‹ Vie de la soeur BourgeoysChapitre 39 sur 163 · XV. Mais sur ces entrefaites, M. de Saint-Vallier · texte numérisé non relu

XV. Mais sur ces entrefaites, M. de Saint-Vallier

Saint - vaiiier informé saus doute des instances de la sœur Bour-

compose • i / i •

lui -même des oreoys auprès de M. de Valens, prit la resolution

règles assez o j jt

conformes à ([q f^ire lui-même des rèdes pour les sœurs , et

celles ° '■

^•"^ ^^ouï"^^' leur demanda une copie de celles qui avaient été

^pï^f jusque alors à leur usage. M. de Valens les trans-

^ méditait." ci'ivit de sa main (2), et M. de Saint-Vallier, les

^'2.) Vie de

mer.

"sœur Bar- ayant reçues, composa en effet de nouveaux règlements pour la Congrégation. Comme il tenait toujours à fondre cet institut dans celui des Ursulines, il fit entrer dans ces règlements beaucoup de pratiques usitées parmi ces religieuses, afin de les rendre familières aux filles de la sœur Bourgeoys, et par là d'unir plus aisément, dans la suite, leur institut à l'antre. Il voulait même déjà leur faire une obligation de garder la clôture ; et s'il se relâcha sur ce point , ce fut par considération pour des personnes sages, qui lui représentèrent les inconvénients de cette mesure, tout à fait incompatible avec les emplois de la Congrégation. Néanmoins, toujours en vue de ménager la fusion qu'il méditait, il mit à la tète de ses règlements la règle de saint

iir l'AUTiK. — cifM'niu: m. 25

Augustin, (jiii se trouvait imprimée au commencement des constitutions des Ursulines ; il y inséra aussi leur cérémonial pour les yètures et les professions; conformément à la pratique de ces religieuses, il voulut cfue les sœurs de la Congrégation exigeassent une dot des filles c[ui demanderaient à entrer dans leur communauté, et qu'elles s'engageassent par des promesses solennelles à garder perpétuellement la pauvreté , la chasteté, l'obéissance, et à instruire les jeunes fdles: engagements c[u' elles devaient garder sous peine de péché mortel. Enfin il leur prescrivit un vœu particulier d'obéissance à lui-même, eu marquant que ce serait de lui cju'elles connaîtraient la volonté de Dieu sur elles , toutes les fois inmces des

,., .f. sœurs au sujet

qu il jugerait utile de la leur manilester (1). rhs règles.

M. de

Saint - Vallier

veut mettre

. i nr\ r 1 iT n 1 SCS règlements

mai 1694, pour les notifier aux sœurs, hn les à exécution.

, , , . Il permet

parcourant , elles turent assez étonnées de voir enfm aux

sœurs de lu i

nu'il voulût leur imposer tant d'observances soumettre

^ ^ , leurs

nouvelles, dont plusieurs leur semblaient être observations. incompatibles avec l'esprit de leur institut , et surtout c^u'il les obligeât de lui faire à lui-même un vœu spécial d'obéissance. Comme il les avait déjà pressées plusieurs fois de se mettre en clôture , elles craignirent qu'il ne se servit ensuite

Ces nouveaux règlements étant achevés, M. de Saint- Vallier se rendit à Yillemarie , au mois de

de ce vœu pour les y contraindre , quand il le jugerait expédient. Elles le prièrent donc de leur permettre de conférer entre elles sur ces règlements, avant qu'elles en fissent l'acceptation solennelle. M. de Saint-Vallier , qui était alors sur le point de faire un voyage en France , et n'était venu à Villemarie que dans l'intention de les mettre à exécution avant son départ, parut d'abord très -choqué de cette demande. Il répondit aux sœurs qu'étant leur évèque , il n'avait besoin ni de consentement ni d'acceptation de leur part , et alla même jusqu'à les menacer de leur faire signifier un ordre exprès d'observer frances^'"de's c^s règlements, si elles y apportaient la moindre

sœurs au sujet t • , ,,\

des règles. reSlStaUCC (1 ).

