II. « On nous demande , dit-elle , pourquoi nous
Vierge « n'cmbrassons pas quelqu'un des ordres que les
est regardée
comme « instituteurs inspirés de Dieu ont établis dans
1 institutrice '■
delà a l'Église?
Congrégation . o
« Voici la réponse : L'état que nous embras- « sons, en nous engageant dans cette comniu-
IIl^ PARTIE. — CHAPITRE IH. 3
« naiité sans clôture , est Fétat même de la sainte « Vierge, notre institutrice, notre mère et notre « souveraine. Ayant reçu de Dieu le domaine de « ce "pays, conformément aux prières qui lui ont u été adressées par les personnes qui y sont vert nues les premières , elle a eu dessein de faire « instruire les petites filles en bonnes chré- « tiennes , pour cjn'elles fussent ensuite de bon- « nés mères de famille. Pour cela, elle a choisi « les pauvres filles de la Congrégation, sans « esprit , sans conduite, sans talents et sans bien ; « comme Notre-Seigneur , pour instruire tout le « monde de sa doctrine et de son Evangile, avait « choisi des hommes grossiers et peu estimés du « monde. Diverses marques montrent , en effet, « que la sainte Vierge a agréé qu'il y eût une « troupe de filles qui s'assemblassent dans l'Ile « de Montréal, pour honorer la vie cju'elle a « menée dans le monde ; de plus , qu'il y aurait « un séminaire qui serait sous sa protection ; « qu'enfin on y bâtirait une église sous son nom , « et une ville sous le titre de Villeinarie. Tout « cela a été accompli. La Congrégation a pris « naissance dans ce pays , et il me semble qu'elle « est la première communauté qui s'y soit for- (' mée. Les autres étaient déjà formées en France « avant de venir en Canada ; les premières filles
(1) Ecritsautogiap/ies de la sœur Bourgeoys.
Les filles
de la
Congrégation
continuent
les emplois
de zèle q^ue
la très - sanite
Vierge
a exercés
après la
résurrection
de NoTRE-
Seigneur.
(2) haie , chap. XII, V. 3.
« de la Congi^égation y sont même venues sans « aucun dessein de communauté. Si donc la « sainte Vierge nous favorise tant que de nous « donner quelque petit rang au nombre de ses « servantes , ne devons-nous pas employer toutes « nos forces , notre industrie , notre vie même , « pour contribuer en quelque chose à l'instruc- « tion des filles, et continuer ses pieux em- « plois (1)?
« Car, après la résurrection deNoTRE-SEiGNEUR, « elle a contribué par ses soins à établir l'Eglise « et à la fortifier. Elle a instruit les premiers « chrétiens en tout ce qu'elle a trouvé d'occac( sions de faire connaître et aimer Notre-Sei- « GxNeur , n'ayant jamais refusé de se trouver là « où la charité , ou la nécessité réclamaient son « secours. Quand quelqu'un se détournait du bon « chemin, elle faisait tout par ses prières et ses « exhortations pour le remettre dans la bonne « voie. A son imitation , les sœurs de la Congré- « gation doivent donc recevoir des filles et des « femmes en retraite , et faire tout leur possible « pour les aider à réformer leurs mœurs. Il est « vrai que sa vie était comme une eau cristal- « line , qui , découlant des fontaines du Sau- « veur (2), désaltérait tous ceux qui s'appro- « chaient de sa personne, et que la vie des.
Iir PARTIE. — CHAPITRE III. 5
« sœurs de la Congrégation , comparée à la « sienne , est semblable à une eau qui reçoit « toutes les immondices, et ne désaltère point. « Néanmoins, comme elles doivent pratiquer « ses vertus et exercer ses emplois , pour servir « à l'Eglise, il faut que, selon leur pouvoir, et « avec la grâce de Dieu , elles fassent comprendre « par leurs instructions , et surtout par leurs « exemples, aux filles et aux femmes, Fimpor- « tance d'embrasser les commandements de « Dieu , et de travailler à la réformation de leurs « mœurs. Au cénacle, où elle présidait, elle « reçut une surabondance de grâces par-dessus « toutes celles qu'elle avait reçues jusque alors. « De cette surabondance elle répand ses faveurs « sur les personnes qui s'exercent aux vertus « qu elle a pratiquées pour établir et fortifier « l'Eglise , et les fait aussi découler sur cette « petite troupe de filles qu'elle a choisies pour « former de bonnes chrétiennes dans ce pays qui « lui est consacré. 11 est donc bien raisonnable « que nous nous engagions à suivre la vie qu'elle « a menée , à imiter les vertus qu'elle a prati-
1 • .11 { \) Ecrits ou-
« quées , et a nous appliquer aux emplois qu elle toymphes de
la sœur Bouv-
« a exercés (1). a^'^u^-
« On nons demande encore pourquoi nous ne i^'- . .
