LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
paroissiale do Saint-Hugues, que la cérémonie s'accomplit avec une solennité vraiment imposante. La foule, affluant de toutes parts, entendit avec joie l'acte d'institution canonique dont nous avons donné le texte au chapitre précédent. Elle fut singulièrement émue en voyant cinq enfants du Canada s'incliner devant l'autel et faire leurs vœux en présence du pontife qui les acceptait au nom de Dieu.
Peu de temps après, le 21 novembre, la profession de deux autres novices était également reçue par M. Archambault.
Dieu parlait ainsi d'une façon sensible au peuple dont il voulait choisir les filles pour son divin service. Les vocations ne manquèrent pas.
Mais il fallait pour les comprendre et les guider un instrument fidèle» Sœur Saint-Maurice fut cet instrument. C'est là que devenait précieux son coup d'œiï, sa perspicacité, ce que nous pourrions appeler indifféremment son esprit de discernement ou son discernement des esprits. Toutefois la rapidité naturelle de son jugement ne lui faisait jamais manquer à la règle qu'elle s'était imposée de recourir d'abord à la prière.
Puis, l'accueil qu'elle faisait aux postulantes était tout une sainte tactique. Il était toujours aimable, mais jamais enthousiaste : c'était de la prudence.
Citons un exemple. — Une demoiselle bien clouée et bien dotée se présenta, un jour, non pour demander son admission, mais pour s'informer des règles et coutumes de l'Institut, afin d'éclairer sa décision. Elle avait déjà fait dans plusieurs ordres cette enquête préliminaire. Son extérieur modeste, sa conversation, la droiture de ses sentiments ne laissèrent dès l'abord aucun doute à sœur Saint-Maurice sur le sujet que Dieu lui envoyait. Mais, « me rappelant aussitôt, écrivait-elle ensuite, que surtout dans les commencements de notre Congrégation, quand il se présentait des sujets doués de fortune ou de brillantes qualités, notre vénérable mère Rivier était saisie de crainte, se demandant si cette admission n'affaiblirait pas l'esprit de simplicité et de pauvreté de notre Institut, je partageai cette appréhension. » — Alors, n'écoutant que son esprit de foi, voici ce que la sage supérieure répondit à la future novice : « Ma chère demoiselle, tout ce que je puis vous « offrir, c'est une vie de pauvreté, de simplicité, « d'humilité et de zèle. Si vous vous sentez le cou- « rage de vivre ainsi, non seulement nos portes « vous sont ouvertes, mais encore nos bras et nos « cœurs. Prenez le temps pour réfléchir ; et si Dieu « vous appelle, arrivez-nous bien résolue à devenir « une vraie sœur de la Présentation de Marie. »