Affligées de ce discours, autant qu'elles devaient en être surprises , elles lui représentèrent avec respect , que si elles le priaient de leur permettre d'examiner ses règlements avant de s'obliger à les observer, ce n'était pas par manque de soumission à son autorité. Qu'elles convenaient bien qu'étant sous sa juridiction, c'était de sa main qu'elles devaient recevoir leurs règles ; mais qu'il leur semblait que ces règles devaient être proportionnées à l'état qu'elles avaient embrassé , et dans lequel plusieurs d'entre elles avaient vécu depuis plus de qua-

iri« PARTIE. — chatitui-: m. 27

ranle ans; état que M. de Laval, évèque titulaire de Québec , et le roi lui-même avaient approuvé par leurs lettres patentes (1). Adouci par cette '' '^id. réponse, M. de Saint-Vallier leur demanda quels étaient les articles de ses règlements qui leur paraissaient peu compatibles avec leur genre de vie. Les sœurs , qui craignaient de le blesser, se contentèrent d'en désigner quelques-uns, sans oser lui parler d'une multitude d'autres pour lesquels elles éprouvaient aussi une grande répugnance. M. de Saint-Yallier , prenant leur silence à l'égard de ces derniers pour une adhésion tacite (2) , et s'imaginant qu'elles agréaient y '\^.onsouà presque tous ses règlements , leur proposa alors '^4 ovrlrmG. de les accepter dans leur entier , en ajoutant qu'il les dispenserait des articles qu'elles jugeraient moins conformes à leur manière de vivre. Mais comme, de leur côté, elles lui témoignaient beaucoup d'éloignement d'accepter des règles dont elles seraient aussitôt dispensées (3), il se i3' R^r/wn-

'■ ^ ' ivonces au su-

désista enfin , et leur permit de les examiner 7>^ f'^-' ^^o^*^^entre elles, pour lui soumettre ensuite leurs observations (4). Il leur annonça en même temps , (*) ^^^/'^^

^ ' " '■ des sœurs a

qu'il terminerait cette affaire à son retour de ^^- ^7S"-; France, après qu'il en aurait conféré à Paris avec ^^^''' M. Tronson. xvii.

Les sœurs de la Congrégation , sachant que saint -vaiiier

28 TIE DE LA sœUR BOURGEOYS.

ii'Troïson '"'^^"ï"^"^ devait être consulté sur leurs règles, ^''^rè'îeV^^ s'empressèrent de lui écrire , pour le prier d'être '^^ maiVùë ^" ^^"^ médiateur et leur avocat auprès de M. de senfimeiit. Saiut-ValHer; ce c|ue fit aussi M. de Valens. A peine le prélat fut-il arrivé à Paris, qu'il envoya en effet les règles à M. Tronson , en le priant de lui en marcpier son sentiment. M. Tronson, alors infirme et retiré à la maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice à Issy, était atteint dans ce moment d'un mal d'yeux qui lui interdisait toute lecture. Il renvoya donc les règles à M. Leschassier, directeur du séminaire de Paris , en le chargeant de faire agréer ses excuses à l'évêque de Québec. 11 ajoutait qu'il ne pouvait d'ailleurs être juge dans une matière qu'il n'entendait pas assez , et que , pour agir sûrement , il était nécessaire de consulter des personnes de grande expérience dans la conduite des communautés de filles, vu surtout que les sœurs de la Congrégation jugeaient qu'il y avait dans ces règlements des articles tout à fait contraires à leur premier esprit. « Les observations qu'elles « font , » disait-il dans un billet qu'il avait fait écrire sur ce sujet , « demanderaient peut-être « qu'on les écoutât avant de rien conclure. « Car quel fruit pourrait-on attendre de règles « auxquelles elles ne seraient assujetties que par

111^ PARTIE. — CIIAPITIIE III. 29

« contrainte ? Tons ceux qui savent ce que c'est « qu'un assujettissement forcé et une peine dans « l'esprit d'une fille qui la croit bien fondée , « jugeront que cela demande un grand examen , « dont assurément je ne suis i)as capable. Ainsi « je vous prie de faire sur cela mes excuses à « M«'' de Québec (I). » M. de Saint-Vallier in- ^i]^> [^''Zt sista néanmoins, et renvoya les règlements à ),','^/,.; letl ^ M. Tronson , en lui déclarant ([u'il voulait absolument avoir son avis avant de passer outre.

M. Tronson se soumit alors (2). Mais pour juger ^^ 'Vrèn^on avec plus de connaissance de cause des difficultés qn.i'iefs^urs que proposaient les fdles de la Congrégation , il "lî détail"

, . . 1 ^- j ofi" > 1 ll'll^l^s leurs

écrivit en ces termes, le z/ mars 1090, a la diincuités

^ . r 1 > sur ces règles.

sœur Barbier , alors supérieure : « Ma chère sœur ^2) Lettre

de M. Tro7ison

« en aotre-Seigneur , ce que vous me marquez àM.deSamt-

Vallie)\duY^

« des règlements que vous a donnés M^'' de Québec mars 1 693.

