II
<( ma très-chère sœur , vous succédez à la charge
(( de votre sainte institutrice : succédez à son
« esprit; je le demande à Dieu pour vous et pour
,., , ,. « toutes vos filles. Demandez-lui aussi mes be-
[\)Arcnives
fVZmu- '' savez que c'est tout le retour que j'exige de
Trottier, du ,,.
lOwflj 1724. « VOUS(l). »
»• Après le départ de M. Dosquet de ViUemarie ,
N^^Dos^uet ^^ ^^^ avait donné pour successeur dans la direc-
!a dinfcUon ^^^^ ^^^ sŒurs de la Congrégation M. Déat , en-
^deTa"'^^ voyé l'année précédente par M. Leschassier avec
trois autres ecclésiastiques du séminaire de Saint-
{^) Archives Sulpice (2), M. Normant du Faradon, M. de
du séminaire
deVi/iemarie: Miuiac et M. Navetier (3). Ce nouveau directeur,
lettre de M. ^ '
de^^Beimml' ^^^^ ^'^^ g^aud esprlt de piété et de sagesse , et 1722.^^ "^^^ ^i d'ailleurs était un prédicateur pathétique et j%)Cataiogue éloqueut (4), s'accfuit tout aussitôt la confiance
des ecci estas- T- \ j ^ i
nunSre" ^de ^es sŒurs et s'efTorça Constamment de s'en rendre
Villemarip , -i- > i •> i .
1722. digne par son zèle a procurer leur avancement
(4) ibid. (j^jjg \^ perfection. « J'ai vu avec plaisir par les « lettres que j'ai reçues de vos fiUes, » écrivait M. Dosquet à la supérieure de la Congrégation, « la grande confiance qu'elles ont en M. Déat; « cela soutiendra votre communauté , et y en- « tretiendra l'union et la paix, qui est le plus « grand bien que vous puissiez désirer en ce <c monde. Vous êtes heureuse d'avoir un confes-
MARGUERITE TUOTTIER , 5" SUPÉRIEURE, 1725. 291
« seur qui prend tant de soins de votre avance- « ment spirituel. Dieu veuille vous le conserA^er. « Je le prie tous les jours qu'il le remplisse de « plus en plus de son esprit . afin qu'il vous con- « duise toutes à la perfection de votre état. C'est (^'i) Archives
^ • • 1 -u L I • de la CoJiqré-
« a quoi je pense que vous travaillez toutes, puis- gaUon: lettre
, , , , . K, (le M. Bosquet
«< que ce n est c{ue dans ce dessein que vous êtes « la sœur
Troftier, du
« admises dans cette sainte Congrégation (1). lo mat 1724.
M. Doscpiet ne resta pas longtemps chargé de ^'''^^• la supériorité de la communauté de LisieiLx. Le m cosquet
entre
séminaire des Missions -Étrans^ères à Paris étant ^" séminaire
c des Missions -
près de s'éteindre par manque de sujets , MM. de Etrangères. Brizacier et Thiberge , cjui en étaient supérieurs . demandèrent avec instance aux directeurs du séminaire de Saint -Sidpice de les agréger à leur corps . ou de leur donner des sujets capables de soutenir celui des Missions -Étrangères (2). L*ar- ^^^^]f^^^afre chevêque de Paris était assez porté à favoriser ^j^edePm^ù: cette union. Les ecclésiastiques de Saint-Sidpice 30 wir? ^25" jugèrent cependant c{ue l'œuvre des missions n'était pas compatible avec l'esprit de leur propre institut. Us se bornèrent donc à donner au séminaire des Missions plusieurs sujets de mérite, capables de soutenir cet établissement. De ce nombre fut M. Dosquet (3). crui passa ainsi du (3)îbid.,o.y-
^ \ / A r semblée au M
séminaire de Saint-Sulpice à celui des Missions- «"i'^»'^- '"-s- Étrangères. Cette même année 1723. il fut en-
(1) Goilia voyé àRome en cmalité de procureur des vicaires
S'o39^— V(eî/è apostoliques des Indes ; le pape Benoît XIII le
geoy^,^ ^pnr sacra lui-méme évèque inpartibus de Samos (I),
p. 6. ' "^ ' et le noimna assistant au trône pontifical (2).
fQ\ Liste ilês
prêtres du ca- Avaut SOU entrée au séminaire des Missions-
nada, p. v. .
