LIVRE IIe. — LA SOEUR MISSIONNAIRE
Vierge, souveraine et gardienne de ces lieux, sous le nom de Notre-Dame de la Garde.
Le jour suivant, Jésus-Hostie prenait possession du tabernacle de la chapelle.
En quittant Saint - Hugues le 19 septembre, Mgr Prince se rendit à Saint-Aimé, dont le couvent fut inauguré à son tour le 20 de ce mois.
Là, comme à Saint-Hugues, la sœur supérieure avait elle-même veillé à l'organisation du local. Mais ce fut surtout pour le pourvoir d'un personnel qu'il fallut tout le sens pratique et judicieux de sœur Saint-Maurice. On était a court. — Il avait été question, quelque temps auparavant, d'une fondation dans le diocèse des Trois-Rivières ; les circonstances n'avaient point permis qu'elle se réalisât. Si du moins les sœurs de France, que l'on avait demandées dans ce but, avaient pu arriver ! Sœur Saint- Maurice î'espérait un moment ; mais cette espérance s'était évanouie. — Il fallut donc tirer parti de ses seules ressources. La supérieure se vit obligée de confier à une novice la direction de Saint-Aimé. C'était délicat ; mais elle le fit avec un tact et une prudence inimitables, l'y préparant sans qu'elle s'en doutât et l'y amenant presque sans lui dire sa mission.
La petite phalange destinée à Saint-Aimé avait
quitté Sainte-Marie en même temps que la caravane plus nombreuse de Saint-Hugues. On s'était séparé en route. Mais trois jours après sœur Saint-Maurice avait rejoint ses filles pour présider à leur prise de possession de l'établissement, dont cession fut faite, comme a Saint-Hugues, à la Communauté des sœurs de la Présentation. La cérémonie de l'installation s'accomplit avec une grande solennité ; et aussitôt les classes s'ouvrirent.
La sagesse de notre sœur Saint-Maurice se signala en cette circonstance. Supérieure attitrée, ayant un renom bien acquis, une autorité reconnue, elle aurait pu songer a user de ces privilèges pour mieux lancer l'entreprise. La prudence humaine n'aurait pas manqué d'en agir ainsi. Mais, voyant les choses de plus haut, la supérieure du Canada fît tout le contraire. Elle refusa même de paraître au parloir et elle fît recevoir les parents par lajeune directrice, qu'elle mit de la sorte en évidence, afin de lui faire prendre position. Pour elle, il lui suffisait de demeurer le conseil et l'appui.
Elle restera, en effet, dans ce rôle. L'œil toujours ouvert de ce côté, elle n'épargnera k ses filles de Saint-Aimé ni lettres, ni visites. Et cette petite communauté, originairement formée de novices, marchera fidèlement et généreusement sous la règle de