CHAPITRE HUITIÈME
Joseph est allé à Bethléem, mais sans faire visite à ses parents; on se proposait uniquement de prendre des renseignements sur l'impôt et \\e dénombrement au sujet desquels chacun devait se rendre au lieu de sa naissance. Il ne se fit pas inscrire, car il supposait qu'après les jours de la purification de la Vierge, il irait avec elle au temple de Jérusalem et de là à Bethléem, où il avait l'intention de s'établir; je ne sais plus bien la raison, mais il n'était pas content à Nazareth. Aussi il prit à Bethléem des renseignements de différente nature et s'informa en particuher du prix de la pierre et du bois de charpente, car il avait l'intention de s'y bâtir une maison. Ces renseignements obtenus, il revint à l'hôtellerie de la porte de Bethléem, alla offrir son sacrifice au temple eJ; se remit en route pour Nazareth.
La nuit dernière, vers minuit, comme il traversait le champ de Ghimki, à six lieues de Nazareth, un ange lui apparut et lui ordonna de se rendre aussitôt à Bethléem avec Marie, car c'était là que son fils devait naître. Il lui indiqua aussi ce qu'il avait à prendre avec lui pour la mère et f enfant, c'est-à-dire un fort petit nombre d'objets de peu de valeur, surtout pas de couvertures piquées. Outre Fane sur lequel la Vierge monterait, il devait prendre une ânesse d'un an, qui n'eût pas encore mis bas. Il devait la laisser courir en liberté et suivre le chemin qu'elle leur indiquerait.
Ce soir, Marie alla à Nazareth avec sainte Anne; elles étaient informées de l'arrivée de Joseph. Cependant, elles ne savaient pas que Marie dût aller du manoir de sa mère à Bethléem; elles croyaient que la Vierge mettrait son enfant au monde dans sa maison de Nazareth, car j'y vis porter, enveloppés dans des nattes, une grande partie des objets que l'on avait préparés. Je remarquai en particuher plusieurs en-
veloppes d'étoffe bleue, auxquelles étaient attachés des capuchons. Je crois qu'elles étaient destinées à recevoir l'enfant. Joseph est arrivé à Nazareth dans la soirée.
MARDI 1 3 NOVEMBRE. — J'ai VU aujourd'liui la Vierge et sainte Anne à la maison de Nazareth, c'est là que saint Joseph leur communiqua ce qui lui avait été révélé la nuit précédente. Elles retournèrent aussitôt à la maison d'Anne, et je les vis faire leurs préparatifs avec beaucoup de rapidité. Anne était extrêmement triste. Marie savait qu'elle devait mettre son enfant au monde à Bethléem, mais elle l'avait tu par humilité. Elle le savait par les passages des prophètes relatifs à la naissance du Messie qu'elle gardait avec soin dans son armoire à Nazareth. Elle les avait reçus de ses maîtresses du temple et se les était fait expliquer par ces pieuses femmes. Elle les relisait souvent et en demandait à Dieii la réaUsation. Toujours ses prières les plus ardentes se rapportaient à l'avénement du Messie; toujours elle proclamait bienheureuse celle qui mettrait au monde le saint Enfant, et elle souhaitait d'être la plus humble des servantes de cette femme bénie; son humiUté ne lui peoïiettait pas de penser qu'elle dût être la mère du Rédempteur. Sachant donc par ces passages des prophètes que le Messie devait naître à Bethléem, elle souscrivit avec joie à la volonté de Dieu, et se prépara à un voyage qu'elle savait devoir être très-pénible en cette saison, car la température était déjà très-froide dans les gorges étroites entre les montagnes. — Ce soir, j'ai vu Joseph et la sainte Vierge quitter la maison de sainte Anne en la compagnie de celle-ci, de Marie Cléophas et de plusieurs serviteurs. Marie était commodément assise de côté sur un âne, qui était en outre chargé de son bagage. Joseph conduisait l'animal. Ils avaient aussi un second âne dont la mère de la Vierge devait