LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE
et Ton pense bien si cette nouvelle fut accueillie avec joie !
Voici comment s'accomplit ce voyage tant désiré.
Le 8 mai, la sœur visitatrice quittait Bourg-Saint- Andéol, emmenant avec elle deux sœurs qui devaient augmenter la famille canadienne. Après un arrêt à Paris, pour saluer Notre-Dame des Victoires, les trois voyageuses se rendirent a Boulogne pour aller, par Londres jusqu'à Liverpool, prendre le bateau de la ligne de Québec. La traversée, malgré l'impôt du mal de mer, fut relativement bonne. C'est au port qu'on allait échouer. En effet, dans la nuit du 31 mai au 1er juin, on avait quitté l'Océan, on était sorti du golfe, on naviguait à toute vapeur sur le Saint-Laurent « le roi des fleuves » , quand tout à coup, à une heure du matin, se produisit un choc épouvantable : le steamer était allé se mettre en plein sur un rocher ! Une immense clameur d'effroi avait répondu au bruit sourd de l'échouement : cinq cents passagers environ songeaient à leur existence en danger. Cependant, malgré la position critique du navire qui donnait de la bande sur bâbord, il lut jugé que l'on pouvait attendre le jour ; et le capitaine consigna tout le monde dans les cabines. Nos bonnes sœurs recommandèrent alors leurs âmes à Dieu, firent un acte de résignation à sa volonté sainte, et puis... se
rendormirent tranquillement. — Ce que c'est que d'avoir la conscience en paix î — A huit heures du matin, un steamboat vint au secours du navire en détresse ; et les passagers furent ainsi transbordés sur un voilier, qui n'arriva qu'à huit heures du soir à Québec.
Celte alerte eut une compensation de la bonne Providence dans l'accueil qui fut fait à nos voyageuses au moment où elles posèrent le pied sur la terre du Canada. Mgr l'Archevêque de Québec, prévenu à leur insu, avait envoyé deux prêtres à leur rencontre. Ce digne prélat les reçut d'abord dans son palais, malgré l'heure tardive ; puis, il les fit conduire chez les révérendes Sœurs Grises, où la plus fraternelle hospitalité leur fut offerte. Vingt-quatre heures après, le chemin de fer les mettait à Saint-Hyacinthe, où M. Reymond, vicaire général, les attendait à la gare.
C'est le 4 juin que deux sœurs de Saint-Hugues vinrent chercher à Saint-Hyacinthe leur visitatrice et ses deux compagnes. Quelle joie de se retrouver ainsi à telle distance de France et de la maisonmère ! Bientôt les explosions de la plus sainte allégresse se donnaient libre cours a Saint-Hugues, pour se prolonger ensuite à Sainte-Marie et à Saint-Aimé.
Mais la satisfaction du cœur ne fut pas l'unique ni