^^r Etrangères, et lorsqu'il était encore chargé de la
du'pSe communauté de Lisieux, M. Bosquet avait mis
^ d'écrire "^'^ uii grand zèle pour procurer la pidjlication de la
sœur Le Ber. Vie de la sŒur Bourgeoys , et celle de la Vie de
M. Ransonet i ii i i
compose la sœur Le Ber, sur lacfuelle M. de Belmont avait
celle ^ ^
de la sœur coiUDosé récemment des mémoires. Après avoir
Bourgeoys. ^ ^
déjà envoyé à M. Ransonet à Liège les matériaux qui devaient ser\dr pour ces deux Vies , M. Dosquet vit à Paris le Père de Gliarlevoix , qui composait alors son Journal Historique. Gomme il le jugeait plus capable que le premier d'écrire ces Vies avec goût , il lui proposa de les composer et de les insérer à la relation de ses voyages , ce que le Père de CharlevoLx accepta de grand (%) Archives CŒur (3). M. Dosquet écrivit donc à Liège pour
de la Congrégation: lettre que M. Rausouet lui renvoyât les mémoires qu'il
de M. Dosquet ^ /' ...
à la sœur avait entre les mains : mais comme celui-ci avait
Trottier, du '
10 mai 1724. ^^j^ commencé la Vie de la sœur Bourgeoys, il préféra de la finir, et ne renvoya à M. Dosquet que les mémoires sur la sœur Le Ber, qui furent remis au Père de Charlevoix. « Vous n'aurez pas « le plaisir, ma chère sœur, » écrivait M. Dos-
MARGUERITE TROTTIER , 5" SUPÉRIEURE , 1 725. 293
qiiet à la sœur Marguerite Trottier, le 10 mai 1724, « de voir cette année la Vie de votre « sainte mère Bourgeoys. Elle est composée il y « a du temps ; mais on n'a pas l'occasion de me « l'envoyer ; car je ne veux pas ffu'on la confie « aux voitures ordinaires , à moins qu'il ne « vienne de Liège ime personne de connaissance « qui s'en charge. Nous tâcherons de la faire « imprimer pour l'année prochaine. Je crois que « vous en serez contente. Elle est courte, parce « que les mémoires étaient assez ingrats : ils « rapportent beaucoup de ses paroles , et peu de « ses actions. Le contraire aurait été plus conve- « nable ; car le lecteur cherche plutôt dans l'iiis- « toire des faits que des sentences et des éloges « de la verKi. Je souhaite qu'elle soit de votre « goût , et qu'elle vous porte de plus en plus à « imiter votre sainte institutrice. Pour ce qui est « de la Vie de la sœur Le Ber, elle sera composée « par le Père Charlevoix, que vous avez vu il y a « trois ans. Il m'a témoigné qu'il désirait fort y « travailler pour l'insérer à une relation qu'il « fait de ses voyages. Comme c'est une bonne « plume , je lui ai confié avec plaisir les mé- « moires crue i'ai fait revenir de Lièee (1). » {]) Archives
^ 'i ^ ^ ^ de la Congré-
Cependant, quelque désir que ce Père eût témoi- yutmi. gné d'abord, il parait qu'il changea ensuite
Publication
de la Vif
de la sœur
Bonrgeoys.
d'avis. Du moins il publia son Journal sans y faire aucune mention de la sœur Le Ber, dont la Vie est restée encore inédite, et n'est guère connue aujourd'hui c[iie par ce que nous en rapportons dans cet ouvrage.
