MISSIONS DIVERSES
Montgolfier
compose
la Vie
de la sœur Le Ber et celle
de la sœur Barbier.
L'incendie de 1768, en consumant la maison des sœurs, avait anéanti la plupart de leurs documents écrits , spécialement le recueil des règles relatives aux divers offices de la communauté. A la suite de cette perte, M. Montgolfier s'estima heureux de trouver dans les archives du séminaire un exemplaire des règles dont nous parlons; il le transcrivit de sa main, et s'empressa H) Mémoire d'en douuer la copie aux sœurs (1). On possédait
sur la Congrégation, à la Congrégation un ouvrage manuscrit contenant la Vie de la sœur Jeanne Le Ber , composé , comme il a été dit, par M. de Belmont. Cette Vie ayant sans doute été consumée dans l'incendie , M. Montgolfier en composa une nouvelle , d'après les récits de plusieurs anciennes sœurs , qui
MARIE RAIZENNE, 13' SUPÉRIEURE, 1779. 451
avaient eu le bonheur de connaître cette sainte recluse. De tous les écrits que nous avons de lui, c'est celui qu'il semble avoir soigné davantage , quoique pourtant cette Vie laisse à désirer pour l'exactitude des dates et pour quelques autres particularités : ce qui n'a rien d'étonnant, l'auteur n'ayant pu recourir à d'autre source qu'à la tradition orale. Il composa aussi sur la sœur Marie Barbier , seconde supérieure de la Congrégation , un ouvrage manuscrit , que nous avons déjà cité plusieurs fois. M. Gravé, prêtre du séminaire de Québec , ayant trouvé dans les archives de ce séminaire un ancien mémoire sur la sœur dont nous parlons , écrit par M. Glandelet , qui l'avait dirigée longtemps, l'envoya à M. Montgolfier , le 23 septembre 1779, conformément au désir de l'auteur. Car M. Glandelet avait marqué sur ce mémoire qu'après la mort de la sœur Barbier il serait remis à M. de Lacolombière , arcliidiacre de Québec, ou, au défaut de celui-ci, au confesseur des sœurs de la Congrégation de Villemarie , pour qu'ils en fissent l'usage qu'ils jugeraient convenable. Un homme aussi soigneux que l'était M. Montgolfier de recueillir tous les anciens souvenirs de la Congrégation , devait éprouver une vive satisfaction à la réception de cet écrit. « Je « vous renvoie , avec actions de grâces , le mé-
{l) Archives du séminaire de Saint-Sulpice de Paris:
Vie de la sœur Barbier, avertissemenl, lettre du 2 décembre 1779.
Montgolfier
compose
la Vie
de la sœur
Bourgeoys.
« moire sur la Vie de la sœur T Assomption , ré- « pondait-il à M. Gravé ; j'en ai extrait tout ce « qui m'a paru propre à instruire et à édifier. « Ce que j'en ai retenu forme encore un corps « d'histoire abrégé, que je crois pouvoir être « utile. J'ai conservé presque en tout les expres- « sions propres de la sœur et celles de son direc- « teur; car je n'ai voulu rien mettre du mien « dans un ouvrage dont je ne suis que l'abré- « viateur et le copiste (1). » M. Glandelet ne poussa ce mémoire que jusqu'à l'année 1706, laissant à ceux à c[ui il l'adressait le soin d'y ajouter après le décès de la sœur, s'ils le jugeaient utile. Mais étant mort avant elle, et d'ailleurs ce mémoire étant resté enfoui jusque vers l'année 1779 , lorsque les souvenirs sur la sœur Barbier étaient déjà bien affaiblis , il est resté dans le même état où l'avait laissé l'auteur.