K est fort général. Vous dites qu'il y a plusieurs

« articles qui ne vous conviennent pas et que

« vous ne sauriez accepter, et xM. de Valeiis m'en

« spécifie quelques-uns , dont je ne manquerai

« pas de parler au prélat. Mais comme il ajoute

« qu'il y en a encore plusieurs autres qui font

« de la peine à vos sœurs , j'aurais souhaité que

ce vous, ou lui, m'en eussiez envoyé un mé-

(( moire , afin de lui parler en môme temps de

« toutes vos difficultés. Vous pourriez y joindre

« aussi vos raisons , que je lui exposerai. Si vous

« me les faisiez savoir cette automne , il y aurait

« encore du temps pour lui proposer d'adoucir

(1) Lettre ù „ ^gg choses Qui VOUS fout peine (1). Je ferai en

la sœur Bar- ^ ± \ /

mars 169*5 ^' " soTie qu'on ne conclue rien que l'année prortetirede " chaiue , afin qu'on tâche d'éclaircir toutes les

ir ^Do/her", « difficultés , de manière que personne n'ait sujet

16' 5. " """ « de se plaindre (2). »

La sœur Barbier , avec les sœurs Bourgeoys , Charly, Le Moine et Gariépy, qui composaient alors le corps des officières de la Congrégation , lui écrivirent en effet une lettre commune , conforme à sa demande , dont nous rapporterons ici les principales observations. « Nous vous envoyons (c avec toute la confiance possible, lui disent- « elles, les remarques que nous avons pu faire , « sous le bon plaisir de Monseigneur, sur les a constitutions que Sa Grandeur nous a laissées. « Nous en avons retranché seulement les choses « que nous avons reconnu qu'il ne nous serait « pas possible d'observer , eu égard à la nature « de notre étabhssement , à notre manière de « vie , et aux fonctions de notre institut ; et nous « avons mis celles qu'une longue expérience « nous a fait reconnaître pouvoir être plus con- (( venables , ou nécessaires pour le bon ordre , « le maintien et l'avancement de notre petite « Congrégation.

m* l'ARTIE. — CIIAI'ITRF, III. 'M

« Pour ce Cf Lii est de la rèffle de saint Au.iiustin , , xix.

^ ° o ' Observation

« nous ne croyons point qu'elle convienne à "touchant

« notre institut. Par les lettres patentes du roi j.-.,^,^ Ife saim

« et par le mandement de Monseigneur l'ancien et ies"voèux

« évêque de Québec, nous sommes établies en veut leur

, , , imposer.

« communauté, en qualité de filles séculières de « la Congrégalion de ISotre-Dame , pour l'in- « struction des jeunes filles , sans que nous puisce sions à l'avenir prétendre de passer à la vie « religieuse. Or nous croyons qu'accepter cette « règle de saint Augustin, c'est faire le premier « pas pour nous y engager. Ainsi nous vous « prions de retrancher tous les endroits des con- « stitutions qui font mention de saint Augustin « et de sa règle, et supposent assujettissement de « notre part à cette règle (1), comme sont aussi (2) Remar-

QllPQ f'ips SŒli'/'S

« les termes de notre bienheureux pè)'e saint Au- de in congré-

galioii sur les

« gustin, et autres semblables (2). règles.

« Pour ce qui regarde les engagements que « Monseigneur veut que nous prenions, tout ce « que nous pouvons accorder à Sa Grandeur sur w ce point , après avoir consulté les personnes « qui comiaissent à fond notre communauté , est « de faire des vœux simples à la profession , pour « le temps que nous demeurerons dans la Coii- « grégation ; et nous ne croyons pas , à raison « de notre état , pouvoir nous lier autrement .

« Cette sorte de vœu n'est point contraire à la « nature de notre institut, et on nous a conseillé (( d'en user de cette manière pour la conserva- « tion de notre communauté. Nous tous prions a au reste de régler tellement les choses que K nous ayons toujours la liberté d'ouvrir la porte « de notre petite Congrégation à celles cpi'on « jugerait à propos de congédier. Nous ne vou- « Ions point d'autres chaînes que celles du pur « amour. Quant à la promesse que Monseigneur « veut que toutes les sœurs fassent le jour de leur « réception de lui obéir , tout le monde sait assez « qu'il a été jusqu'à présent maître absolu dans « notre communauté. M. DoUier et M. de Belce mont pourraient vous en donner des témoi- « gnages certains. Ainsi nous ne nous croyons c( pas obligées de lui témoigner autrement notre c( dépendance , qu'en disant que nous sommes « sous son autorité et sa juridiction. On sait bien « qu'il n'y a pas de communauté c[ui puisse « moins se soustraire à la juridiction des évèques « que la nôtre, en qualité de filles de paroisse. « Nous vous supplions de porter Monseigneur « à adoucir ces articles. Nous nous croyons, par « la grâce de Dieu, assez liées, et nous espérons H c[u'il nous fera la grâce de vivre et de mourir « dans la même union et charité qui a donné

m* r\i:TiF. — (.iiai'itkf: ik :]:\

« commencement à notre petite communauté. « Pour ce qui regarde le vœu de stabilité dont « M. de Valens vous avait écrit depuis l'an- « née dernière, nous appréhendons que cela « ne cause quelque distinction ou partialité « parmi nous , à cause qu'il n'y aurait , d'après « les constitutions, que celles qui auraient fait (i) .hrfuve.,

