CHAPITRE SEPTIÈME. 2tl
elles avaient vue sur Foraloire; elles avaient toutes de ces manteaux affectés à la prière et qui enveloppaient la tête.
Après le repas du sabbat, je vis la Vierge debout dans sa chambre, récitant le Mag7iificat avec Elisabeth. Elle avait les bras croisés sur la poitrine, et son voile noir était abaissé sur son visage; elles se tenaient comme en chœur, appuyées contre la muraille et se regardant en face. Je récitai le Magnificat avec elles, et, dans la seconde partie de ce cantique, laquelle se rapporte aux promesses de Dieu, j'aperçui, soit à distance, soit tout près, les ancêtres de la Vierge, desquels partaient des fils lumineux qui venaient se reposer sur elle; je la voyais alors sous les traits qu'elle avait actuellement. Ces fils lumineux ou rayons partaient toujours de la bouche des hommes et du cœur des femmes, et se confondaient tous dans la gloire de la Vierge. Il est probable qu'au molîient où la bénédiction agit par Abraham sur la Vierge, le patriarche se trouvait assez près du lieu où Marie récite maintenant Ve Magnificat ; car le rayon qui partait de sa bouche [était extrêmement court, tandis que ceux des personnages qui avaient vécu longtemps après lui venaient de beaucoup plus loin.
Quand elles eurent terminé le cantique que je leur vois réciter chaque jour matin et soir, depuis la Visitation, Ehsabeth se retira, et je vis la Vierge se disposer à prendre son repos. Elle ôta sa ceinture et son vêtement de dessus, ne conservant que sa longue tunique brunâtre. Elle prit alors un rouleau d'étoffe qui se trouvait au chevet de son lit et que j'avais pris d'abord pour un oreiller; mais je vis en ce moment que c'était une longue bande d'étoffe de laine, ayant à peu près une aune de largeur, qui servait à s'envelopper pour la nuit. Elle assujettit d'abord sous l'un des bras l'une de ses extrémités et la roula
autour d'elle pour s'en envelopper de la tête aux pieds; ainsi enveloppée, elle pouvait à peine marcher. La partie inférieure des bras demeurait libre, et l'étoffe n'était pas rabattue sur le visage. Elle fit ces préparatifs de nuit tout contre son lit, au chevet duquel je remarquai une petite élévation ; puis, quand tout fut terminé, elle se coucha sur le coté, la joue appuyée sur une des mains. — Je n'ai jamais vu que les hommes s'enveloppassent de la sorte pour la nuit.
DIMANCHE 9 JUILLET. — J'ai VU quc Zacharie conserva durant tout le jour du sabbat les habits qu'il avait mis la veille au soir. C'était un long vêtement blanc, avec des manches médiocrement larges; il avait une large ceinture qui lui faisait plusieurs ibis le tour du corps, elle était ornée d'un certain nombre de lettres et se terminait par des appendices moins larges qui descendaient assez bas. A cette robe se rattachait par derrière un capuchon qui formait des" plis sur le dos, comme pourrait le faire un voile fort large. Quand, la journée terminée, il a quelque ouvrage à faire ou qu'il est obligé de sortir, il rejette cette robe sur l'épaule avec la ceinture, la lait passer sous l'autre bras et la fixe ainsi à la ceinture. Il avait une sorte de pantalon fixé autour des jambes par les bandes de cuir qui lui rattachaient les sandales aux pieds, qu'il avait d'ailleurs complètement nus. •— Zacharie a montré aujourd'hui à Joseph son manteau sacerdotal, qui était d'une grande richesse; c'était un manteau ample et lourd, fait de fils blanc et pourpre entrelacés; il se fermait sur la poitrine par des agrafes de métal. Ce manteau n'avait pas de manches.
Ce soir, quand les exercices du sabbat eurent été terminés', je les vis prendre un nouveau repas. Ils mangèrent ensemble sous un arbre dans le jardin de la maison. Je leur vis manger des feuilles verdàtres
qu'ils trempaient dans la sauce; ils suçaient aussi je ne sais quel légume, de forme arrondie, qu'ils trempaient également dans la sauce. Il y avait encore sur la table des assiettes, chargées les unes de fruits délicats et les autres d'une substance que l'on prenait avec des cuillers brunâtres et transparentes. Je crois que c'était du miel, et que les cuillers dont ils se servaient étaient en corne. Je remarquai aussi des piles de petits pains dont ils mangèrent.
