‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 69 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

poussait-elle cette vertu jusqu'à dissimuler ses soucis, pour ne pas contrister ses compagnes, ou pour mieux les encourager dans leurs propres peines. — Avec cela, quel esprit de pauvreté ! Ce n'est pas elle qui se pressa de meubler les appartements vides de son couvent. La piété elle-même ne lui fournit à cet égard aucun prétexte ; et, pendant de longues semaines, la communauté de Sainte-Marie n'eut, pour faire ses dévotions, qu'une statuette de Marie Immaculée d'environ six pouces, que sœur Saint-Maurice avait portée de Verdelais.

On sent bien qu'une telle vertu s'appuyait sur une humilité sincère. L'éloge que tout le monde faisait de sœur Saint-Maurice, sœur Saint-Maurice l'ignorait. — « Que le Bon Dieu daigne tirer sa gloire de tout, écrivait-elle dans l'une de ses premières lettres. Qu'il daigne m'accorder la grâce de n'être pas un obstacle au bien qui peut se faire dans ce pays. » — A M§r Prince elle demandait des conseils et dé* clarait les accepter avec bonheur, « pour m'aider, disait-elle, à remplir la difficile tâche qui m'est imposée, me reconnaissant tout à fait incapable de m'en acquitter dignement. » — A la révérende mère Arsène elle adressait un jour cette plainte : « Quand je considère cette mission du Canada, je vois qu'il y faudrait une sainte directrice » . 9

Ajoutons que le respect de l'autorité et la plus cordiale charité lui tenaient les yeux constamment tournés vers Tévêque du diocèse et vers la maisonmère. Rien ne se passait sans qu'elle eût soin de les en informer ; rien ne se faisait sans qu'elle s'empressât de prendre leur avis.

Nous venons de faire le portrait de la supérieure de Sainte-Marie. Achevez-le, en vous souvenant de cet esprit de foi et de prière qui tenait une si large place dans l'existence de sœur Saint-Maurice ; le tableau sera a peu près complet. Faut-il le résumer en une rapide esquisse ? Essayons. Riche nature, supérieurement douée et singulièrement rehaussée par la vertu ; caractère énergique, tempéré par une bonté attendrissante, celle-ci empêchant celui-là d'être rigide, celui-là garantissant celle-ci contre toute faiblesse ; une tête d'homme avec un cœur de mère : voilà sœur Saint-Maurice.

Regardez maintenant comment autour d'elle et sous sa main marche sa communauté. Un seul mot dépeint mieux celle-ci que tout le reste : la règle y est en honneur ! C'est un rempart derrière lequel on s'abrite, une arme bien trempée dont on ne se dessaisit jamais.

Pour l'affirmer, voici ce que la Providence permit. Un jour, l'on craignit à Bourg-Saint-Andéol que

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