‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 75 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

tendais, d'un moment à l'autre, à être invitée à partir.

« Le lendemain, premier jeudi du mois, était jour de retraite, jour aussi de direction spirituelle. De grandes appréhensions vinrent m'assaillir, je ne pouvais recueillir mes idées, ou plutôt, une seule m'absorbait: me présenter devant ma supérieure, et lui avouer que j'étais décidée à retourner dans ma famille. Je me présente donc, j'entre et je salue timidement.... Mes yeux rencontrent ceux de notre bonne sœur Saint-Maurice, et une fois encore, je suis gagnée, changée par l'indéfinissable expression de douceur et de suavité que j'y remarque. « Eh bien, chère enfant, me dit cette bonne sœur, comment est votre santé depuis quelque temps? Dépêchez-vous de vous fortifier car nous avons deux missions à fonder cet automne, et j'aurai absolument besoin de vous. » Puis, me frappant amicalement sur l'épaule, elle ajouta : « Courage, mon enfant, oui, toujours courage; Dieu permet l'épreuve, soyezen bien persuad'ée. » Cette chère sœur entra ensuite dans les plus petits détails de confiance, détails trop intimes pour trouver place ici ; mais tous très propres a m'encourager. »

On ne nous reprochera pas cette double citation.

Elle ne paraîtra pas trop longue, car elle en dit beaucoup, et elle le dit mieux que nous ne l'eussions fait.

Pour compléter sa direction, sœur Saint-Maurice mettait toujours sous les yeux des novices les exemples des saints, le souvenir des fondateurs de la Congrégation, la vie des premières filles de la vénérable mère Rivier, dont on lisait les notices.

La ferveur s'allumait, s'enflammait de la sorte ; et Ton en venait aux vrais élans de la générosité et du sacrifice pour Dieu : témoin cette postulante qui tenait outre mesure a une petite croix d'or, sa dernière parure, et qui, au second jour d'une retraite, s'en détachait d'elle-même et poussait le renoncement jusqu'à venir prier la supérieure de l'admonester désormais en public, pour réfréner son orgueil.

Quand des fleurs de vertus s'épanouissent ainsi sous un ciel nouveau, il est juste que l'atmosphère qu'elles embaument s'en délecte quelque peu. Sainte-Marie-de-Monnoir connut ces délices et les pieuses émotions qui ne s'en séparent point, lorsque, le 1er mai 1854, on y put assister, pour la première fois, a une cérémonie de vêture. Trois postulantes étaient prêtes à prendre le saint habit. Malgré son désir, Mgr Prince ne put présider cette cérémo-

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