La lune brillait au milieu d'un ciel pur et étoilé. Je vis alors saint Joseph se mettre en route, en la compagnie de Zacharie. Avant le départ, chacun avait prié séparément. Joseph avait encore avec lui son modeste paquet, renfermant un peu de pain et une petite cruche, et son bâton de voyage, dont Textrémité était recourbée. Zacharie tenait à la main un long bâton qui se terminait par une pomme; ils avaient l'un et l'autre un manteau de voyage qui leur retombait sur la tête. Avant de se mettre en route, Joseph embrassa Marie, et Zacharie Elisabeth, en les pressant contre leur cœur; je n'ai jamais remarqué qu'ils se baisassent. La séparation ne fut ni triste ni bruyante; les deux femmes accompagnèrent jusqu'à une certaine distance les voyageurs, qui continuèrent ensuite leur route; la nuit était extraordinairement belle. De retour à la maison, les deux cousines allèrent directement à la chambre de Marie; j'y vis allumée une lampe à une branche suspendue à la muraille; il en était toujours ainsi quand elle vaquait à la prière ou qu'elle se mettait au lit. Ayant abaissé leur voile, elles se placèrent en face Tune de l'autre et récitèrent ainsi le Magnificat, — A. cette occasion j'ai revu, suivant la promesse qui m'avait été faite, tant de belles choses que j'ai récemment oubliées. Mais j'ai vu, la nuit dernière, un si grand nombre d'objets de tout genre
que je ne pourrai plus en redire que fort peu de chose. J'ai vu seulement la transmission de la bénédiction depuis Abraham jusqu'au patriarche Joseph (IJ.
MARDI il JUILLET . — J'ai OU Cette nuit une vision touchant Marie et Elisabeth; l'unique chose que je me rappelle, c'est qu'elles ont passé toute la nuit en prières, je ne saurais plus en indiquer la raison. Dans la journée, j'ai vu Marie se hvrer à différentes occupations, ainsi, par exemple, tresser des couvertures. J'ai encore vu Joseph et Zacharie dans le cours de leur voyage; ils ont passé la nuit sous un hangar. Ils avaient fait un détour considérable, et, si je ne me trompe, visité plusieurs personnes. Je crois qu'ils ont employé trois jours à ce voyage; j'ai oublié tout le reste.
JEUDI 13 JUILLET. — Hier mercredi j'ai vu Joseph de retour chez lui à Nazareth. Je crois qu'il n'est pas passé par Jérusalem et qu'il a suivi la route la plus directe. La servante de sainte Anne prend soin de son ménage, bien qu'elle soit le plus souvent chez sa maîtresse; alors saint Joseph était seul chez lui. — J'ai vu aussi Zacharie de retour chez lui. Comme les autres jours, j'ai vu Marie et Elisabeth réciter le Magnificat et vaquer à différenls travaux. Vers le soir, elles allèrent au jardin, qui renfermait un puits, ce qui est assez rare dans ce pays; ainsi avaient-elles toujours avec .elles une petite cruche remplie d'une liqueur rafraîchissante. Presque tous les soirs, quand il faisait frais, elles allaient, se promener aux environs; la maison de Zacharie était isolée et entourée de champs. D'ordinaire elles se couchaient vers neuf heures, mais elles étaient toujours sur pied avant le lever du soleil.
{\) Les fragments relatifs à cet objet seront plus tard réunis et publiés.
GHAPÎTRE SEPTIÈME.
Voilà tout ce que-la sœur Emmerich a raconté de ses visions relatives au séjour que la sainte Vierge a fait chez sa cousine - 11 est a remarquer que si elle a eu ces visions a l'occasion de la fête de la Visitation qui se célèbre, comme, chacun le sait, au commencement de juillet, la visite de la Vierge a vraisemblablement eu lieu au mois de mars : il faut se rappeler en effet que l'ambassade de l'archange à la Vierge s'est faite, suivant elle, le 25 février ; et qu'elle voit Marie se mettre en route presque aussitôt après, au moment oii saint Joseph va se rendre à Jérusalem pour la Pàque; or la Pàque se célébrait le 4 du mois de Nisan, qui correspond a notre mois de mars.
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