L'année suivante, M. Montgolfier composa un ouvrage plus considérable et d'un plus grand intérêt encore pour la Congrégation : la Vie de la sœur Bourgeoys , la même qui a été donnée au public en 1818. Nous en avons parlé dans la Notice des manuscrits qui nous ont servi à composer cet ouvrage. Il se servit pour ce travail des anciens mémoires envoyés autrefois à M. Le Peletier , et d'où M. Bansonet tira la Vie de la
MARIE RAIZENNE, 13' SUPÉRIEURE, 1780. iT)3
sœur Bow^neoi/s . crue nous avons de lui (l). , (*) ^''^ <^^
"' «^ 1 ^ ' In sœur Mar-
Dans la sixième partie, il exposa d'une manière f^o'f^in-iT méthodique les maximes de la sœur, comme ^'^'^^'P- '•i- M. de Belmont l'avait fait déjà avec moins cV étendue (2). Par un effet de sa vénération profonde [<i) Éloges de
quelques pev-
pour la fondatrice . et de son zèle à conserver -tonnes mortes
^ en odeur de
l'esprit de l'institut, M. iMonteolfier fit de cette T'i"^- , ^
^ ' o Montréal en
sixième partie une espèce de traité complet sur ^"^^^"■^ les fonctions, les maximes et les vertus propres des sœurs de la Congrégation. Il distribua dans ce cadre divers fragments des écrits de la sœur Bourgeoys ; et comme ces écrits , composés sans suite et sans dessein arrêté , ne lui fournissaient pas toujours de quoi remplir le plan qu'il s'était tracé , il y suppléa , selon le besoin , par des développements et des commentaires. Cette Vie est un nouvel hommage rendu aux services importants que la Congrégation ne cessait de procurer à la colonie. C'est ce que l'auteur atteste assez lui-même dans une observation préliminaire, supprimée dans l'impression de son manuscrit , et que nous reproduirons ici , comme un témoignage historienne digne de trouver place dans cet ouvrage. « La vénérable sœur Bourgeoys, dit- « il, a paru avec tant d'éclat et a pris mie si « grande part dans l'établissement de Yillema- « rie ; elle y tient encore aujourd'hui par son
« institut un rang si distingué, non-seulement « dans l'ordre de la religion, mais encore dans « celui de la société civile, qu'il n'est pas poste sible de la bien faire connaître , sans remonter « aux premiers temps de cet établissement, oti « elle se trouva comme associée par sa vertu et « ses travaux à cette illustre compagnie qui a « fondé Villemarie. Nous la verrons, après s'être « concilié l'estime et l'affection de ce grand « nombre de personnes recommandables , s'éle- « ver au-dessus de la plupart d'entre elles, et
(1) Archives '■ ^
delà (^ongre-^ « les efTacer presque toutes par l'éclat de ses
îîesœurMaT- "- vei'tus et surtout par le bien toujours subsis-
geoys^ eïc.] « ^ciut de la Congrégation qu'elle a établie , et
et IV. ' ' « qui éternisera sa mémoire (1). »
1781. M. Montgolfier, cpii appréciait si bien les ser-
Générosité vices de cet institut , s'en montra toujours le pro-
xMontgoifier tecteur le plus dévoué. L'année suivante 1781 ,
pour la r '
Congrégation. -^ déchargea les sœurs des droits de lots et ventes, qu'elles devaient au séminaire, pour une nouvelle propriété qu'elles avaient acquise. Les voyant privées de livres après leur incendie, il s'empressa de former pour elles un premier fonds de bibliothèque, qu'il composa d'ouvrages appropriés à leurs besoins et à leur état. Il leur donna aussi deux cloches pour leur église , et une troisième pour les exercices de la communauté ;
MARIE RAIZENNE , 13* SUPÉRIEURE, 4783. 435
comme aussi diverses sommes d'argent pour les aider à mettre leur église dans la décence convenable ; enfin , le linge , les parements d'autel et les ornements qui avaient appartenu à la cha- {i) Mémoire
^ ^ '- particulier
pelle Sainte -Anne (1). Ce lieu de pèlerinage, '"!ér Jtion^'"^' alors assez isolé de la ^-ille, avait été profané plusieurs fois depuis la conquête du pays; on jugea donc à propos de le supprimer , en attendant qu'on pût rebâtir une autre chapelle sous (2) viede la
. 1 p sœur Jeanne
le même titre , dans des temps plus favorables (2). i^e Ber.
Sous la supériorité de la sœur Raizenne, la i^ss. Con^résration forma deux nouveaux établisse- Établissement
° "-" de la mission
ments, celui de Saint -Denis et celui de la Pointe- saint-Denis Claire. Depuis plusieurs années, M. Cherrier, curé de Saint-Denis, de concert avec ses paroissiens , avait conçu le dessein d'appeler les sœurs sur sa paroisse, pour procurer aux enfants le bienfait de l'instruction. En vue de faciliter l'exécution de ce projet, M. de Contrecœur, seigneur du lieu, avait cédé, le 8 avril 1774, un emplacement de cent quatre pieds de front , sur cent trente-sept de profondeur, pour y bâtir la maison destinée aux sœurs ; à charge seulement pour elles de lui payer chaque année un sol de rente foncière. 11 avait mis cependant pour condition que , si elles venaient à abandonner cette mission, le terrain reviendrait au seigneur, à la
4oG HTSTOIRE DE LA CONGRÉGATION. — CH. XX.
