirez parti même de leurs défauts ; faites-vous toute à tous pour gagner les âmes à Dieu....
« Je suis un grand donneur d'avis, vous le savez, ma chère sœur ; voulez-vous m'en permettre quelques-uns encore-?... C'est le bien de l'ordre de la Présentation, le bon succès de votre mission et mon intérêt pour vous qui m'inspirent.
« Il est d'une haute importance que vous formiez des religieuses indigènes. Ah ! faites de bons choix : les premières sœurs canadiennes seront la base de
l'édifice ; faites-en des religieuses modèles. Prenezles d'abord parmi les élèves de vos classes : c'est un terrain connu, il y a là moins de chances d'erreurs. Inutile, chère sœur, de vous recommander de nourrir et d'échauffer l'union entre vous toutes ; que cette harmonie soit incessante, inaltérable ; c'est là votre force. Que vos cœurs soient si bien groupés, qu'ils ne fassent qu'un bloc sous le puissant lien du divin amour. »