‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 7 sur 188 · LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE 1er. — LA RELIGIEUSE

se demandait en même temps si le Saint Esprit n'avait point réellement parlé. — Une vocation de missionnaire venait de se révéler.

Aussi bien cette ardeur qu'alimentait une foi vive passait-elle dans la prière de Rosalie et frappait-elle tout le monde, quand, par exemple, elle récitait à son tour le chapelet en public. C'était l'expression d'un cœur tout rempli de l'amour divin et dont la pureté baptismale paraissait n'avoir subi nulle atteinte. N'est-ce pas le témoignage que semblait vouloir lui rendre un jour Mme Borgel, hasardant ce modeste jeu de mots : « Ma Rosalie sera toujours Rose et Lis. d

Serait-il maintenant nécessaire même d'énoncer les dispositions avec lesquelles fit sa première communion une enfant que la grâce et la nature avaient si bien préparée? Ce que d'autres ressentent en recevant pour la première fois Jésus dans leurs cœurs, Rosalie en était déjà pénétrée. C'est à pareil jour que souvent Dieu fait à l'âme qu'il appelle à la vie religieuse de mystérieuses confidences, traduites par des impressions plus ou moins nettes dont on se rend compte plus tard. Entre le Divin Maître et l'enfant de Présilly, l'intimité existait déjà ; elle n'avait plus qu'à se consommer. La « voix de l'époux » était entendue. Perdue dans les longs plis

de son vêtement virginal, la communiante donnait a Dieu un cœur innocent et pur, qui ne devait battre que pour Lui ; et les douces larmes, dont son voile ne pouvait cacher le flot , étaient le prélude des pieuses émotions que lui réservait une vie de zèle et de charité. La trace de ce grand jour devait rester ineffaçable en son cœur.

Cependant, à la suite du Divin Enfant de Nazareth, à mesure qu'elle « croissait en âge » , Rosalie dévoilait, à son insu, des trésors « de sagesse ». Une chose pourtant lui manquait. Son intelligence n'avait pu trouver encore toutes les ressources nécessaires pour se nourrir dans la mesure dont elle était capable. Présilly n'avait point d'école. Le digne curé de la paroisse y suppléait de son mieux ; mais il est inutile d'expliquer que le zèle a des limites qui s'imposent. La famille Borgel voyait donc avec peine grandir sa Rosalie, sans qu'il lui fût possible de développer tous les dons que la Providence lui avait départis.

La Providence vint elle-même trancher la question, en se présentant sous l'humble voile des filles de la rév. mère Rivier, — un grand cœur dont on parlait déjà beaucoup. Née en 1768 au diocèse de Viviers, cette vraie « femme forte » , que Salomon estimait à peu près introuvable, était venue juste à

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