réserve des bâtiments, qui dans ce cas seraient mis en vente , afm que le prix en fût distribué , moitié à la fabrique et moitié aux pauvres du lieu. M. Briand, évêque de Québec, avait approuvé toutes ces clauses le 13 mars 1775. Mais quekjue désir cpi'on eût à Saint-Denis de posséder (1) Archives promptemeut des sœurs de la Con^rés^ation , elles
de l'firchevê- ^ ^ .
chedeQuéher; ^^ purent comuieucer à exercer leurs fonctions
remarques ^
fiotJ^^ ""*' dans cette paroisse qu'en l'année 1783 (1).
1784. M. Sartelon, prêtre de Saint -Sulpice, ancien
Établissement curé de la Pointe-Claire , dans File de Montréal,
de la mission
de la désirait depuis longtemps de procurer un sem-
Pointe-Clairc. ^ , .
blable établissement à cette paroisse. S' étant retiré au séminaire de Villemarie. oîi il exerçait les fonctions de premier directeur, et se sentant atteint de la maladie dont il mourut , il voulut aviser, par ses dispositions testamentaires , au moyen de réaliser après sa mort un si utde dessein. Outre divers dons qu'il fit à la fabrique de la Pointe- Claire , à celle de la paroisse Sainte -Anne du bout de File , dont il avait aussi été curé , et à l'hôpital général , il légua pour le dessein dont nous parlons six emplacements de terres, clos en pieux debout , et deux maisons qu'il possédait à la Pointe -Claire ; ordonnant que le tout serait vendu , pour que le prix en fût employé à l'établissement d'une maison de sœurs de la Congre-
VÉRONIQUE LÉTANG , SITÉRTEIRE , 1787. \"û
gation dans ce village. Il ajoutait que si ce projet ne pouvait être exécuté , le supérieur du séminaire de Villemarie disposerait de son legs comme il le juererait à propos (1). M. Montsrolfier. (0 Te.'ifoconsidérant crue la mission de la paroisse de la ^'"■teion;actes
'- A^ de Sanguinet.
Chine , voisine de la Pointe -Claire , n'offrait pas ^^ïar^ef ^ï
d> .• 1 • t. • . octobre 1782.
occupation aux deiut sœurs qui en étaient
chargées, à cause du très -petit nombre d'habitants dont se composait alors la paroisse , proposa à la supérieure de la Congrégation de supprimer cette mission et d'en envoyer les sœurs (2) Mémoire
poiticulier
à la Pointe -Claire (2), ce qui fut exécuté de la *«': ^« ^o«-
"^ ' ' J- gregation.
sorte en 1 784 (3). Comme on n'avait point encore {^) Archives
de l'nrchevê-
bâti de maison pour les recevoir, M. Conefroy, ché de Québec;
^ «^ remarques
curé de la Pointe -Claire, en loua une oii elles se *"'' ^^^ ""•^"
sions.
logèrent provisoirement ; et en qualité d'exécuteur testamentaire de M. Sartelon, il leur donna un arpent de terre pour y étabhr le bâtiment destiné à leur usage. Il le fit construire avec l'aide de ses paroissiens, les sœurs se chargeant de nourrir les ouvriers et les gens de corvées. Enfin, la veille de la fête de l'Annoncia- i^s?. tion, 24 mars 1787, elles en prirent possession, à la s-rande satisfaction de toute la paroisse (4). W Mémoire
" 1 \ / particulier
Le terrain de leur maison . chargé seulement de ^'"' !"-^ ^^Z"
o (jrerjation . in.
six deniers de rente par an , leur avait été donné avec cette clause, que si la mission venait à
cesser, le tout retournerait à la disposition du curé et des marguilliers du lieu , pour être employé à procurer l'instruction des enfants, ou à tout autre usage qu'ils jugeraient le plus utile ; et que dans ce cas les seigneurs rentreraient dans leurs droits accoutumés. M. Hubert, évèque
(i) Archives
de Tarchevé- d'Almyre et coadjuteur de Québec, approuva
^^^^- ces dispositions le 28 août de la même année (1).
