‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 110 sur 304 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tibule de la maison, je fus saisie d'un grand effroi. L'affreux serpent y éiait encore et se tenait caché, comme pour épier les passants; il se jeia sur moi et voulut se cacher dans les phs de mes vêtements. Mon effroi fut extrême. Mon guide me saisit rapidement, les Ifois esprits que j'avais vus d'abord reparurent et frappèrent le monstre dont je crois encore entendre maintenait les cris épouvantables. Tout en contemplant le mystère de l'Incarnation, j'ai encore reçu la nuit dernière un assez grand nombre de lumières touchant différents objets. Sainte Anne eut d'abondantes révélations. La sainte Vierge sut aussitôt qu'elle avait conçu le Messie, le Fils du Très-Haut. Tout son intérieur était à découvert pour elle devant les yeux de l'esprit. Mais elle ne savait pas encore 'que le trône de David, son père, que Dieu lui avait donné, fût un trône surnaturel; elle ne savait pas encore qxie la maison de Jacob sur laquelle, d'après les paroles de Fange, il devait régner jusqu'à la fm des siècles, lut l'Eglise, l'humanité régénérée. Elle croyait que le Rédempteur devait être un roi éminent par sa sainteté, qui purifiât son peuple et le rendit victorieux de l'enfer. Elle ne savait pas encore que, pour sauver les hommes, ce roi dût mourir d'une mort douloureuse.

Il me fut dit alors pourquoi le Sauveur voulut passer neuf mois dans le sein de sa mère et naître petit enfant, au lieu d'apparaître au monde dans la plénitude de l'âge et i^riliantde beauté, comme le premier Adam sortant des mains du Gréa leur, mais je ne saurais redire tout cela avec la clarté nécessaire. Je me rappelle toutefois qu'il voulut par là sanctifier la conception et la naissance de l'homme que le péché de notre premier père avait rendues infâmes. Marie fut réellement sa mère, et il n'est pas né auparavant parce qu'elle seule, et nulle autre créature, soit avant soit ^iprès elle, ne fut ce vase infiniment pur de la grâce.

que Dieu avait promis de donner à l'humanité pour se faire homme en lui, afin de payer parles mérites de sa passion la dette énorme sous laquelle elle était écrasée. La sainte Vierge fut la vraie et unique fleur de la génération humaine qui parut dans la plénitude des temps. Tous les enfants de Dieu, parmi les hommes, depuis l'origine des choses, qui tendirent à la sainteté, contribuèrent à la donner au monde; elle est l'or pur, produit par la terre entière. Elle est seule le sang, la chair pure et sans tache de l'humanité entière, préparée, purifiée, réunie et consacrée par toutes les générations de ses ancêtres, conduite, gardée et fortifiée par la loi, jusqu'à ce qu'enfin elle parût avec la surabondance de la grâce. Prédestinée de toute éternité, elle a paru dans le temps comme mère de l'EterneL

Aux principaux jours de ses fêtes, la Vierge, dans les offices de FEglise, parle ainsi d'elle-même par la bouche de la sagesse divine dans les Proverbes de Salomon :

Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il eût produit au jour ses ouvrages. Je suis ordonnée de toute éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût faite. Les abîmes n'étaient pas, et j'étais déjà conçue ; les sources des eaux n'avaient point encore jailli, les montagnes n'étaient point assises encore en leur pesante masse. Dieu m'enfantait avant les collines, avant qu'il eût formé la terre et les fleuves du monde. Quand il préparait les €ieux, j'étais la. Quand il fixait une loi et posait des boines aux abîmes; quand il établissait le firmament et qu'il soutenait les réservoirs des eaux ; quand il renfermait la mer dans ses rivages et commandait aux eaux de ne point franchir leurs limites; quand il jetait les fondement de la terre, j'étais là composast tout avec lui ; j'étais tous les jours dans les délices et me jouant incessamment devant lui, me jouant dans le monde ; mes dnlices sont d'être avec les enfants des hommes. Maintenant donc, mes enfants, écoulez-moi: Heureux ceux qui gardent mes voies. Ecoutez mes f nseignemetits, soyez sages et ne les rejetez, pas. Heureux l'homme qui m'écoate et qui veille chaque jour à ma porte et se tient au seuil de ma demeure. Qui m'aura trouvée, trouvera la vie et puisera le salut dans le Seigneur (1).

(1) ProY., vm.

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