Celle de la sœur Bourgeoys, c|ue M. Ransonet avait composée , fut enfin imprimée à Avignon en 1728, et dédiée par l'auteur à M"' Dosquet, sœur de l'évêque de Samos. On voit par l'épitro dédicatoire combien la vertu solide de cette demoiselle avait influé sur la détermination de M. Dosquet, lorsqu'il s'était consacré au service de Dieu. « Vous rompîtes il y a cjuelques années « avec le monde , lui dit l'auteur, et sans sortir de l'état séculier vous vous élevâtes tout d'un coup à un degré de perfection chrétienne oii l'on parvient à peine dans les cloîtres. Votre illustre frère, touché de cet exemple, changea d'abord ime vie commune en une vie semblable à la vôtre. Ensuite, la voix de Dieu s' étant fait entendre , il se consacra au service des autels , et bientôt après , malgré vos larmes et les miennes , le zèle sacerdotal le transporta chez les Canadiens. Il y serait encore, disons mieux , il ne serait plus , si des personnes éclairées, dont il suivait les avis en tout, ne l'eussent en quelque sorte contraint à revenir
MARGUERITE TROTTIER , 5* SUPÉRIEURE, I72."S. 295
« dans son air natal, pour y rétablir des forces
« épuisées. Le récit des actions de la sœur Bour-
« geoys plaira sans doute à votre piété par sa
« matière. Puisse-t-il encore par son style et sa (i) vie de
,. .. iri'> »-T la sœur Bour-
« disposition ne pas déplaire a votre goût judi- geoys, par
M. Ransonet ,
a cieux et délicat (1)!» p. 3-4-6-7.
Il s'en fallait beaucoup cependant que M. Ran- j^^^^ JeiaVi sonet fût lui-même satisfait de son ouvrage : les Boureenys mémoires qu'on lui avait remis étant pleins de m Ransonet. détails étrangers à son sujet, de lacunes considérables , et la plupart des faits y étant dépouillés de leurs circonstances, quelques - uns même n'ayant ni issue, ni dénoùment. Ce fut apparemment ce qui lui fit prendre le parti de différer l'impression de cette Vie jusquen 1728, quoiqu'il l'eût terminée quatre ans auparavant (2). {"i) Archives
^ '■ ^ ' ne la Congrr-
Dans l'espérance de recevoir du Canada des ^?^\T^ ^^''7
^ neM.Dosquet,
documents nouveaux, il écrivit aiLx sœurs de la ^"24^" "" Congrégation en 1727, et leur représenta qu'il n'était pas assez instruit de son sujet pour le traiter d'une manière convenable. Elles lui répondirent qu'il leur serait fort difficile à ellesmêmes de l'en instruire davantage ; et qu'au reste elles seraient contentes du travail qu'il pourrait composer avec les matériaux qu'il avait entre les mains. Sur cette réponse il se détermina à publier enfin sa Vie de la sœur Bourgeoys.
(1) Vie de la sœur Bourgeoys , par M.
Rnnsonet , overtissement , p. 8-9-10-11.
M. Déat
entreprend
de rédiger
le Coutumier:
puis il interrompt cet ouvrage.
quelque imparfaite qu'elle fût (1 ). C'est un petit volume in-18. de cent vingt-trois pages, dont à peine cent sont employées à faire connaître la sœur Bourgeoys. Avec le petit nombre de faits indiqués plutôt qu'exposés dans les matériaux informes que l'auteur avait à sa disposition , il n'est pas étonnant qu'il n'ait pas toujours été exact, et qu'enfin l'ébauche qu'il a tracée ne donne cju'une bien faible idée de la sœur Bourgeoys, et des services qu'elle a rendus à la Nouvelle-France. Comme néanmoins cet ouvrage était destiné pour l'édification et l'usage particulier de ces filles, elles le reçurent avec joie et reconnaissance ; et ce fut jusqu'à l'année 1780 la seule Vie cp^i'elles eurent de la fondatrice de leur institut.