'^ ^ La très -sainte
« prenons pas pour protecteur quelqu'un des vierge
b VIE r»E LA SCËUR BOIÎRGËOTS.
"depuisSnœ^ « saints fondateurs d'ordres, qui ont attiré tant qu'en^ont eu ^^ ^^ personnes à entrer dans leurs instituts , ce
instituteurs • •, i, , r'^^ > ■,
d'ordres. « q"i serait un moyen d engager les filles a s as- « socier à nous.
« Dieu ayant donné aux saints fondateurs d'orft dres le pouvoir d'attirer tant de personnes à « la connaissance de leur salut , nous ne doutons « point qu'il n'ait donné aussi la même puisce sance à notre très-chère institutrice , qui est sa « mère, et qui a soutenu l'Église depuis la mort « de son Fils jusqu'à la descente du Saint-Esprit. « Au cénacle elle a présidé, comme une reine « gouverne ses États durant la minorité de ses « enfants: car les apôtres n'étaient pas encore « capables de conduire l'Église , et après qu'ils « eurent été remplis du Saint-Esprit, et qu'ils « exercèrent leur sacerdoce , quoiqu'elle les reste pectàt comme ses pères et ses seigneurs, les « apôtres la respectaient comme leur mère et « prenaient mèm*^ s. s conseils. Nous ne doutons « donc pas de sa puissance ; d'ailleurs elle nous « en a donné assez de preuves jusqu'à ce jour. u Ainsi on avait été huit ans sans pouvoir élever « d'enfants à Villemarie , et la première qui est « restée vivante a été élevée à la Congrégation. « La première Iroquoise baptisée y a été aussi « élevée et y est morte. La première h-oquoise
{i) Ecrits au-
m" l'AUTIK. — CIIAriTKK Ml. 7
« qui a été reçue en communauté , l'a été à la « Congrégation, oîi elle a porté l'habit douze « ans. La première fille de Villemarie qui s'est « donnée au service de Dieu , a pris ce parti en « entrant dans la Congrégation. La première « école des filles sauvages a été ouverte par les « sœurs de cette communauté. Enfin la première « église qui a subsisté en ce pays est Notre-Dame tolmphJs^Te
■t T\ c^ / ê\ ^o- sœur Bour-
« de Bon-Secours (1). geoys.
« On nous demande pourquoi nous ne prenons v. « pas la règle de quelqu'un des fondateurs (lue
la très-sainte
« d'ordres dans l'Êfflise. vierge
^ a suivie, c est
« Nous répondons que la règle de la charité ^i^ p"°"et « est celle que la sainte Vierge a prescrite à tous ^" prochain. « ceux qui ont eu l'honneur d'être à sa suite, et « que même les premiers chrétiens n'en avaient « pas d'autre ; car Vamom^ de Dieu el du pro- « cham renferme toute la loi {2). Les statuts né- (2) EpUre
aux Romains,
« cessaires et essentiels que nous devons garder ch. xni,v. lo.
« premièrement , sont k"^ commandements de
« Dieu , auxquels il faut être attaché insépara-
« blement. Hors de ces statuts, nul ne peut être
« sauvé. Les anges qui ont détourné leur vue de
" Dieu par un orgueil épouvantable de leur
« propre excellence , sont précipités , sans qu'ils
« puissent avoir aucune ressource , s'étant dés-
« unis des statuts essentiels à toute créature,
« c'est-à-dire de Dieu. Aussitôt que la sainte « Vierge a été au monde , elle l'a reconnu pour « son Créateur, elle l'a adoré en esprit et en « vérité , elle l'a remercié de tous ses bienfaits , « elle a embrassé ses commandements avec désir 0 de les observer fidèlement , et a souhaité de « pouvoir prendre le parti de Dieu sur la terre , a comme les bons Anges l'avaient fait dans le « ciel. Les sœurs de la Congrégation s'efforcent, « selon leur pouvoir et avec la grâce de Dieu , « de faire ce qu'elle a fait , et de prendre le parti « de Dieu en l'éducation des filles. Toutes nos « pensées, nos paroles et nos actions doivent « avoir pour commencement et pour fin d'em- « brasser les commandements de Dieu. Enfin , « ils devraient être marqués partout, jusque sur « le seuil de nos portes , étant très-certain que la « plus petite inobservance que l'on en fait , est « un faux pas qui peut conduire à la perdition. « Il faut donc , dans les écoles et dans les instruc- « tions , faire comprendre l'importance de les « observer. Voilà les statuts que nous devons « suivre invariablement dans la Congrégation. « Nos constitutions sont Notre-Seigneur Jésus- « Christ , qui , étant descendu du ciel , s'est fait « homme, pour faire connaître au genre hu- « main , par exemples et par paroles , jusqu'à
III^ lAllTli'.. — ClIAinUK III. 0
« mourir sur une croix , les movens d'accomplir ^ (XiÉcntsau-
^ '' -^ tofjraphes de
« les commandements de Dieu (1). ^" **"'' ^''"'''
« On nous demande pourquoi nous ne faisons . „. ^ i- .
