SUR LA SCEUR MARIE BARBIER
après environ quatre mois de séjour dans cette maison, elle fut rappelée à Villemarie, et rentra à l'infirmerie comme auparavant. Le peu de succès de ce traitement sembla avoir augmenté en elle la résignation et la patience. « Le Sei- « GNEUR, disait- elle, n'a pas permis c^ue j'aie eu <( aucune consolation. J'adore sa conduite, et me « soumets à ses ordres , malgré la nature qui « frémit à la pensée de l'acharnement que je « dois avoir à la faire mourir. On me demande « si je veux me promener et me divertir. Ce « n'est pas ce que mon àme demande ; mais « Dieu seul, sans aspirer à aucune consolation « sur la terre. Je le possède dans l'intime de « mon cœur, et quelque grandes que puissent « être mes douleurs et mes privations, il me « suffit, et mon àme est contente. »
Elle passa le reste de cette année à l'infirmerie. ji-
La mort de la sœur Bourgeoys , qui arriva peu ^^'^["tounie"'' après , sembla avoir augmenté le mal de cette ^ *^ouf^' sainte malade. Car l'on remarqua que, depuis ^ "^Danger ^'
, , , .11-1 ' de cette
cet événement , la plaie de son cancer s enve- opération. nima davantage ; ce qu'on attribua autant à la douleur qu'elle ressentit de cette perte , qu'aux travaux et aux fatigues auxquels elle ne laissait pas, quoique infirme, de se livrer dans l'occasion. Comme il n y avait plus d'autre ressource
pour elle que d'en venir à une opération , on résolut de la renvoyer à Québec pour qu'elle y fût opérée par M. Sarrazin, non moins habile chirurgien que savant dans la médecine. Elle y arriva le 1 9 mai , veille de l'Ascension de cette année 1 700 , et fut reçue de nouveau avec une joie singulière par les religieuses de l'Hôtel-Dieu. Ce jour-là même, M. Sarrazin, qui la visita, fut effrayé des alfreux progrès du mal. « Quelque « parti que je prenne , disait-il , je vois la sœur <( de l'Assomption en danger d'une mort pro- « chaine. Si on ne lui fait pas l'opération, elle « mourra certainement et sous peu de jours, son « mal empirant à vue d'œil ; et tenter l'opéra- « tion, c'est lui donner presque infailliblement « le coup de la mort , n'y ayant quasi pas d'esté pérance qu'elle la soutienne , et moins encore {\)Viedeia « qu'elle cu puisse guérir (1). » Cependant, le
sœur Barbier.
courage et la résolution de la malade, ou plutôt
sa résignation parfaite et son indifférence à tout
événement , déterminèrent le docteur à prendre
jour pour l'opération, qui fut fixée au samedi
29 mai, veille de la Pentecôte.
in.
La Durant cet intervalle , il la prépara par divers
sœur Barbier
se prépare remèdes qu'il lui prescrivit. De son côté , la sœur
par diverses ^ ^
pratiques ^q l'Assomptiou so disposa à paraître devant Dieu ''ropé^ation!'^ par une confession de toute sa vie. Elle s'efforça
SUU LA .SŒUR MAUIE IlAUBlliK. 135
surtout de détester les excès qu'elle avait commis sur elle-même par ses austérités indiscrètes , spécialement la liberté qu'elle s'était donnée d'appliquer fréquemment sur sa poitrine ces instruments de pénitence armés de pointes de fer, qui avaient beaucoup contribué à son mal. Ce souvenir, qu'elle se rappelait alors avec douleur, lui offrait un nouveau motif, et lui inspirait môme une nouvelle force, pour souffrir en esprit de pénitence les douleurs et les humiliations auxquelles elle se voyait exposée. En vue d'attirer la bénédiction de Dieu sur le succès de l'opération , elle avait commencé , le lendemain même de son arrivée à Québec , une neuvaine en l'honneur de saint Joseph , qui l'avait déjà assurée de sa protection pour toute sa communauté. Les religieuses de r Hôtel-Dieu de Québec s'unirent à elle dans cette neuvaine , et le samedi 29 , où elles la terminèrent, et qui devait être le jour de l'opération , elles communièrent à cette intention , ainsi que la sœur de l'Assomption, qui reçut la sainte Eucharistie à la grille après toutes les religieuses. Enfin M. Sarrazin lui-même , ne pouvant guère compter sur les ressources de son art , eut aussi la dévotion de communier ce jour-là pour obtenir de Dieu le succès d'une opération si périlleuse (1). (1) Ibid.
„ ïV- Sa confiance ne fut pas vaine , en très-peu de
Heureux ^ ^
^"opératîon^'^ temps il fit l'opération avec tant de dextérité et sœur Barbier d'intelligence, qu'il en était ensuite lui-même à viUemarie. surpris, ne pouvant comprendre qu'elle eût été suivie d'un si heureux résultat. Ce succès remplit de joie toute la communauté des hospitalières , qui semblèrent redoubler encore d'afTection pour la sœur de T Assomption, et lui prodiguèrent en effet tous les soins imaginables. Malgré son humilité, qui souffrait beaucoup de leurs attentions, elle se soumit cependant à tout avec cette manière simple et engageante qui lui était naturelle et qu'inspire toujours la vraie vertu. Mais durant sa convalescence et lorsque la plaie était entièrement fermée , il reparut quelques symptômes qui firent craindre à M. Sarrazin que le mal ne revînt comme auparavant. La sœur de l'Assomption s'adressa alors à la très-sainte Vierge. Elle fit vœu d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette , mission sauvage à trois heues de Québec , et à l'instant les symptômes dont nous parlons disparurent entièrement. Le lendemain , M. Sarrazin fut fort surpris de la trouver parfaitement guérie; car dès ce jour elle n'eut plus besoin de remèdes . et ne ressentit même jamais plus aucune atteinte de ce mal. La sœur s'empressa d'accomplir son vœu en faisant le pèleri-