Elles désiraient aussi de voir mettre par écrit divers usages qu'elle avait laissés à la Congrégation , ou cpie la ferveur des sœurs y avait introduits depuis , et d'en former un recueil sous le titre de Coutumier pour celles qui viendraient dans la suite. M. Déat, leur directeur, se chargea d'abord de la rédaction de cet écrit, destiné à servir de commentaire et d'explication aux règles. Mais comme nous avons vu que M. de Valens avait d'abord refusé de composer les règlements de la Congrégation, M. Déat, quoi-
MARGUERITE TROTTIER, 5' SUPÉRIEURE, 17fl5. 297
que très-capcible de rédiger le Coulumier, et trèszélé pour l'institut , renonça à ce travail après l'avoir entrepris (1). Peut-être craignait -il que {\) Archives
de 1(1 Congré-
M. de Saint-Vallier n'en prît occasion d'imposer r/"'''^" • ^«'''"^
^ (/eM.deSaint-
aux sœurs des pratiques qu'elles n'auraient accep- ^^^'J^^j^l^^gl': tées que par pure obéissance ; et que la publi- ^^'J^J^"' J^"^^^^ cation du Coulumier ne donnât lieu à des troubles semblables à ceux que les règles , proposées d'abord , avaient autrefois excités dans la Congrégation. Ce qui pourrait autoriser cette conjecture , c'est l'injonction que ce prélat avait faite , depuis peu , aux sœurs d'exiger une dot de toutes leurs novices , avant de les admettre à la profession.
M. de Saint-Vallier, par le grand désir d'éten- ^J^'j^ dre les communautés cloîtrées qu'il avait établies ^^'"J^'onne^^' à Québec et aux Trois-Rivières , y reçut un certain ''" deTa"*^* nombre de filles sans une dot convenable. La cour ° d^èxfger*^"^ considérant cpie plusieurs eveques de r rance , de 2,000 livres
pour
pour en avoir usé de la sorte dans leurs diocèses, chaque
^ novice.
avaient la douleur de voir des religieuses , après leurs vœux solennels , être obligées de retourner chez leurs parents pour y subsister , leurs communautés ne pouvant les nourrir , elle ordonna à M. de Saint-Vallier de n'admettre à T avenir aucune religieuse à la profession , sans avoir assuré auparavant à la communauté une dot de
4,000 livres pour chacune , et par un contrat en bonne forme , qui serait vu et approuvé par le gouverneur général et par l'intendant. Cet ordre ne regardait que les communautés proprement religieuses , où l'on faisait des vœux solemiels . et où Ton gardait la clôture; et Tonne voit pas que la cour eût voulu l'étendre aux sœurs de la Congrégation, auxquelles elle avait défendu, comme nous l'avons dit , de faire même des vœux simples, défense qui, n'ayant pas été officiellement révoquée, était censée persévérer toujours. Aussi le gouverneur général et l'intendant ne demandèrent jamais aiLx sœurs de la Congrégation de leur présenter aucun contrat de dot. Néanmoins, M. de Saint -Vallier adressa à ces sœurs un mandement particulier, par lequel, pour mieux entrer, dit-il , dans V esprit de la cour , û les oblige à exiger au moins ime dot de 2,000 livres pour chaque novice, et à passer avec les parents mi contrat que lui ou ses grands vicaires signeront , selon l'exigence des cas. 11 ordonna même qu'on donnât connaissance de son mandement aiLx parents de toutes les novices, et []) Archives gu'ou le lùt eu pleine communauté (1). Mais cet
de In Congre- ^ ^ ^ '
^deivent de^M ^^^^^? quelque formel qu'il fût. n'eut pas beau- 1ie,^!"'du"i5 coup de suite; et on comprit enfin qu'on ne pourrait en presser rigoureusement l'exécution sans
MARGUERITE TROTTIER, 5' SUPÉRIEURE, 1725. *299
contrarier ouvertement les desseins de la sœur Bourgeoys.
Dans les dispositions où était donc alors M. de ix.
