XXII. Ces lettres de la sœur Bourgeovs édifièrent
Réponse ""
de M. beaucoup M. Tronson , et lui inspirèrent une nou-
Tronson. ^
Son estime ^;^\\Q estime pour cette sainte fondatrice , dont
singulière ^
la personne ailles lui découvraient de plus en plus les grâces
lumières et l'esprit. 11 lui répondit le 7 avril de l'année
de
la sœur Suivante 1 096 : « Ma bonne sœur . j'ai vu. par vos deux lelliTS de rannée deniière. i;i ('(tiKliiile
Boui'ïcovs.
m* PARTIE. — CUVriTliK HT. 39
" de la divine Providence sur vous, el la grâce '< que Nôtre-Seigneur vous a faite de vouloir se « servir de vous pour étal)lir les filles de la Con- << grégation à Montréal. C'est un institut que nous «■ ne saurions qu'estimer beaucoup , puisqu'il ne « ]>eut être que d'une très-grande édification et '< très-utile à la gloire de Dieu. Nous en connais- « sons les fruits , et nous savons les bénédictions « que Dieu y donne , par les choses qu'on nous « en mande tous les ans. Ainsi nous serons ravis « de profiter de toutes les occasions qui se pré- « senteront pour y augmenter la ferveur et y « conserver toujours le même esprit.
« J'ai embrassé avec joie celle que vous me « donnez de parler à M^"" de Québec sur les con- « stitutions qu'il vous a données. Je lui ai exposé " vos difficultés, (|ui me paraissent raisonnables, « et je crois qu'il y fera attention. Au moins, il « convient déjà qu'il n'a point voulu vous faire " religieuses , ni vous obliger à faire des vœux (( solennels, car ce serait changer entièrement <( votre institut ; et il ne tiendra pas à moi que lasœvrBolr- « vous n'ayez satisfaction sur tout le reste (1). « 'L-rum^.
Rien ne montre mieux l'estime singulière que M. Tronson faisait de la sœur Bourgeoys , et son respect profond pour ses vertus éminentes et pour les lumières qu'elle avait reçues de Dieu
40 VIE DE LA SœUR BOURGEOYS.
sur son institut, que sa réponse à M. Caille, supérieur de la Congrégation, au sujet des nouvelles règles. « Pour la sœur Bourgeoys, lui « disait-il confidemment , elle a beaucoup de « grâce, et elle mérite assurément qu'on l'es- « time et que l'on ait beaucoup d'égard à ses « vues sur ce qui concerne son institut. Celle « que Dieu lui donne de recevoir des filles sans « dot, marque un très-grand et très-saint désin- « téressement. Je l'ai exposée à M^' de Québec, « aussi bien que toutes les autres difficultés que « l'on fait sur ses constitutions. Je ne sais pas « encore ce cpi'il fera là- dessus; mais je puis « bien vous dire que si j'en suis cru , il y fera « beaucoup de cliangemenis , et déférera plus « qu'il n'a fait aux intentions de l'institutrice. « Je crois qu'elle ne lui avait pas assez fait con- « naître ce qui la blessait. Car comme , pour ne « pas faire de peine au prélat , on a paru se sou- {\)Left>'erie ^^ mettre à ses règles , il s'est persuadé qu'on n'y
M. Tronson a o ' i t. J
^4 ii'-.v 1696" « ferait pas de difficultés (1). »
xxiii. M. de Saint-Vallier comprit, en effet, que,
A la prière . ,x t>> t r i
de M. Tronson comme il n appartient cp a Dieu de créer de nousaint-vaiiier yeaux instituts daiîs son Ésrlise, lui seul aussi
modifie ses ^
"^^^^ur*!?^ peut leur donner l'esprit particulier cjui doit en Congrégation. ^^^^ j^ ^^-^ ^ ^^ j^ forme qui doit les distinguer
entre eux. Voulant donc faire servir son autorité
Ill- TAUTIE. — CHAPITRE III. 41
