‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 163 sur 304 · CHAPITRE ONZIÈME. 29B · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. 29B

gravis une terrasse élevée, de sable blanc, au milieu duquel je remarquai une quantité énorme de petites pierres noires, qu'on aurait pu prendre pour des fragments de verres et de pots. Au delà de la terrasse, je descendis dans un pays couvert d'un grand nombre d'arbres, disposés à peu près régulièrement. Il s'y trouvait des arbres au tronc couvert d'écaillés et aux lèuilles énormes; puis d'autres, de forme pyramidale, chargés de fleurs aussi belles que grandes; cette dernière espèce avait des feuilles d'un jaune verdàtre et des rameaux avec des boutons. Je remarquai encore des arbres avec des feuilles unies, en forme de cœur.

De là j'arrivai en une contrée formée de larges bandes de terrain séparées par des éminences ; là abondaient des troupeaux de toure nature. La vigne se développait sur les coteaux, ou plutôt elle y était cultivée, car les vignobles étaient disposés régulièrement sur les coteaux et protégés par des haies en clayonnage. Les possesseurs de troupeaux habitaient sous des tentes, au toit plat, fermées par des portes d'osier entrelacé; elles étaient faites avec l'étoffe grossière que l'on fabriquait dans le pays à peu près sauvage que j'avais traversé auparavant. Elles étaient ornées dans leur partie supérieure de plaques brunâtres à écailles, qui se terminaient par des franges; elles étaient faites de mousse ou de peaux de béte. Il y avait là une grande tente centrale, entourée d'un nombre considérable d'autres beaucoup plus petites. Les troupeaux, divisés par espèces, occupaient les larges espaces séparés entre eux par de petits bois assez étendus, qu'on aurait pu prendre pour des forêts, ils en avaient eu la hauteur. J'ai distingué là des troupeaux d'espèces différentes: ainsi j'ai vu des brebis avec des touffes de laine frisée sur le dos et de longues queues chargées de laine, puis des ani-

maux légers et munis de cornes comme nos boucs, ils avaient la taille de nos veaux; d'autres étaient aussi grands que les chevaux qui errent ici en liberté dans les pâturages. J'ai encore observé des troupes de chameaux et des animaux de la même espèce avec deux bosses. En un certain endroit, j'ai vu dans une enceinte des éléphants blancs et tachetés, ils étaient tout à fait privés et servaient pour les usages domestiques.

Dans le cours de cette vision, j'ai été à trois reprises différentes transportée en d'autres lieux, et toujours je suis revenue à une autre heure du jour à ces pâturages. Ils m'ont semblé appartenir, aussi bien que les troupeaux, à l'un des rois mages, à Menzor et sa famille. Les troupeaux étaient surveillés par des serviieiirs, 'couverts d'un vêtement qui leur descendait seulement jusqu'aux genoux; il ressemblait assez à la jaquette de nos paysans, seulement il se resserrait autour du corps. Je crois qu'aussitôt après le départ du chef et à cause de la durée de son ^ absence, tous les troupeaux ont été passés en revue et les têtes de bétail comptées par des surveillants; les gardiens ont été obligés de rendre compte de ce qui leur avait été confié, du moins j'ai vu venir ici de temps en temps des personnages distingués, vêtus de manteaux longs, qui se livraient à un examen sévère. Ils se rendaient à la grande tente centrale, puis les animaux étaient conduits entre cette tente et les petites, comptés et examinés avec soin; les inspecteurs avaient dans les mains des feuilles, de je ne sais quelle nature, sur lesquelles ils écrivaient des notes. Je me suis dit alors : « Oh ! si tous nos évêques examinaient avec le même soin les troupeaux confiés aux pasteurs inférieurs! »

Quand, après la dernière interruption, je revins aux pâturages, il faisait nuit. Le silence le plus profond

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