^ La r(''daction
Saint-Vallier . tout porte à croire nue M. Déat du Coutumier
^ ^ est différée
interrompit la composition du Coulmniei' pour „J"^^i"'^ ,
i i 1 l'episcopat
é\iter à la Congrégation toute occasion de non- '^'' ^'- ^"^"^• veaux troubles. C'est aussi ce que semble autoriser à croire le grand désir que ce prélat avait de voir terminer ce travail. « N'ayant appris que « par votre lettre , écrivait-il à la sœur Margue- « rite Trottier. le 17 juillet 1726 , la résolution « prise par M. Déat d'abandonner le Coutumief, « je n'ai pu m'empècher de m'affliger de ce « qu'il a voulu par là rendre inutile tout le " temps qu'il a employé à le commencer et à le « continuer. Si ce travail est un peu avancé, « tâchez de retirer de lui ce cpi'il a fait , et enga- « gez la sœur du Saint-Esprit ( Marguerite Le « Moine) à y travailler eDe-même. Peut-être que « M. Déat ne lui refuserait pas ses lumières en « particulier, et cpie lui aidant aussi vous-même « de votre côté sur les choses qui doivent y être « comprises, nous ne laisserions pas d'achever « par reprises cet ouvrage . aucpiel je prends « beaucoup d'intérêt . parce qu'il vous est né- « cessaire. J'y travaillerais bien moi-même si « j'avais les articles qui y doivent être arrêtés ,
« aidé de vos lumières et de celles de la sœur (1) Archives « du Saint-Esprit (1 ) . » Quoique la sœur Le Moine
de la Congre- i. \ / x
ïieiTcfeS*-^! ^^^ très -capable de poursuivre ce travail et d'y vaiher. mettre la dernière main , il demeura cependant interrompu. Sous les premiers successeurs de M. de Saint - Vallier . on ne se mit pas en devoir de l'entreprendre : ces prélats , comme nous le dirons dans la suite , étant assez portés à introduire des changements dans les pratiques que la sœur Bourgeoys avait laissées. Enfin, sous l'épiscopat de M. Briand, qui révoqua toutes les inno- {1) Archives vations faites par ses prédécesseurs (2), les circon-
de la Congrégation; or- stances paraissant plus favorables, on composa
donnance de '- ^ '-
fdfiiinTiif'' ^^ Coutmnier, qui a été depuis en usage dans la Congrégation , comme nous le rapporterons en son lieu. X. Nous avons vu déjà que les personnes qui
Quelques j i i i
s'éSi'^nent ^^^^ ^^^P ^'^^^^ ^^^ voics extraordinaires, sont
''VtabH^^ souvent plus nuisibles qu'utiles dans une com-
toutes^qu'uu munauté ; et elles y nuisent toujours lorsqu'elles
même , , .., • • j? •.
directeur, u Ont pas une entière soumission a esprit aux personnes chargées par état de les conduire. Quelque avantageuse que fût aux sœurs de la Congrégation la direction qu'elles recevaient de M. Déat, et quelque confiance que leur communauté lui témoignât, l'une d'elles, la sœur de la Conception, qui se croyait appelée à
MARGUERITE TROTTIER, 5« SUPÉRIEURE, 1725. 301
marcher par des voies extraordinaires, voyant cpie M. Déat ne faisait pas grande estime des visions qu'elle prétendait avoir, se dégoûta de ses avis, et s'adressa successivement à plusieurs autres ecclésiastiques du séminaire, qui enfin reconnurent tous qu'elle était abusée par son imagination (1), L'exemple de cette sœur, dont {]) Archives
rie la marine;
nous ferons coimaître bientôt le caractère, fit lettre de m.
