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COMMENCEMENT DE LA MISSION DE LOUISBOURG, DANS L'ÎLE ROYALE

Lorsque la paix fut conclue entre l'Angleterre i.

,,„ , •,i,TTi ^ Établissement

et la r rance , par le traite d Utrecht , en 1 7 1 3 , de

l'île Royale.

Louis XIV céda aux Anglais deiLx anciennes Louisbourg. colonies françaises : l'Acadie , dont ils s'étaient emparés en 1710, et Plaisance , qu'ils désiraient u. 20

rn^/T'i)-''^ depuis longtemps (1). Pour se dédommager, ce 503^"^*^^' P- prince résolut alors de former une nouvelle colonie au cap Breton, qu'il s'était réservé par le même traité, avec toutes les autres îles situées dans l'embouchure et dans le golfe Saint-Laurent. Le cap Breton fut alors désigné sous le nom d'ile Royale ; et l'on y fit trois établissements : le port Toulouse , le port Dauphin ou Sainte- Anne, et Louisbourg, qui fut choisi pour le chef-lieu de cette nouvelle colonie. On transféra à Louisbourg l'état-major , les troupes et les habitants de Plaisance ; mais presque tous les Français étabhs dans l'Acadie restèrent dans ce pays, d'après la faculté de la tnarine: que leur en laissait le traité de paix; en sorte

dépêches f^*^ , , i • . >

ni^^.UcRoyu- qu il n'y eut guère que la garnison qm passa a

le , nié /noire

du roi ù M. l'île Rovale f2). Quelques compaeiiies du Canada

Des Herbiers . j v / v i x c

fol 7Mo"""'*' ^^ ^^ grand nombre d'habitants et d'ouvriers {%)Histoirede allèrent aussi s'y fixer (3). En 1718. la cour

i Hôtel -Dieu J \ J

de Québec, ib. donua des ordres pour fortifier Louisbourg. On y établit plusieurs batteries pour la défendre du côté de la mer ; cette vdlle devint bientôt considérable , et on l'entoura d'une enceinte avec des bastions , afin de la mettre hors d'insuhe. Enfin, pour administrer les sacremeuls, on y appela les religieux Récollets, qui servirent d'aumôniers - aux troupes et de curés aux habitants ; et on y établit un hôpital desservi par les religieux de la

MARGUERITE TROTTIER , 5* SUPÉRIEURE, 1726. ."307

Charité, pour le soulaeement des malades (1). {^] Mémoire

'■ ^ ^ ^ du roi à M.

Pondant que la cour procurait .à LouisLourg ^^f^erfAers ; ces établissements de première nécessité. M. de n- Saint-Vallier sonseait à v former une mission de 'l'établir

" une mission

la Congrégation , pour l'instruction des jeunes congrégation fdles . encore dépourvues de toute ressource. Les Louisbourg. familles venues de Plaisance n'avaient pas eu quf^*

, j 1 r • • X • 1 p . f" différent

plus de moyen de taire mstruire leurs entants l'exécution.

dans cette dernière colonie , s' étant vues obligées

de les envoyé?' en France pour leur apprendre à

prier Dieu (2) . Touchées de l'état de délaisse- (i) Archives

rie la marine;

ment où étaient les jeunes filles de Louisbours:, Plaisance.

•• *^' n03, lettre de

les sœurs de la Conerrésation entrèrent volontiers ^ ''^ ^"'^^'"

c o caze.

dans les vues de leur évèque , et résolurent d'y former une mission. Mais comme M. de Saint- Vallier n'était pas alors en état de fournir aux frais de ce nouvel établissement , et que , de leur côté . les sœurs étédent incapables d'y suffire , elles prièrent ce prélat d'aviser au moyen de procurer quelcpies petits fonds pour la subsistance des sœurs qui seraient envoyées dans ce pays. « J'ai vu avec joie le zèle de votre communauté, « répondit-il à la sœur Trottier; a il est bien juste « que vous ne vous engagiez pas dans une pa- « reille entreprise sans qu'on pourvoie solide- « ment à la subsistance de vos missionnaires. Le « Père La Richardie m'avait dit ici qu'il se

« croyait assuré d'y fournir. Probal)lement il de)l'^Co!w7l " ^^ ^^^^^ conféré avec M. Le Normant (de Mésy, TiMxieSuhil " commissaire ordonnateur de la marine à Louisrnai%iV! ù « bourg). Mais ce dernier ne m'en a pas encore

la sœur Trot- , . .

lier. « écrit (1). »

Une autre considération fit différer l'exécution de ce dessein pendant plusieurs années. M. de Saint-Vallier jugeait avec raison que les Récollets de Louisbourg, dont la conduite donnait une

(2) Archives assez faible édification à cette colonie (2), seraient

de la marine: ^ ''

'saint-VaiHer P^^ propres à diriger les sœurs de la Congré- 3" iQ^/éceZ-- galion ; et de leur côté , les sœurs , qui avaient peine à se mettre sous la conduite de ces religieux, alléguaient l'article de leur règle, qui leur prescrit d'être toujours dirigées par des

(3) ibid. ; prêtres séculiers (3). Voidant donc obvier à ce

lettre de MM. ^ ^ '

de Benuhnr- cloublc incoiivéuient, M. de Saint-Vallier s'adressa

nois et Hoc-

quart uu mi- ^^ miiiistre. Il le pria d'assigner des fonds, tant

nistre , dit 4 r o ;

octobre 1 *3i. ^^^^^^ ^^ fomiatiou et le soutien de la mission des sœurs à Louisbourg, que pour l'entretien d'un ecclésiastique , qu'il se proposait d'envoyer dans cette colonie avec des pouvoirs de vicaire-général , et qu'il aurait chargé de la conduite spiri- „, , , . tuelle des sœurs de la Congrégation. Mais la cour,

