LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
L'aspirante fut renversée par cette déclaration de principes. — « Je ne puis, disait-elle le lendemain, « m'expliquer cette manière d'agir de la part d'une « supérieure qui a cependant besoin de sujets pour « sa mission naissante.... Et ce qu'il y a de plus « étrange, ajoutait-elle, c'est que je ne sens en moi « aucun attrait pour les communautés où j'ai reçu « un accueil très cordial, tandis que tout m'attire à « la Présentation, malgré cet étonnant langage, que « m'a tenu la supérieure. d
Trois jours après, les portes du noviciat s'ouvraient a cette postulante ; et elle devint une bonne et ferveute fille de la vénérable mère Rivier.
Cette réserve prudente de la première heure faisait place, dès que le seuil du couvent était franchi, à la plus maternelle affection. Combien de « déluges de larmes » a fait cesser sœur Saint-Maurice, quand le sacrifice de la maison paternelle semblait trop dur ! Et comme elle savait dire aux orphelines qui lui venaient au noviciat : « Je serai deux fois votre mère » . Mais,. en même temps, quels horizons de îa vie religieuse et parfaite elle ouvrait à ces âmes de vingt ans ; et comme elle les faisait monter vers Dieu en leur répétant des mots simples et grands comme ceux-ci : « Demeurez humbles »... « Faites-vous petites, bien petites ! »
Pendant que sœur Saint-Maurice travaillait ainsi pour Dieu, Dieu travaillait pour elle, comme II le fait pour les saints, c'est-a-dire par la croix. Bien que les difficultés premières eussent été aplanies et que les privations de ses débuts au Canada ne se fussent point renouvelées, la digne supérieure ne restait pas sans épreuves de diverses sortes. Ce fut d'abord la santé de Mgr Prince, son père, son conseil et son appui, qui l'inquiéta vivement ; puis celle de quelques sœurs ; elle-même enfin paya son tribut à la maladie. Dans une visite au couvent de Sainte- Marie-de-Monnoir, au cours de l'hiver, elle s'était refroidie. La fièvre la gagna et la jeta bientôt dans une grande prostration qui alarma vivement ses sœurs. Dieu, heureusement, ne resta point sourd aux prières des enfants pour leur mère î
Une grande consolation vint d'ailleurs bientôt embaumer les cœurs et aider ainsi notablement au rétablissement de sœur Saint-Maurice; ce fut l'arrivée d'une Sœur Visitalrice au Canada 1.
La vénérée mère Arsène avait promis depuis quelque temps cette visite à Mgr Prince et à la chère supérieure du Canada. Elle voulut bien au commencement de 1857 annoncer la réalisation de ce projet ;
(1) Terme usité dans la Congrégation.