LIVRE IIe — LA SŒUR MISSIONNAIRE
installa. Les deux jeunes filles, qui avaient accepté de faire la classe en attendant les sœurs, en furent les premiers éléments. Sœur Saint-Maurice commença par gagner la confiance de ces deux âmes qui semblaient avoir attendu sa direction. — « Nos « cœurs furent subjugués » , disait Tune d'elles. — Et les ayant interrogées, ayant pénétré dans leur intérieur pour examiner leur vocation, la clairvoyante supérieure leur dit au bout de quelques jours : « Notre vénérable mère Rivier vous veut pour ses « filles ; je compte sur vous. Vous serez les prémi- « ces de la Présentation canadienne. »
Elles furent, en effet, les prémices d'une belle moisson. D'autres âmes, appelées par Dieu, vinrent s'adjoindre à elles. Le pensionnat commença bientôt à fournir son contingent. — « Plusieurs jeunes personnes se présentent, écrivait sœur Saint-Maurice k mère Arsène, le 24 août 1854. De ce nombre sont trois de nos pensionnaires, trois bonnes enfants. » — Et, un mois après, le noviciat comptait onze sujets.
Les familles du reste ne mettaient ordinairement pas d'obstacle aux desseins de Dieu à cet égard. Les sentiments d'un grand nombre étaient ceux de ce père qui répondait à la demande de sa fille : « Je « m'estime trop heureux que Dieu me fasse une
« aussi grande grâce que celle d'avoir une enfant re- « ligieuse. Je Fen remercierai bien tous les jours de « ma vie. » — Hélas ! comme une telle foi, si vive encore dans la Nouvelle France, disparaît chez nous de notre langage et de nos mœurs !
Mais ce qui importait surtout au bien, ce dont sœur Saint-Maurice se souciait avant tout, c'était de faire passer dans cette génération nouvelle de sa famille religieuse le véritable esprit de la Présentation. — « Dieu veuille, écrivait-elle, éloigner toujours de notre maison du Canada comme de celles de France toutes les filles qui ne perpétueraient pas l'esprit de nos saints fondateurs. »
Aussi tendait-elle de toutes ses forces à ce but. Connaissant les faiblesses de la nature, elle s'ingéniait avant tout à donner aux premiers débuts des encouragements maternels. Puis, n'ignorant point les ruses de Satan pour enrayer les effets de la grâce divine, elle mettait toute la pénétration de son intelligence et toutes les ressources de son cœur à déjouer les calculs de l'infernal ennemi. C'est l'un des points où sa direction nous paraît le plus remarquable. Saisissons-le sur le fait. Laissons la parole à l'une des novices du Canada :
« Pendant mon noviciat, le démon sous forme de peines ou de tentations, vint souvent me visiter, au