‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 73 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE

point que j'en perdis l'appétit et le sommeil. Timide, et ne sachant trop comment traduire ce qui se passait dans mon âme, je cachais mon état à celle qui était chargée de m'éclairer et de me consoler. Je l'aimais néanmoins, et je l'aimais finalement, mais je la trouvais sévère à mon égard. Sa grande piété, sa régularité parfaite excitaient mon admiration ; mais à sa vue mon courage faiblissait, et je me sentais incapable de la suivre dans une voie si parfaite. Je l'avoue, j'étais entièrement découragée.... j'allais succomber....

« Notre bonne et prudente sœur Saint-Maurice, frappée du dépérissement de ma santé, m'aborda un jour avec plus de douceur encore que d'habitude, et me dit : « Chère enfant, vous êtes malade, votre cœur souffre , je le vois et vous ne m'en dites rien.... »

« Subjuguée par un accueil si maternel, et par la douceur avec laquelle ces paroles furent prononcées, j'avouai tout, et j'ajoutai que je n'avais pas la force de faire la même ouverture à la maîtresse des novices. C'était clair, le démon jouait très bien son rôle auprès de moi.... — « Eh bien, chère enfant, me dit alors notre bonne sœur Saint-Maurice, je serai tout à la fois votre maîtresse et votre mère. Chaque fois qu'une peine ou une pensée pénible viendra

assombrir votre horizon spirituel, je veux que vous veniez déposer cette peine dans le cœur de votre mère. Je ferai en sorte, avec l'aide de Dieu, d'avoir toujours le baume nécessaire pour l'adoucir. De plus, chère enfant, vous allez me promettre d'user de cette permission aussi souvent que vous vous en sentirez le besoin, fût-ce au milieu de la nuit, ne craignez pas de m'éveiller.... »

« Des avances si maternelles, si pleines de l'esprit de Notre Seigneur, relevaient mon courage et m'aidaient a aller en avant quand même. J'avais promis d'être confiante et je tins parole.

« A partir de ce jour, je suis heureuse de le dire, mon âme se sentait dilater en présence de ma digne et si bonne sœur supérieure, et presque sans efforts, sans même trop m'en apercevoir, je lui ouvrais mon âme jusque dans ses replis les plus intimes. »

La condescendance que prouvent ces lignes n'était certes point de la faiblesse. Écoutons la suite de cette confidence d'une âme religieuse dont la reconnaissance provoque les aveux ; et nous allons voir apparaître cette union de la fermeté et de la douceur, qui explique tant de succès dans la vie de sœur Saint-Maurice. La novice continue :

« Ainsi que je l'ai dit, notre bien chère sœur su-

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