à seconder les desseins de DiEr sur la Congrégation, il réforma les règles qu'il avait d'abord proposées, et les adapta aux vues de la fondatrice. Il crut cependant procurer plus efficacement le bien de l'institut en se contentant de modifier, ou même en laissant subsister quelques-uns des articles que les sœurs avaient signalés dans leur requête. Ce fut peut-être pour engager M. de Saint-Vallier à se relâcher sur ces points , que les sœurs écrivirent encore à M. de Turmenie, dont on a déjà parlé. Du moins cet ecclésiastique eut alors plusieurs entretiens avec M. Tronson à Issy(l), pendant que M. de Saint-Vallier, selon ,i^\} j^.^^'^^,! toutes les apparences , y vaquait aux exercices de £ f^^JuZ la retraite spirituelle (2). Quelque temps après, ^^1^^'^^^,,,^ ,/^ M. Tronson écrivait à M. de Turmenie que si les ^ Jje'"saùit sœurs de la Congrégation avaient de nouvelles Jjîf'iege " ^ difficultés à proposer, il en conférât avec M. Leschassier, c|ui le remplaçait à Paris. « H en parlera « au prélat d'aussi bon cœur que je pourrais le « faire moi-même , disait-il ; et si vous jugez « ensuite qu'il soit de quelcjne utilité que je lui « expose moi-même leurs peines , je vous mar- « querai volontiers un jour, lorsque le temps ne « sera pas si rude, pour en conférer ensemble. « Mais je dois vous dire par avance c{ue je n'ai « pas assez d'expérience pour préférer mon sen-
« liment à ce que juge un évêque chargé par
^c son ministère de leur communauté , surtout
« pour de certaines choses qu'il croit nécessaires
(1) Lettre à a pour le bon Ordre de la maison (1). » Cette
A/, de Turme- ^ ^ '
"'^•' '^}l2- ^^' sas-e modération fut la lisne de conduite que tint
M. Tronson dans les conférences qu'il eut avec
i\I. de Saint- Vallier sur cette affaire. Il crut devoir
insister sur les points qu'il jugeait essentiels à
l'esprit de l'institut , et respecter les sentiments
du prélat à l'égard de plusieurs autres de moindre
importance. «Je vous envoie, écrivait-il à M. Dol-
<( lier, les règlements que ^l^' de Québec avait
'< faits pour les filles de la Congrégation , et que
« vous trouverez bien adoucis. Comme mes in-
(' commodités ne me permettent pas de faire
« réponse aux bonnes sœurs, vous m'obligerez
« de le leur témoigner en leur faisant voir les
« mémoires que je vous envoie, et d'assurer
« particulièrement la sœur Bourgeoys et la su-
« périeure, que leur intérêt me sera toujours en
« grande recommandation. Il me semble que
« dans l'état où sont les règlements , il y a cer-
(( tains articles qui ne leur doivent faire présen-
« tement nulle peine. Quant aux autres , M^' de
(- Québec croit avoir de bonnes raisons pour les
« laisser comme ils sont. Si les sœurs y ont en-
« core quelque peine , elles pourront lui exposer
Iir l'AHTIE. — CHAriTHK llf. 43
« elles-mêmes les raisons qu'elles ont, d'y sou- ,,(^) J:"',','^^''
« h ait er quelque adoucissement (i). » m-^^ "'"'
Mais le iu2:ement de M. Tronson leur servit à xxiv.
toutes de rèsrle de conduite dans l'acceptation ^ ^'^}^.pure et simple qu'elles firent de leurs constitu- lesn^ouIeHes tions au mois de juin 1698. Car M. de Saint-Val- '^'"^ ''"' lier étant allé à Montréal, et les ayant assemblées plusieurs fois pour les leur expliquer, toutes s'empressèrent à l'envi de donner des marques de leur joie et de leur satisfaction parfaite. Enfin , le 24 du même mois , les règles furent solennellement acceptées et signées de toute la communauté en la manière suivante :
« Nous acceptons avec toute sorte de respect « et de soumission les règlements qui nous ont « été donnés par M^"" l'illustrissime et révérendis- « sime évéque de Québec ; et après les avoir lus « et examinés plusieurs fois, nous les avons « jugés très-propres pour le bien de notre com- " munauté , et sommes dans la résolution de les « pratiquer avec toute l'exactitude possihde. En « foi de quoi nous avons signé, à Montréal, le (^j jee d"
ctr. • • *Cif\o /ci\ /a sœur Marie
« 24jum 1698 (2). » Borhier.