^ ^ • , -, de la Conqré-

« ce vœu qui pussent occuper les premières gution; lettre

1 ,,. autographe

« CliargeS (1). des sœurs à

M. Tronson.

« Nous prions Monseigneur de nous laisser xx.

1 1 » Ti ,r , Observations

« dans la même liberté, ou nous avons été jus- touchant

,^ , "^ k's dots , les

<< qu a présent , de recevoir chez nous les filles pf"'=ionnaires

perpétuelles,

« qiu se présentent, sans exiger de dot de leur SrpSes'^f

« part; notre communauté n'est étaMie, ce ^^ *^'°'"^''-'

« nous semble , que pour servir d'asile aux

« pauvres filles du pays qui veulent se retirer

« du monde (2). 11 est vrai que notre petite Con- (2) ibid.

« grégation est pauvre, mais nous avons lieu

« d'espérer, par l'expérience du passé, que cette

« pauvreté nous attirera les bénédictions de

« Dieu. Nous sommes en possession depuis plus

« de quarante ans , de faire nos fonctions tant

« dans l'île de iMontréal que dans les autres

« lieux du pays, sans être à charge à personne,

« vivant de notre industrie et de notre travail. . .

« instruisant les filles gratuitement. Quoique

« jusqu'à présent nous n'ayons reçu que fort peu

:5i VIE 1»E LA StfilR lîOURGEOYS.

<( de chose des sujets qui sont entrés chez nous, .(l'on voit par expérience que Dieu a héni notre .( maison. Au lieu que si nous prenons une dot u par obligation, cela ne servira ciu'à éloigner « de notre institut les filles pauvres, quelque .< désir et quelque capacité qu'elles auraient ; « et pour celles qui auront le moyen de la four- <c nir, elles entreront dans les maisons reli- « gieuses où l'on reçoit les filles par dot ; ce qui nJquls'' des „ gg^ait le vrai moyen de détruire notre établis-

xieurs de la

^u'r^iS^rS^. '' sèment dans le pays (1).

« Pour ce qui regarde la troisième sorte de « personnes qui pourront être reçues dans notre .c communauté, en quahté de sœurs associées, « ou de pensionnaires perpétuelles, comme il « est marqué vers la fin de la seconde constitu- « lion , il nous a semblé qu'elles ne sauraient « nous être que très -incommodes. Monseigneur .. sait assez l'embarras et les difficultés où nous <c avons été à l'égard de celles qui étaient déjà .( entrées chez nous, et qui voulaient se réser- <( ver divers privilèges , comme la Kberté de « se conduire par d'autres que ceux qui ont le (. soin de notre communauté. Si Monseigneur <( veut absolument que nous en recevions , il (( lui plaira de marquer dans nos règlements , .( qu'il ne nous oblige point à leur égard, à

nr l'AUTiK. — cil u'iTiiK m. ;{,";

« d'autres choses que celles qu'on observe dans « les autres communautés envers ces sortes de « pensionnaires.

« Au sujet des austérités corporelles , il con- « viendrait mieux de ne prescrire sur les règles « à des filles séculières comme nous, aucune « mortification ni austérité d'obligation ou en « (;ommun ; et de laisser à la dévotion de cha- « ciine , d'user en son particulier de celles dont « elle connaîtra avoir plus de besoin, le tout « par l'avis du confesseur ou directeur, et per- << mission de la supérieure.

