‹ Vie de la révérende mère Marie-Saint-MauriceChapitre 96 sur 188 · LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE · texte numérisé non relu

LIVRE IIe. — LA SŒUR MISSIONNAIRE

Rejoignons-les à Notre-Dame des Victoires. C'est leur sanctuaire de prédilection ; elles ne peuvent plus en sortir.— - Un jour, c'était un vendredi, elles y avaient fait la sainte communion et entendu quatre messes consécutives. Une cinquième fois, le saint sacrifice allait commencer ; elles voulurent y assister encore : n'allaient-elles pas en être absolument privées pendant la traversée ! Tous les élans de leurs cœurs montèrent mieux vers Dieu. Il semblait que, loin de les lasser, la longueur de leurs prières ne faisait que les animer davantage.

Mais il fallait enfin quitter la chère église. Comme si elles eussent encore voulu allonger le temps, les sœurs s'étaient arrêtées à la porte, quand, sortant a son tour, le prêtre qui venait de célébrer devant elles les interpella. C'était, nous dit quelqu'un qui l'a connu, « un digne ecclésiastique a l'aspect humble et modeste et qu'on respectait comme forcément » , malgré certains petits « excès de bonhomie ». — « Eh bien, les voyageuses, dit-il, où allez- « vous ainsi? — Une réponse toute simple et sans ambages fut faite a cette question. Quelques instants après, M. Ridoux (ainsi s'appelait l'interlocuteur), conduisait les missionnaires du Canada à M. Des

Genettes, dont la belle âme s'émouvait en s'intéres-

sant à leur apostolat et qui promettait des prières pour soutenir leurs travaux.

Mais là ne se borna point le rôle de M. Ri doux. En quittant le respectable curé de N.-D. des Victoires, il voulut faire une communication à sœur Saint-Maurice. — Nous livrons les faits, sans les juger, tels qu'ils nous sont connus. — « Passez devant, les petites » , dit-il aux jeunes sœurs. Puis interrogeant la supérieure, il s'enquit de la fondation, du but, de l'extension de la Congrégation. La conversation ne se limita point à ces détails historiques, ni au passé. Elle se termina par ces mots : — « Allons, ma mère, « bon courage. Encore quatre ans et vous revien- « drez définitivement en France. » — « Dans cinq c ans, reprit sœur Saint-Maurice, j'espère y reve- « nir ; mais d'ici-là où serons-nous?» — «Non, € reprit le prêtre, vous serez de retour avant la fin « de la cinquième année. ». — Et comme les deux sœurs que l'on rejoignait avaient entendu ces dernières phrases, M. Ridoux les regardant, dit à l'une: — « Vous reviendrez aussi plus tôt que vous ne « voudrez. » — Et, à l'autre : — « Et vous aussi, « vous reverrez la France. » — « Quand? » répliqua vivement celle-ci, par un mouvement tout naturel de curiosité ou peut-être d'incrédulité. — * Ah, « Dieu seul le sait, » répondit le prêtre, Puis la su-

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