Le lendemain on mit à exécution l'article des règles qui prescrivait les vœux simples de pauvreté , de chasteté , d'obéissance et d'instruction des petites filles. M. de Saint -Vallier, s'étant
rendu dans la chapelle de la Congrégation, as- . sisté de M. Dollier de Casson et de M. Glandelet, vicaires généraux , ainsi que de MM. de Valens, (ieofFroy, Mériel, Priât et de Villermola , prêtres de Saint-Sulpice , il adressa aux sœurs une exhortation sur l'excellence des vœux et sur la manière de les observer fidèlement. Ensuite il commença le saint sacrifice, et après qu'il eut communié, il reçut les vœux de toutes les sœurs professes. Elles les prononcèrent l'une après l'autre, immédiatement avant de recevoir la sainte communion, et en présence du très-saint Sacrement, que l'évèque tenait entre ses mains. Dès ce moment, pour se conformer aux nouvelles règles, les sœurs ne furent plus désignées chacune que sous le nom de quelque saint ou de quelque sainte , ou même de quelque mystère. Le nom qui échut à la sœur Bourgeoys fut celui du SaintlaïœlrBoH)^ SacremBut , et la sœur Barhier, alors supérieure , Î57^Î'58^-'i5'j!' fut désignée sous le nom de l'Assomption (1).
En exécution des mêmes règles , les sœurs procédèrent peu après à l'élection d'une nouvelle supérieure pour conduire la Congrégation pendant l'espace de six ans ; elles choisirent la sœur Marguerite Lemoine , dite du Sahit -Esprit. Enfin , le mardi 1"" juillet , elles se réunirent de nouveau à la chapelle , où elles prononcèrent le vœu de
Iir PARTIE. — CHAPITRE III. 45
stabilité , quoique les nouvelles règles leur laissassent une entière liberté pour s'imposer cet en-
(i)ii.id.,p.
gagement (1). loo-iei.
La sœur Bourgeoys goûtait la plus douce consolation , voyant ainsi l'accomplissement de ses désirs dans l'approbation solennelle de son institut ; et , semblable au saint vieillard Siméon , elle n'avait plus rien à désirer sur la terre. Après qu'elle en eut témoigné à Dieu sa juste et vive reconnaissance, elle se prosterna humblement aux pieds de M. de Saint-Vallier , en présence de toutes ses sœurs, et le pria instamment de lui accorder une grâce : ce fut de pouvoir passer le reste de sa vie dans l'obéissance, et d'être exclue pour toujours de toute voix passive dans les élections , comme aussi de toute charge dans la communauté. Touché de son humilité , le prélat voulut bien accéder à sa demande , à condition cependant qu'elle aurait toujours voix active insluVEourdans les élections (2). p^TeV-ies.
Enfin, M. de Saint-Vallier, pour achever l'œuvre qu'il avait si heureusement commencée à Yillemarie , désira de faire contracter les mêmes engagements aux sœurs de la Congrégation cjui exerçaient leur zèle à Québec , dans l'île d'Orléans et au Ghâteau-Richer. Dans ce dessein, il désira qu'on lui remît une copie de l'acte d'ac-
4b YIE DE LA SCËUR BOURGEOYS.
ceptation des nouvelles règles , signées de chacune des sœurs de Villemarie ; et de retour à Québec , il convoqua les sœurs missionnaires , qui les acceptèrent à leur tour le 4 août de la même année. Le lendemain il reçut leurs vœux i62-i63-Ï64! dans la chapelle du séminaire de cette ville (1). . ^^}^-. M. Tronson , informé de la satisfaction avec
batislactiûii
i\i Tronson ^'iquclle les sŒurs avaient accepté leurs règles et racSptation Contracté leurs engagements, écrivit à M. de règles. Valens pour lui en témoigner sa joie (2). La nou- M^^^Vaiens. ^'^^^^ Supérieure, la sœur du Saint-Esprit, lui avait 1699. ""' ^ussi écrit, soit pour lui faire part de son élection , soit pour le remercier des peines qu'il avait prises au sujet des règles. M. Tronson lui répondait le 30 mars 1699 : « J'ai reçu votre lettre" 'c du mois d'octobre , qui m'apprend que M^"" de « Québec vous a fait faire des vœux simples , et " ^■ous a donné des règles que vous avez reçues " avec plaisir , et dont vous êtes toutes bien con- « tentes; et vous me mandez que je n'y ai pas c' peu contribué. .l'en suis bien aise pour l'amour « de vous , et je loue Dieu de ce qu'il s'est bien « voulu servir de moi pour rendre ce bon office « à votre communauté, que j'aime et que j'es- « time.