^ ^ Al iiiiitation
« pas les vœux solennels que les instituteurs tj-^s^si^ntc
« d'ordres ont prescrits pour faire observer fidè- leVTIurs
« lement les enseignements et les conseils de con-régation
« Notre - Seigneur , la pauvreté, la chasteté, point
des vœux
« l'obéissance], et qui portent à une grande per- solennels. « fection ceux qui les contractent.
« Nous répondons que la très-sainte Vierge ,
« notre chère institutrice, s'est consacrée à Dieu
« sans le concours du monde. Son vœu de virgi-
« nitén'a été connu cfu'à la salutation de l'Ange ,
H et ses autres vœux que par la pratique con-
« stante qu'elle en a faite toute sa vie. De même
« nous faisons des vœux sans concours de monde :
« mais il est bon c[ue tout le monde les connaisse
« dans leur pratique. Autant que la pauvreté de
« notre nature corrompue nous le permettra ,
« nous souhaitons garder, avec la grâce de Dieu
« et le secours de notre institutrice , pauvreté ,
« chasteté et obéissance, tout le temps que nous
« serons dans cette maison ; et nous espérons les
« pratiquer aussi parfaitement cjue si nous fai-
« sions des vœux solennels. Car l'obligation de
« la pauvreté , par exemple , est dans le cœur,
« l'intérieur faisant agir l'extérieur; et, dans
10 VIE T»E L\ SttErK BOLItOEoYS,
<< les vraies congrégamstes . la pensée que c'est à « Dieu qu'elles ont voué la pauA' reté , fait qu'elles « se privent de tout ce qui peut en rompre l'ob- « servance, non -seulement dans le vêtement, « la nourriture et le reste, mais encore dans « toute leur conduite. Si elles sont pauvres de « cœur, elles céderont à tout le monde, se <» rangeront à l'humeur des autres , et croiront « que personne ne doit se faire à leur humeur : « les pauvres sont sujets aux riches, comme les « enfants à leurs parents , les soldats à leurs « capitaines. Elles reçoivent tout par aumône ; <( elles acceptent l'emploi et le travail tels qu'ils « leur sont offerts , sans réplique , ni murmure , {\)Écntsau- ^^ tâchant d'édifier le prochain partout , et lui
togrnphes de ^ '-
%oy"' ^""''' " rendant service dans toutes les occasions (1). VII. « On nous demande pourquoi nous aimons
Pour imiter . i » /
la très -sainte « mieux être sans clôture que d être cloîtrées,
Vierge ,
les sœurs a \q cloîtro étant la conservation des personnes
ne
doivent point „ ^[q ^otre sexe.
