CHAPITRE ONZIÈME
du Sauveur; ainsi elle l'avait vu, après la résurrection de Lazare (7 septembre de la troisième année), passer le Jourdain, et dans un grand voyage de seize semaines environ, visiler les mages qui, à leur retour de Belhléem, s'étaient établis avec leurs tribus dans une contrée moins éloignée de la Judée. Menzor et Théocéno vivaient encore à celle époque; quant au brun Séir, il reposait depuis plusieurs années dans le tombeau, oii le Sauveur le visita (1). 11 a fallu rappeler au lecteur ces fails postérieurs de trente-trois ans, bien que racontés antérieurement par la Sœur, pour lui donner l'intelligence de ce qui suit.
Dans la nuit du 27 au 28 novembre, comme le jour commençait à poindre, j'ai vu la caravane de Théocéno atteindre enfin, après une marche rapide, celle de Menzor et de Séir dans une ville presque entièrement ruinée. J'y ai aperçu de longues rangées ée colonnes hautes et isolées; il s'y trouvait, aux portes formées de tours carrées, renversées en partie, et en beaucoup d'autres lieux, des statues colossales et fort bien travaillées; elles étaient moins massives que celles de l'Egypte et avaient des poses très-naturelles. Le pays était sablonneux et renfermait plusieurs carrières de pierres. Ces ruines étaient habitées par des gens qui me parurent vivre de brigandages. Leur aspect avait quelque chose d'effrayant, ils avaient pour tout vêtement des peaux de bêtes et étaient armés de javelots. Ils avaient le teint brunâtre, ils étaient courts, massifs et cependant ne manquaient pas d'agilité. Je crois être déjà passée par ici, peut-être dans les voyages que j'ai faits à la montagne des Prophètes et sur les bords du Gange. Les trois caravanes s'étant réunies quittèrent la ville au point du jour et poursuivirent leur route avec une rapidité extrême. Plusieurs des pauvres gens qui habitaient les ruines, s'attachèrent aux voyageurs à cause de la générosité dont ils avaient usé à leur égard. Ils devaient encore marcher un demi-
Vie de Notre- Seigneur, tom, V, chap. xxvii, p. 445.
jour sans s'arrêter, puis faire une halte d'un jour entier. — Après la mort du Sauveur, l'apôtre saint Jean -envoya les deux disciples, Saturnin (1) et Jonadab, le dernier frère de Pierre, annoncer l'Evangile dans celte même ville ruinée.
J'ai donc enfin vu les trois mages réunis. Le dernier venu, Tliéocéno, était le plus éloigné de la Judée; son teint était jaunâtre; j'ai reconnu en lui le mage que le Sauveur trouva malade dans sa tente, quand, trente-trois ans plus tard, il visita les mages dans leur nouvel établissement voisin de la Palestine (2). Chacun d'eux a avec lui quatre parents ou amis de sa famille, de façon que la caravane se compose de quinze hommes de naissance distinguée, qu'accompagnent un grand nombre de serviteurs et de chameliers. Entre autres jeunes gens de la suite qui sont nus jusqu'à la ceinture et qui me paraissent trèsagiles à la course et dans tous les exercices du corps, j'ai reconnu cet Eléazar qui fut martyrisé plus lard et dont je possède une relique.
NOMS DES MAGES, — - LEUR COSTUME. — ORGANISATiON DE LA CARAVANE.
Dans l'après-midi, le confesseur de la sœur Emmericli lui ayant demandé les noms des mages, elle répondit : « Menzor, qui est brunâtre, reçut le nom de Léandre au baptême qui lui fut administré
(1) La Sœur vit le jour de la fête de saint Saturnin, duquel elle possède une relique. le cortège des mages traverser celte ville, c'e pour cela qu'elle lit reinarquer les liens qui l'unissaient à elle. P lus lard l'écrivain vit dans la légende de ceVaint {Ribadéneira^ Fleurs des vies des saints) que Saturnin porla l'Evangile en Asie et jusque dans la Médie. Voir Fie de Notre-Seigneur, tom. VI, chap. xxxi.
(2) Vie de Noire-Seigneur Jésus-Christ, tom. V, chap. xvu, p. M4.