Su Tension ^^ prélat, qui devint évéque titulaire de Qué-
de la mission j^g^ Paunée Suivante par la mort de M. d'Esglis,
ampain. ^j^j^jj^^ toujours aux sœurs de la Congrégation
des marques sincères d'estime et de dévouement.
Touché de l'état de gêne extrême où étaient
celles de la mission de Champlain , qui avaient
peine à y subsister, et considérant d'ailleurs
que les habitants , à cause de leur pauvreté , ne
pouvaient les aider à réparer leur maison d'école,
qui était dans un grand état de délai) rement, il
jugea à propos de supprimer cet établissement.
Les deux sœurs missionnaires quittèrent donc
Champlain, emportant avec elles les iustes ve-
{%) Mémoire r ' f j
particulier grets du curé et des habitants, et retournèrent
sur la Con-
grégotion. i^ j^^ commuuauté de Villemarie (2).
oSlte ^^'^ ^^ malheur des temps , cette communauté
à viilemade • éprouvait elle-même une autre sorte de disette ,
Montgoifier plus affligeante encore que celle qui avait obligé
cesse
de donner d'abandonner la mission de Champlain. Jusque
alors , la Congrégation avait trouvé dans les ses soins ecclésiastiques du séminaire de Saint -Sulpice, Congrégation, une suite de directeurs pieux, éclairés et prudents. Mais depuis la conquête , le gouvernement anglais ayant toujours différé de permettre à des prêtres européens d'aller exercer le saint ministère en Canada, et ce pays ne pouvant encore en fournir assez pour ses propres besoins , on était à la veille de voir la religion s'éteindre, à mesure que les anciens prêtres venaient à mourir. Après le décès de M. Sartelon, M. Montgolfier se trouvait être le plus avancé en âge du petit nombre de prêtres venus de France qui restaient encore au séminaire de Villemarie. « Agé de 70 ans, » écrivait-il à M. Legallic , supérieur de celui de Paris, « je suis chargé en premier du soin de « la paroisse , et seul de la direction de la nom- « breuse communauté de la Congrégation , et « d'autres petits soins dépendants de la place « que j'occupe ; et cpioique je me porte encore « assez bien, dans toute autre circonstance je « demanderais les invalides ; car ma mémoire « et mes oreilles commencent à s'affaiblir (1). » . [i-)Arch{ves
^ ' au séminaire
Cet afFaiblissement ne fit que s'accroître avec les fi^faetani': années, et enfin, en 1787 . M. Montgolfier se vit '"Montgolfière
, T , , , 1 • 1 i-. t ,• du 5 octobre
hors d état de conduire la Congrégation. mi.
M. Brassier le remplaça comme supérieur de nss.
M Brassier ^^^^^ comniunauté. Ne pouvant se charger lui-
supéneur maille de la conduite spirituelle des sœurs, à
MM^rEcu^ïr', cause de ses nombreuses occupations et de ses
Guilleinin • c •. r -i i i • ,.
et Marchand , mtirmites , il leur donna successivement plusieurs
directeurs. . ,
jeunes prêtres , i ormes au séminaire , qui furent bientôt l'unique ressource de la religion dans ce pays. Car de quarante ecclésiastiques de Saint- Sulpice qu'on y avait vus avant la conquête , il n'en restait plus que deux , M. Brassier, qui était paralytique , et M. Poncin , chargé seul de la direction de l'hôpital général. Le défaut d'âge et d'expérience dans les nouveaux directeurs de la Congrégation, rendait plus sensible encore la perte des anciens. M. l'Ecuyer, le premier qu'on donna aux sœurs pour remplacer M. Montgolfier,
(1) Registre quitta le séminaire en 1790 (1). Il eut pour sucrées délibérations du sémi- cesseur M. Guillemin, né à Québec, en 1750,
naire de Vil-
lemarie. d' mie famille houorable , mais entièrement ruinée par la révolution survenue dans le pays. Les prêtres de Saint -Sulpice de Villemarie (1) Archives avaient pris soin de son éducation et l'avaient
du séminaire ^
%e"detaris'- ^'^^^ prouiouvoir au sacerdoce pour l'associer à
Mmtgolfiei^à ^^ur Compagnie. Il joignait à une piété fervente
15 ^septembi^e et à im lieurcux caractère des talents assez re-
m'yécroioge niarquables (2) ; mais ses infirmités ne lui per-
fe '"'Montrai mirent pas de les cultiver (3), et l'obhgèrent
ée?/)."^' ^"'"' même à abandonner la direction des sœurs de la