Bosquet ou
naître dans plusieurs de ses compagnes le désir ^^I"^''^^'ll\'j'l^ de recourir aussi pour elles - mêmes aux avis d'autres directeurs, sous prétexte d'une plus grande perfection. Cette pratique était contraire à l'ordre établi dans la communauté. La sœur Marguerite Trottier craignit qu'elle n'eût dans la suite des conséquences fâcheuses , et ne nuisît à l'uniformité de conduite qui devait régner entre les sœurs. Mais ne jugeant pas à propos d'interdire elle-même ces sortes de communications , ni d'engager les ecclésiastiques du séminaire à renvoyer eux-mêmes les sœurs qui allaient leur demander conseil , elle prit le parti d'en écrire à M. Leschassier, en le priant de marquer dans sa réponse les inconvénients de cette nouveauté.
M. Leschassier était alors atteint d'une srrave xi.
^ M. Leschassier
maladie. « Les infirmités de M. Leschassier , , famène.
' les sœurs a la
« écrivait M. Le Peletier à la supérieure, l'em- d^n'avoir
toutes
qu'un même
directeur.
« péchant de répondre à la lettre que vous avez « pris la peine de lui écrire , je me suis chargé « avec joie de le faire , et de vous marquer les « sentiments de ce bon père pour toute votre « communauté. Il sait les bons services qu'elle « rend au pul^Hc , et en particuHer les secours « que nos messieurs en retirent ; il prie vos « sœurs de vouloir bien les continuer. Mais en « même temps il les exhorte à ne point multi- « pHer les confesseurs , ni même les communiw cations de leurs consciences avec d'autres « qu'avec celui que la Providence a choisi pour « confesser la communauté. Rien n'est plus « important pour le bon ordre de votre maison , « et pour la conserver dans l'union, la paix et « la ferveur, qui l'ont jusqu'à présent soutenue « et rendue si utile. Il y a des temps marqués « pour avoir recours à des confesseurs extraor- « dinaires; et l'on sait qu'il peut y avoir quel- « quefois des raisons particulières pour en user « ainsi. Mais elles doivent être rares dans ime « aussi bonne communauté que la vôtre ; et Dieu « bénit toujours la fidéhté aiLx règles et aux « usages communs, .l'espère que vos saintes filles « ne trouveront pas mauvais ces petits avis , qui « ne viennent que d'ime véritable affection de (« leur bon père, de la reconnaissance qu'il a
de M . Lesdiassier, en 1725.
MARGUERITE TROTTIER, 5' SLI'ÉRIEURE, 1725. 303
« pour les services qu'elles rendent , et du désir
« sincère de contriljuer à leur perfection (1). » (i) Archives
. de la Congre-
La. réponse de M. Leschassier. sans blesser per- gation: lettre
^ ^ deM.LePele-
sonne , eut tout l'effet gu'il s'en était promis. Les ''<?'■> «'^'^f 'f*^
^ ^ Saint ■ Aichin ,
sœurs qui avaient paru s'écarter de la voie com- Jé't/^/e'.X"'
mune , y rentrèrent aussitôt , persuadées qu'elles
se sanctifieraient plus sûrement en suivant les
avis du confesseur que Dieu leur avait donné de
sa main pour leur conduite spirituelle , que par
tout autre de leur propre choix (*). M. Leschas-
{*) M. de La Tour semblerait dire dans ses Mémoires que le séminaire avait voulu s'attribuer k lui seul la direction spirituelle de la Congrégation, ainsi que celle de l'Hôlel- Dieu. « A Montréal, écril-il, Messieurs de Saint-Sulpice, qui « dirigent les communautés de filles, n'ont souffert chez « elles à aucun titre, ni religieux, ni ecclésiastiques, que de n leur corps (1). » On peut douter cependant si telle a été /^'/'"^"e"" sa pensée. Car au temps de M. de La Tour, et même pendant ^V- ce Lavai, p. tout le cours du xviii* siècle, il n'y eut a Montréal d'autres ecclésiastiques que ceux de Saint-Sulpice. Quant aux religieux , bien loin que le séminaire ail jamais prétendu les exclure de la conduite des communautés de filles de Villemarie, on a vu au contraire que dès que les RH. PP. Jésuites et les Récollets s'y furent établis, M. Tronson proposa aux sœurs de la Congrégation et a celles de Saint- Joseph de prendre leurs directeurs parmi ces Pères ; et qu'enfin , si le séminaire continua à les diriger comme auparavant , ce ne fut que sur les instantes prières des unes et des autres. On leur fit de nou- du séminaire veau la même proposition sous M. Leschassier. La réponse p^ce^de'par'ls': de ces filles fut encore la même; et de son côté, M. de 'f'"? '{^ ■'';
Lescltossicr à Saint- Valiier témoigna un grand désir de voir persévérer M.de Bdmont,
du mois de. mtti
les choses sur le pied où elles avaient été jusque alors (2). nos.