(h) Arcnivei ou

dé^hlT^'^de ^^ï^ engagée dans d'autres dépenses considé- Mgr'PciTque rables , lui répondit en 1724 qu'il fallait différer 1116."' ^'^' ''' l'exécution de ce dessein (4). Malgré cette ré-

j, Il)i(i.,'7e

mauguerite trottieb, 5* supérieure, 1727. .'îOO

ponse , le gouverneur de Louisbourg . M. de

Saint-Ovide de Brouillant et M. Le Normant de

Mësy , ne laissèrent pas d'écrire l'année suivante

à la cour , pour exposer de nouveau les vues de Hnlnir]')Htl-e

M. de Saint- Vallier. La chose néanmoins demeura snint-orideet

encore mdécise (1). dereml. \m.

Durant ces incertitudes . la sœur de la Concep- ^ ''-''• tion, dont nous avons parlé, conçut le projet Laso^ur d'aller elle-même former la mission de Tile conception

forme

Royale. Douée d'un esprit vif, facile, insinuant, d'àue1-''1tibiir

d'un talent et d'une adresse rares pour l'édu- ^'"^ ™]f " cation des enfants . cette fille a\'ait d'aiUeurs une carartère''

certaine manière cl agir qui prévenait en sa cette sœur, faveur (2) : et si elle eût eu assez de docilité '^^) Archives

de la manne;

d'esprit pour se laisser conduire, elle aurait pu 'l^^^Sr\ni^de être très-utile à son institut. Mais une imagination ^ll'%ésu^''^dl. trop vive qu'elle ne réprima pas, et une grande ??32. ^'^"^ '^^ attache à son propre sens, jomts à un amour excessif pour le merveilleux , lui firent croire qu'elle recevait de Dieu des lumières extraordinaires . et la jetèrent dans des illusions qui la rendirent inutile . et même à charge à sa communauté (3). Dieu permit sans doute qu'elle tombât /.s. ^y^'}rl^*-

\ ' i- T^ tre de M. Dos-

dans ces égarements d'esprit , pour convaincre S'.ç'^ rfj'25 toutes les sœurs , par cet exemple frappant , de '*'"'* ^^^^' la nécessité de l'obéissance aveugle. « C'est im « défaut insupportable , disait M. Olier, que de

« s'éloigner, pour peu que ce puisse être, des

« maximes et de la conduite ordinaire de l'obéis-

« sance . bien plus certaine que toutes les révé-

« lations. Dieu, en nous faisant part de ses dons,

« veut nous perfectionner, et non pas nous rendre

« plus opiniâtres et plus attachés à notre propre

« sens. Au fond, nous ne sommes pas obligés

« de suivre les lumières que Dieu nous décou-

'( vre, mais bien d'obéir à ceux qu'il nous a

« donnés pour nous diriger. D'ailleurs, pour

« nous perfectionner , il peut bien nous donner

« quelque lumière, afin d'éprouver ensuite notre

« fidélité à la sacrifier à l'obéissance. Regardez

« comme fausse toute inspiration qui contrarie

n les ordres d'un supérieur : car l'esprit de Dieu

« n'est pas contraire à lui-même; et quand ce

« que le supérieur ordonne ne serait pas selon

« le bon plaisir divin , Dieu ne vous le ferait

« point connaître ; et vous feriez une œuvre qui

« lui serait très -agréable en obéissant. 11 n'y a

« personne sur terre exempt de soumission, quei-

rt que communication que Dieu lui fasse de ses

« lumières : et toujours faut-il faire approuver

« ses sentiments par celui qui tient ici-bas la

« place de Dieu. Telle était la fidélité de Jésus-

« Christ , que l'Évangile nous représente soumis

« dans son enfance à la très- sainte Vierge et h

MARGUERITE TROTTIER, 5' SUPÉRIEURE, 17^27. 311

« saint Joseph, Après rot exemple, qui voudrait

« donc se ((juduire soi-même, comme si on pou-

« vait se promettre une assistance divine plus ,y y.^ ^^

« spéciale que celle qu'avait Jésus-Christ (1)? » ^'JJg -249. "'

La sœur de la Conception eut le malheur de s'écarler de ces maximes si sûres et si sages , et mémo de prendre de l'éloignement pour fous ceux qui essayaient de les lui rappeler. Elle s'imaginait être conduite par des voies extraordinaires; elle était toujours clans de prétendus enthousiasmes de l'amour de Dieu ; elle faisait paraître un grand zèle pour le salut des âmes; elle prédisait même l'avenir. Mais la suite montra que toutes ces belles apparences n'avaient aucun fondement solide; cjue ses prédictions n'étaient que des rêves de son propre esprit; et qu'enfin, une personne de communauté qui ne captive pas son jugement sous le joug de rol)éissance , devient infailliblement le jouet de mille illusions, qui la rendent inutile à tout bien. Tel fut le fruit que la sœur de la Conception retira de ses visions prétendues. Malgré son talent pour l'instruction des jeunes filles , et malgré la piété qu'elle faisait paraître partout, on fut obligé de la retirer successivement de toutes les missions où on l'avait de^ma'!^^^envoyée , et de la rappeler enfin à la commu- Bosquet ^ au

, , ..,,, . , . ministre, du

nauté de vdlemane (2). 25 mars 1733.

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