‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 166 sur 304 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Après avoir reçu les renseignements dont elle avait besoin, la caravane se remit en route, sans perdre de temps. C'était en ce pays que les trois amis, éloignés l'un de l'autre, se réunissaient pour observer les astres, et la tour pyramidale de laquelle ils le faisaient, armés de longs tuyaux, n'était pas éloignée. Théocéno demeurait plus loin que les autres, et même au delà du pays dans lequel Abraham avait vécu d'abord ; au reste, ils demeuraient tous dans les parages dé ce pays.

Dans les intervalles durant lesquels j'ai été, à différentes reprises^ transportée loin des pâturages où s'est passée cette scène, j'ai vu bien des particularités relatives aux différents pays dans lesquels Abraham a demeuré, seulement j'ai presque tout oublié. Une fois j'ai vu la montagne sur laquelle le patriarche devait immoler ïsaac, assez loin sur le côté. Une autre fois j'ai vu, avec tous ses détails, la scène d'Agar et d'Ismaël au désert, bien qu'elle se soit passée fort loin d'ici; je ne me rappelle plus l'occasion de ces visions. Le pays où Abraham demeura d'abord était plus élevé, et les terres occupées par les mages étaient à Tentour, mais beaucoup plus basses. Je vais rendre compte maintenant du tableau d'Agar et d'Ismaël.

Sur le côté de la montagne d'Abraham, un peu plus dans la direction de la vallée, j'ai vu Agar errer avec son enfant au milieu des bois, elle me sembla être complètement hors d'elle-même. L'enfant était âgé de quelques années, il avait une tunique longue. Pour elle, elle était enveloppée dans un long manteau qui lui couvrait la tête; elle avait au-dessous une sorte de tunique assez courte; le corsage était étroit, enfm ses bras étaient entourés de bandelettes qui les serraient très-fort. Elle déposa l'enfant contre une éminence sous un arbre, et lui fit des signes sur le

front, vers le haut du bras droit, de la poitrine, enfin du bras gauche. Au moment où elle partit, je ne vis plus le signe imprimé sur le front; quant aux autres qui avaient été faits sur les vêtements, ils restèrent visibles, leur teinte était un rouge foncé. Elle fit ces signes en forme de croix , sans que ce fût cependant une croix ordinaire ; c'était plutôt une croix de Malte, quatre triangles disposés en croix et dont le sommet venait aboutir à une circonférence centrale. Au milieu des quatre triangles, elle figura des signes ou des lettres, en forme de coins, mais je n'en connais plus exactement la signification; j'ai distingué surtout deux ou trois lettres au milieu de la circonférence. Elle dessina tout cela très-rapidement avec de la couleur rouge qu'elle avait à la main (peut-être même était-ce du sang); elle avait dans cette opération le pouce rapproché de l'index. Là-dessus elle se détourna de son fils, porta les yeux vers le ciel et cessa d'être inquiète, ainsi qu'elle l'était d'abord. Etant allée à une portée d'arc de cet endroit, elle s'assit sous un arbre; mais bientôt, ayant entendu une voix du ciel, elle se leva et alla un peu plus loin : là elle entendit encore la même voix, elle aperçut une source sous un berceau de verdure, elle remplit son outre, et, retournant auprès de son fils, elle lui donna à boire et le conduisit lui-même à la source; là elle lui passa un autre vêtement au-dessus de celui auquel elle avait imprimé des croix. Voilà tout ce que je me rappelle de cette vision. Je crois avoir déjà vu deux fois auparavant Agar dans le désert; une fois avant la naissance de son fils, et une autre fois, comme maintenant, avec le jeune Ismaël.

Quand la pieuse fille communiqua ces visions sur le voyage des mages (1821), elle avait déjà raconté presque toute la vie publique

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