sier ne passa pas cette année, étant mort au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, le 19 août 1725, ji) Catalogue ^^^ ^^ 34 ^ns (1), après avoir ffouverné cette
des ecci estas- o \ ;? r o
%Ttnpagniede ^laison pendant 25 ans. La sœm' Trottier ayant saint-suipke. ^^^^-^ .^ ^^ ^^ Pelelier, son successeur, pour lui
exprimer les regrets de la Congrégation sur cette perte, celui-ci lui répondit en ces termes l'année
La vérité est que le séminaire , se trouvant chargé par le lait de la conduite spirituelle de ces communautés, n'a jamais souflerl qu'elles eussent, outre leur directeur ordinaire, d'autres confesseurs, soit parmi les religieux , soit parmi les antres ecclésiastiques de son propre corps. Nous avons vu que sur l'avis de M. Tronson, et avant qu'il y eût aucun religieux ;i Villemarie, M.Dollier de Casson cessa de diriger deux sœurs de la Congrégation , n'étant point confesseur ordinaire de cette communauté, et que M. Tronson l'en loua comme d'un bon exemple qu'il avait donné à la Congrégation et au séminaire. C'est qu'il était convaincu que la diversité des confesseurs introduirait infailliblement dilTérentes manières de conduite , et autant d'esprits qu'il y aurait de directeurs. Pour ce même motif les prêtres de Saint-Sulpice ont toujours cru que, pendant qu'ils auraient la conduite de ces communautés , il n'était pas convenable que des religieux y dirigeassent aussi les consciences ; et au rapport de M. de La Tour lui-même, l'expérience a montré que la diversité de confesseurs y introduirait infailliblement la division. « A « Québec, dit-il, la conduite des évêques relativement à la « direction des communautés de filles a fort varié, selon les ' sollicitations ou les conjonctures du temps. Les ecclésiasci tiques, les Jésuites et les Récollets y ont été tantôt admis, « tantôt exclus : ce qui a répandu dans ces maisons une se-
(i; Mémoires . , , .pc 1
sur la Fie de « mencc de division qui s arrachera dimcilement , et qui sous M.^de Laval , ^^ ^^^^^ ^^ Saint-VaUier et Dosquet a causé de l'embarras (1 ). »
MARGUERITE TROTTJER, 5* SUPÉRIEURE, 1726. 305
suivante : « Lu niorl de M. Lesoiittssier.a élé une
« grande perte pour nous ; mais vous y avez
« aussi perdu un père (rès- affectionné à votre
« communauté. Je vous prie , et toutes vos chères
tt filles, d'être persuadées qu'en succédant à sa
« place j'ai succédé aussi aux sentiments c[u'il
« avait pour vous , et que je ménagerai toutes
« les occasions de vous en donner des preuves. ,,, . , .
^ {\) Archives
« Je vous demande avec instance le secours de îl/-ô.'f°"%t « vos prières, et de celles de toute votre sainte PeietL^ à il
, r / , \ sœur Trot lier .
« communauté (1 ). » de 17-26.
La supériorité de la sœur Marguerite Trottier fut marquée par l'établissement d'une mission importante, celle de Louisbourg dans l'île Royale, commencée l'année 1727, comme nous allons le raconter dans le chapitre suivant.
CFÏAPITRE XII.