« Si je n'écrivis pas l'année dernière à aucune « de vous, ce n'est pas faute de bonne volonté.
m* PARTIE. — CHAPITRE III. 47
w 11 fallait que je lïisse incommodé dans ce « lemps-là, comme je le suis toujours, et sou- « vent à ne pouvoir écrire. Je manque , malgré u moi, à faire des réponses, ce qui me mortifie, « aussi bien que ceux qui les attendent. Mais il « faut tâcher de faire un bon usage de ces pri- « vations par une soumission parfaite à la Prou videuce. Je salue la sœur Bourgeoys, et me (Dieureà « recommande bien a vos prières , aux siennes , ^/^ /,, congré- « et à celles de toute la communauté (1). » 'Hm'l ùm.
Pendant le séjour que M. de Saiiit-V allier fit à x>^vi.
•^ ^ Fnveurs
Villemarie , à l'occasion que nous venons de dire , 'f'''|jJ'^J,"''^ les sœurs de la Congrégation, voyant la bonne saint -Vaiuer volonté que ce prélat leur témoignait , lui demaii- ''^^'^slVurs^"'' dèrent pour leur communauté diverses grâces Cùngrégation. spirituelles, qu'il leur accorda très -volontiers, par un mandement du 1" juillet, après en avoir conféré avec M. Dollier de Casson. Ce fut de pouvoir faire célébrer tous les ans, dans leur chapelle, une grand'messe le jour de la Visiîation, fèie patronale de leur institut ; d'y avoir l'exposition du très-saint Sacrement pendant tout ce jour, et en outre d'y chanter le salut aux sept principales fêtes de la très-sainte Vierge. Jusque alors les sœurs n'avaient vu qu'avec peine , que , lorsqu'on apportait le saint viatique à quelqu'une d'entre elles, le peuple, qui suivait Notre-Sei-
GNEUR par dévotion, entrât dans leur maison et jusque dans leurs chambres, ce qui troublait le silence et le recueillement de la communauté. Elles demandèrent donc qu'il leur fût permis, dans ces circonstances, de prendre le saint viatique à leur chapelle ; ce que M. de Saint-Vallier ,,, , , . leur accorda , de l'avis de M. Dollier de Casson , 'i^aUon'^Mnn- '^^^ ajoutant qu'elles pourraient y prendre aussi juiiie/ms" l*^s saintes huiles pour les sœurs malades (I). XXVII. Ce fut aussi dans cette circonstance crue M. de
M. de ^
Saint - vaiiier Saint-Yallier eut occasion de voir pour la pre-
visite
M»e Le Ber. ^^^i^pg f^^g ^^[He i^ gg^ ^2) , et d'admirer la vertu
(2) Vie de , . .
in^œuvBour- gt la vie tout ans'élique de cette sainte recluse.
geoyi, 1818, .
■p. 156. Deux Anglais c{ui se trouvaient alors à Ville-
marie, et cpii connaissaient la famille Le Ber, témoignèrent au prélat le désir de la voir dans sa solitude ; il voulut bien les y conduire lui-même, espérant que la vue de cette fille de grâce ferait sur leur cœur une salutaire impression. Ils furent en effet extraordinairement frappés de voir la plus riche fille du Canada dans un si pauvre réduit. L'un d'eux, qui était ministre protestant, lui demanda pourquoi elle se condamnait à un tel genre de vie , tandis qu'elle pouvait jouir dans le monde de tant de commodités et de douceurs. Elle lui répondit cpe c'était une pierre d'aimant qui l'avait attirée là , et la tenait se-
m* PARTIE. — CHAPITRE III. 49
parée de loul le reste. L'autre, voulant savoir quelle était donc cette pierre d'aimant , M"' Le Ber ouvrit alors la petite fenêtre par oii elle recevait la sainte communion , et , se prosternant du côté du tabernacle : « \'oilà , lui dit- elle , ma « pierre d'aimant; c'est la personne adorable de u Notre-Seigneur , véritablement et réellement « présent dans la sainte Eucbaristie , qui me re- « tient dans ce lieu. » Là-dessus elle se mit à lui parler de cet auguste mystère avec une foi si vive , un zèle si ardent, et des paroles si embrasées par la ferveur de son amour pour Dieu , que ce ministre en parut tout étonné. Étant ensuite retourné dans son pays, il racontait souvent les circonstances de cette visite , et ne parlait de M'"* Le Ber que comme d'une sorte de prodige qui avait fait sur lui une grande impression , n'ayant rien vu, disait-il, de si extraordinaire jV'e Ve 'L!^! dans tout le Canada (I). ^gl'ifier.