SUR LA SCEUR MARIE BARBIER
pleine de force et de douceur, qui lui était comme inconnue auparavant. Ces fruits parurent surtout dans les dispositions d'abandon qu'elle fil admirer à l'occasion d'un mal affreux qu'elle eut cette même année , par suite des austérités qu'elle avait exercées autrefois avec tant de cruauté sur elle-même.
« Je suis presque dans l'impuissance d'écrire « aujourd'hui, disait-elle dans une de ses lel- H très , par une indisposition que j'ai depuis « quatre à cinq mois à un côté du sein : c'est (c un cancer. On m'a fait des scrupules de ce que « je ne l'ai pas dit plus tôt , pensant que cela se « passerait. Je croyais bien faire. Les remèdes , « jusqu'à présent , n'ont servi qu'à me faire souf- « frir davantage. Il me semble que l'abandon « que j'ai fait de tout moi-même à Dieu , me sert « de beaucoup maintenant. Je tâche de souffrir « avec Jésus souffrant, et je porte le poids de « mes péchés et des infidélités de mes sœurs. Si « cela continue jusciu'à Pâcfues , je ne sais ce que « je deviendrai. J'ai cependant ressenti les effets *' de la neuvaine que mes sœurs ont faite pour « moi. Oh ! que les miséricordes de Dieu sont « infinies à mon égard ! qu'il me rend justice en « me faisant souffrir ! Je ne saurais me déter- « miner à lui demander ma guérison. Je ne sais II. 9
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« si je ne suis pas trop téméraire de souhaiter K que l'on ne prie pas pour cela. S'il y va de la « gloire de Dieu que je guérisse, à la bonne « heure; mais si c'était sa volonté que mon c( corps devmt tout ulcéré et fût un spectacle « d'horreur, il me semble que j'en serai con- « tente. Je ne suis pas assez fidèle pour obtenir « tant de grâces. Au reste, je ne veux rien ; la a santé ou la maladie, tout m'est indifférent. u Qu'on retranche la partie malade, ou qu'on (( me laisse languir , je fais de bon cœur le sacri- « fice. Cependant mes sœurs ont encore la cha- « rite de me supporter. On attend le printemps « pour me mettre dans les remèdes ; c'est ce qui « m'occupe le moins ; car ce n'est point mon « corps qui m'inquiète , ni la maladie dont je ce suis attaquée; la crainte même des douleurs a des opérations ne m'effraie pas. Une humilia- (c tion qui me fait plus souffrir que mon mal , « c'est la crainte que les chirurgiens n'y mettent « la main ; je succombe en quelque façon à cette « pensée, et mon plus ardent désir est d'obtenir (( de Dieu la grâce d'éloigner de moi une telle
lamuv Bar- ^^ ^preuVe (1). »