« L'article neuvième de la dixième constitu- « tion a pour titre : De la clôture: nous n'en « avons pas chez nous. Il y a aussi dans le même « article certains points qui demandent un peu « d'adoucissement , comme quand il est dit : « qu'on ne parlera point aux personnes du de- « hors dans les rues. Il peut survenir quelque « cas qui exigera qu'on passe par -dessus cette « règle. Il plaira aussi à Monseigneur de retran- « cher la promesse spéciale d'obéissance qu'il « exige de la supérieure nouvellement élue ( 1 ) . » «'^'%'V'e Outre la lettre commune , dont nous venons xxi. de donner ces extraits , la sœur Barbier écrivit i-articuiières

de

encore a M. Tronson. pour lui faire part de ses la sœur

, . Bourgeoys

reflexions particulières; et enfin la sœur Hnur- ,, ,. ^

M. Il ><'M.

r Lf///

UC VIE DE LA SCKUK BOLKGEOÏS.

geoys , de son coté , lui raconta en détail , dans une grande lettre , toutes les circonstances de sa vocation. Elle lui expose avec simplicité et effusion de cœur les divers motifs qui l'avaient portée à établir la Congrégation ; et surtoat elle lui fait remarquer c{ue cette institution avait eu pour fin d'honorer la vie voyagère de la trèssainte Vierge, qu'aucune communauté jusque alors ne s'était proposé d'imiter. Mais, par un effet de sa rare humilité , elle ne dit presque rien dans tout ce récit qui puisse donner à entendre qu'elle eût eu plus de part à cet établissement c{ue les premières compagnes qui s'étaient jointes à elle. « La facilité de vous écrire que vous m'of- « frites l'an passé, lui dit -elle, me donne la « liberté de vous faire savoir les motifs c[ui ont « porté à faire l'établissement de la Congréga- « tion à Montréal , et comme j'apprends que « vous avez la charité de travailler aux règie- « ments qui doivent y servir, je passe sur ma « répugnance pour vous faire savoir les fins de (i)Arc/uL'es « cet iustitut (1). « Après avoir douc rapporté, de Saint -sui- entre autres circonstances de sa vocation , le des-

pice à Paris.

lettre auto- seiu qu'avait eu M. Jendret de faire honorer à

yraphe de In

sœur Bour- Troves la vie de Marie par nne nouvelle com-

f/coys. ^ ^

uumauté qui n'avait pas réussi, les paroles qu'il

lui avait dites en renvoyant en (Canada. « q

ue

111' l'A uni:. - ciiAriTUE m. '.il

« ce que Dieu n'avait pas voulu à ïroyes, il le

» voudrait peut-être à Montréal, » et d'autres particularités semblables , elle conclut ainsi sa lettre: « Je crois que i)our lionorer cet état de

« la ^ie voyagère de la sainte Vierge , il faut c[ue

« les sœurs soient fdles de paroisse , qu'elles

« soient gouvernées par les séminaires, que les

« derniers sacrements leur soient administrés

'( par l'ordre de la paroisse, qu'elles y aient une

« sépulture et y soient enterrées ; comme aussi

« une place pour y assister avec les écolières

« aux grand'messes , vêpres et saints , et y

" communier quelquefois. Qu'elles ne chantent

« ni grand'messes ni vêpres dans leur église

K ( particulière ) , mais seulement quelques mo-

« têts aux messes basses, et aux jours qui seront

K jugés à propos. Que dans la maison les sœurs

« soient égales , en sorte que la supérieure ,

« après sa démission , piît être cuisinière ou oo

« cupée à tout autre emploi , auquel elle sera

« trouvée propre ; et la cuisinière être supérieure

« ou être employée aux gros ouvrages. Le tout

« pour imiter la vie et les vertus de la sainte

u Vierge. Tout cela ne m'empêchera pas d'être

« bien contente de tout ce qui sera fait. C'est

« tout mon désir que Dieu soit servi dans cette

" fdiiiiiiiiiiiuité. »

38 VI K HK L.V ^œiR BOUUGEOYS.

Enfin la sœur Bourgeoys écrivit à M. Tronson une nouvelle lettre, le 30 octobre 1695, pour insister sur quelques articles cjui lui avaient paru n'être pas conformes à l'esprit de la Congrégation , tels que l'obligation d'exiger des dots , la rareté des conférences spirituelles , la trop grande attention à conserver la santé des sœurs. Elle lui parlait aussi des récréations , qu'elle désirait qu'on prît toujours dans la maison même , comme <,tn avait fait juscjue alors. « Les récréations hors « de la maison, lui disait -elle, ne sont guère « propres aux filles qui sont au service de Dieu . « tant à cause des inconvénients c|ui en peuvent « arriver , que pour le tort que cela peut causer « aux missions, où d'ordinaire elles ne sont que " deux pour garder la maison. D'ailleurs , les « jeunes filles, qui ont déjà peu d'inclination à « demeurer chez elles , croiront bien faire en se

( 1 ) Lettre au-

ul/rop/ir ""fr '< répandant aussi elles-mêmes au dehors, et

/.'/ sœur Bour- , . i i i / 1 \

<j<;oys, ibid. *< c est ce c[ue uous devons empêcher (1). »

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