V. Cependant , quelque soin que prît la sœur
à la Barbier de dérober à la connaissance de sa com-
sœur Barbier
ces austérités munauté les austérités dont nous parlons , les
indiscrètes. i
se soumet sœurs ne tardèrent pas à s'en apercevoir ; et dès qu'elle se fut rendue à Québec , vers l'automne
SUR LA SCEUR MARTE RARBIIÏÏl. 123
de l'année 1694, pour faire sa première visite à la mission de celle ville, elles ne manquèrent pas d'en informer M. Glandelet , qu'on savait être sa lumière et son conseil. Ce sage directeur lui fit rendre compte de ses pénitences. Elle lui en exposa le détail avec candeur et simplicité, et lui avoua ingénument que, se voyant chargée du soin de la Congrégation , et se reconnaissant elle-même si misérable, elle avait cru qu'elle ne pourrait jamais excéder dans les pénitences qu'elle s'infligeait. Il la reprit de sa ferveur indiscrète, lui défendit pour l'avenir de semblables excès , ajoutant c^u'elle ne devait faire aucune pénitence extraordinaire, sans un commandement exprès des personnes qui avaient autorité
pour la conduire (1). sœul Barbier.
Si la sœur Barbier commit quelque faute en se traitant avec tant de rigueur, il faut convenir que cette faute même est, dans un sens, un éloge de sa charité pour ses sœurs et de la ferveur de son amour pour Dieu ; et que , comme on l'a dit plus d'une fois, il est des fautes dans les saints qui seraient souvent des vertus dans les autres. Mais nous devons ajouter que , plus docile encore à la voix de l'obéissance qu'elle n'avait été ardente à suivre les mouvements de sa ferveur , elle s'abstint dès ce moment de tout excès semblable ,
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et se cent en la de souffrir les peines intérieures - que Dieu lui fit éprouver pour la sanctifier de plus en plus, et lui donner le moyen de procurer la sanctification de ses sœurs.
. VI. Nous n'entreprendrons pas d'exposer ici la
Epreuves ^ * -
iniéiieurcs conduite qu'il se plut à tenir sur une âme qui
contiiiment j^j ^^^^^ ^^ ^Yieve. Nous dirous seulement qu'il
^'*"'^(ie'k ^"" la dépouilla de toute grâce sensible, et que, dans
cet état de dénùment total, elle eut à soufFrir
des peines d'autant plus accablantes qu'elle se
sentait pressée d'aimer Dieu plus ardemment.
« Oh ! qu'il faut souffrir avant que de mourir !
« écrivait-elle ; je suis comme une personne sus-
« pendue en l'air, qui ne touche ni au ciel ni à
« la terre. Je ne trouve en moi qu'un grand dé-
H pouillement de toutes choses , non à l'extérieur
« comme dans saint Barthélemi , mais intérieu-
« rement. Plus je communie, plus je veux com-
« munier. Je vous le dis en simplicité : je meurs
« de faim et je sens mon âme se dessécher à petii
« feu. Je ne puis exprimer ce que j'ai à soufFrir
« pour supporter tous les assauts que je ressens en
« mon âme , qui veut s'unir à Dieu par une voie
« que je ne connais pas. Je demeure dans un pro-
« fond silence intérieur qui m'occupe sans cesse ;
« Dieu seul m'est toutes choses , et sans lui le
sœur Barbier. « paradis et l'eufer me seraient indifférents (1). »
SUR LA SCEUR MARIK RAHRIEU. 125
Deux ecclésiasliffues , à (lui elle fit part de ses ^1"dispositions , s'efforcèrent de lu rassurer sur son ''^^ je'^ia"^^'^ état intérieur, et lui répondirent en ces termes : ^"^son^in^n ' " Vous ne devez nullement douter de la demeure jÉsuiT-^CHRisT. de Jésus- Christ dans le fond de votre âme , d'une manière très- réelle et très -véritable , quoiqu'il y soit très-caché et très-inconnu à vos sens. Cette paix intime que vous expérimentez au milieu de vos peines , vous en doit être un témoignage certain. C'est lui qui opère en vous ce grand vide que vous sentez , et ce dégoût de toutes choses, (pie lui seul peut remplir. Ne vous attachez jamais à rien de sensible; attachez- vous seulement à Jésus- Christ, qui contient tous les dons d'une manière excellente. C'est ce c[ue l'on ne peut bien connaître que par l'expérience ; elle vous en apprendra plus c|ue tous les livres, et que tout ce que nous pourrions vous en marquer. Demeurez donc dans vos obscurités , dans vos ténèbres, dans votre impuissance; ne désirez jamais d'en sortir, ni d'avoir d'autre certitude de la présence de Dieu dans votre àme , que celle qu'il lui plaira de vous donner. La fii nue, ainsi que vous le dites dans votre lettre, est l'unique moyen qui doit vous attacher inséparablement à Jésus-Christ. Donnez-vous
« bien de garde de descendre de la Croix : ce
c( serait abandonner Notre - Seigneur , qui veut
« être crucifié en vous ; et c'est descendre de la
« Croix, que de chercher quelque consolation
« ou quelque appui dans les créatures, contre
« l'ordre de Dieu. Abandonnez -vous donc à sa
« divine conduite, en sorte que vous puissiez
'( dire avec David :
Quoi qu'il arrive, en toute chose.
Mon âme au Seignelr se repose, Humble et soumise à son vouloir.
« Pesez bien chacun de ces mots, et les ré- « duisez en pratique. C'est en cela que doit conte sister votre fidélité. Ne cherchez point la con- « naissance de cette divine volonté ailleurs que « dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dans les « moyens ordinaires qu'il a établis pour nous la « faire connaître , et que son aimable Providence « vous présente , tels que sont ceux de la direc- « tion. Vous devez user de ces secours, en re- « gardant vos directeurs comme Jésus -Christ « même , et comme les interprètes des volontés M de Dieu. Notre-Seigneur vous en a lui-même M donné l'exemple, par la dépendance qu'il a « voulu avoir de la très-sainte Vierge et de saint « Joseph. »