être
k^iRdSnre. « ^'^1-^^ répoudous quc la sainte Vierge n'a « point été cloîtrée. Elle a bien été retirée dans « une solitude intérieure ; mais elle ne s'est a jamais exemptée d'aucun voyage où il y eût « quelque bien à faire , ou C[uelque œuvre de « charité à exercer. La regardant comme notre « institutrice , nous ne sommes point cloîtrées ,
ni" TARTIE. — OUAniKE III. H
« quoique vivant en communauté, aiin d'être « employées, pour l'instruction des filles, dans « les lieux que les personnes qui nous conduisent « trouvent à propos. Il est vrai que le cloitre est « la conservation de noire sexe; mais pouvons- « nous avoir une plus grande protectrice que « celle qui a été comme une tige de la pureté « dans laquelle Dieu avait créé le monde , et (( qu'il avait réservée, comme les prophètes « l'avaient annoncé , pour être propre au mys- « tère de l'incarnation de son Fils ; qui enfin a « été préservée de la tache originelle , a été par « conséquent la première avocate du monde? « Pouvons- nous avoir une plus grande protec- « trice que cette auguste Vierge qui a été con- « stituée fille du Père , mère du Fils , épouse (( du Saint-Esprit, et le temple de la très-sainte « Trinité en terre ; qui a contribué à la forma- K tion du corps sacré du Fils de Dieu que nous « recevons en la sainte communion, pour la « nourriture de nos âmes ; et à qui le Père éter- « nel a confié la très-sainte humanité de son « Verbe , pour être nourrie et élevée dans la vie « humaine? 0 sainte Vierge , par le pouvoir que « vous avez reçu de Dieu sur toutes les créatures, M je vous supphe très-humblement de défendre « cette petite troupe contre l'attaque des enne-
« mis du salut, et de marquer au frontispice (iglapieJZ'e « ^^ Cette communauté :
'gelys!'^"''" « Sauve-garde de la Reine du ciel (1). )^
Nous pouvons remarquer ici en passant que cette prière de la sœur Bourgeoys a été exaucée jusqu'à ce jour par la Reine des vierges , à la grande édification des peuples du Canada. L'expérience a montré , en elfet , que , loin de recevoir aucune atteinte du contact du monde , au milieu duquel elles sont répandues , les sœurs de la Congrégation y ont porté constamment la bonne odeur de Jésus-Christ , et des vertus les plus parfaites qu'on puisse pratiquer dans le cloître. La mère Juchereau , dans son Histoire de l' Hôtel- Dieu de Québec, qu'elle a poussée jusqu'à l'année 1716, leur rendait ce beau témoignage: « La sœur Bourgeoys et ses compagnes , en force niant réta})]issement de la Congrégation, si « utile à toute la colonie , ont élevé une des plus <( florissantes communautés du Canada. Elles se « sont maintenues jusqu'à présent dans l'estime « de tous les gens de bien , et la malignité de la (( médisance n'a pas encore eu aucune prise sur (2) Histoire « les sujets de cette maison (2). w Nous ajouterons
de r Hôtel- ,
Dieu de Que- que dcDuis la mère Juchereau elles ont conserve
6ec,p. 120. ^ r
constamment cette réputation d'intégrité parfaite , et c'est l'hommage que leur rend un écri-
III' PARTIE. — CHAPITRE III. i3
vain canadien , qu'on n'accusera pas de partialité dans les éloges qu'il donne aux institutions religieuses : « Le respect dont les sœurs de la Con- « grégation, dit-il, ont été l'objet dans tous les rfi^^Sl"! « temps de la part du peuple , est une preuve de K", 1845"
1 t • T 1 ill-S", t. I , P,
« leur mente et de leur utilité (1). » 36i.
M On nous demande , continue la sœur Bour- viii.
« geoys , pourquoi nous faisons des missions , doivent aller
en mission
« qui nous mettent en hasard de beaucoup souf- ^^^\ '^^/ « frir, et même d'être prises , tuées , brûlées par « les sauvages.
« Nous répondons que les apôtres sont allés « dans tous les quartiers du monde pour prêcher « Jésus-Christ, et qu'à leur exemple nous « sommes pressées d'aller le faire connaître dans « tous les lieux de ce pays où nous serons en- « voyées. Si les apôtres ont donné leurs trace vaux, leur vie et tout ce qu'ils pouvaient a prétendre en ce monde , pour faire connaître « Dieu, pourquoi les filles de la Congrégation H ne sacrifieraient-elles pas leur santé, leur sa- « tisfaction, leur repos et leur vie pour l'instruc- « tion des filles à la vie chrétienne et aux bonnes c( mœurs ? Notre-Seigneur demanda à ses apôtres <( s'ils boiraient son calice (2), et on demande aux {i) Evangile
, selon sailli
" tilles de cette communauté si elles peuvent '^turc. ch. s,
ti embrasser la pauvreté et le mépris. Pour pou-
« voir instruire gratis, elles se contentent de « peu, se privent de tout, et vivent partout <( pauvrement. Et comme les apôtres, elles tra- « vaillent même les nuits pour gagner leur vie , « et n'être à charge à personne. Aussi cette com- « munauté doit être une image du collège des « apôtres ; mais je compare le collège aposto- « lique à une étoile qui est au firmament , et la « Congrégation à un brin de neige qui tombe en « forme d'étoile, et qui peut se fondre à la « moindre chaleur. C'est pourquoi , pour con- « server et augmenter la grâce de Died sur cette « communauté , il faut donner le manteau à qui « veut avoir la robe , prêter au prochain , quand « cela se peut sans s'incommoder , ne pas faire « plus de fond d'une fille de condition que « d'une autre qui aurait plus de vertus; en un [i) Ecrits au- « mot, il faut faire passer la sagesse divine
lograpnes de ^ ^
lu sœur Bour- ^^ avant la prudence humaine (1).