LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
périeure m'avait prise sous sa protection immédiate, mais elle était loin d'avoir pour moi de ces faiblesses qui amollissent l'âme et énervent la volonté. Mon caractère était fier, hautain ; plus qu'aucune de mes compagnes j'avais besoin d'être humiliée, reprise, corrigée ; moins qu'aucune d'elles aussi, je ne fus épargnée par ma vigoureuse et sainte directrice. Mais, il faut bien le dire, a côté de la verte correction, se trouvait toujours une tendresse maternelle, une avance qui effaçait l'amertume de la réprimande. Ma probation entière, puis les premières années de ma vie religieuse, se passèrent dans des actes continuels de cette nature.
« Une action répréhensible me mérita, un jour, de ma vénérée sœur supérieure, un chapitre des plus sévères. Humiliée et même sacrifiée, je fuyais la rencontre de celle qui m'avait ainsi corrigée, je redoutais son regard qui pénétrait jusque dans le secret de mon cœur. La journée entière se passa ainsi, et la nuit fut sans sommeil. Le lendemain une de mes compagnes vint me dire que notre sœur supérieure me demandait à sa chambre. Je me lève aussitôt, je me dirige vers cette chambre, mais non sans trembler; le cœur me battait fort... bien fort... J'entrai cependant : notre bonne directrice m'atten-
dait. Elle m'accueille avec son affabilité ordinaire, et sans faire aucune allusion à ce qui s'était passé la veille, elle me dit : « Mon enfant, je vous ai fait appeler pour me rendre un service ; j'ai pensé que personne aussi bien que vous ne pouvait faire ce dont il s'agit. » Voilà comment la tendre charité de notre bonne sœur Saint-Maurice savait cicatriser une plaie faite au cœur, ou relever un courage abattu !.. Personne, moins que moi, n'était apte à l'office qu'elle me confiait. Mais si la bonté a son industrie, la reconnaissance a aussi la sienne : je réussis le travail au point de mériter des éloges de la part de ma sœur supérieure, et je me retirai d'auprès d'elle l'âme à l'aise, et plus heureuse que jamais. Voilà les saints !... Voilà les âmes qui n'agissent que d'après l'inspiration divine , les âmes qui sont réellement humbles et dociles ouvrières du Bon Maître !. . .
« Une autre fois, mon orgueil m'avait encore fait faillir. Je méritais un sévère reproche, et ma zélée sœur supérieure s'était consciencieusement acquittée de son devoir à cet égard. Je reconnaissais toute l'importance et toute la nécessité de cet acte de dévoûment, et cependant, je ne laissai pas de m'en décourager, à tel point que j'avais perdu tout espoir de persévérer dans ma sainte vocation, et je m'at-