HÉRODE ET LES MAGES
Le château d'Hérode, édifice fort élevé, n'était guère éloigné de ce bâtiment; je vis que toute la route était éclairée avec des flambeaux et des lanternes suspendues à des bâtons. Le prince, ayant fait descendre l'un de ses officiers, fit introduire secrètement dans le palaisle vieux roi Théocéno; il était alors
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plus de dix heures du soir. Il fut reçu dans l'une des salies par un des courlisans d'Hérode qui l'interrogea sur les motifs de son voyage. Il répondit simplement à toutes les questions qui lui furent faites et le pria de demander à Hérode où se trouvait le nouveau-roi des Juifs, dont ils avaient suivi l'étoile et auquel ils voulaient rendre leurs hommages. Le courtisan ayant porté ce message au prince, celui-ci fui extrêmement troublé; cependant il dissimula son embarras et fit répondre qu'il prendrait des informations à ce sujet : en attendant, ils pouvaient se reposer tranquillement, le lendemain matin il les recevrait tous et leur ferait part des résultats de ses recherches. Théocéno rejoignit donc ses amis sans pouvoir leur apporter de bonnes nouvelles. Rien n'avait été disposé pour la nuit, ils rechargèrent même en partie leurs montures. Ils ne dormirent point de toute la nuit; je les vis parcourir la ville en différents sens avec des guides et contempler le ciel, comme s'ils cherchaient leur étoile. La ville était tranquille , mais les gardes de la cour où s'étaient établis les mages étaient en mouvement et s'interrogeaient. Les mages penchaient à croire qu'Hérode était parfaitement au courant de ce qu'ils demandaient, mais qu'il voulait le leur cacher.
Au moment où Théoceno fut introduit chez Hérode, on y célébrait une fête; les salles .étaient éclairées, il s'y trouvait un grand nombre d'hommes du monde et de femmes richement parées. Les questions faites par Théocéno sur le compte d'un roi nouvellement né l'inquiétèrent beaucoup, et illitconvoquer immédiatement les princes des prêtres et les docteurs de la loi; je les vis arriver chez lui un peu avsint minuit, des rouleaux sous le bras ; ils avaient leurs vêtements sacerdotaux, leurs pectoraux et des ceintures ornées de lettres, j'en vis autour de lui au moins une vingtaine.
Il leur demanda en quel lieu le Christ devait naître. Alors, déployant leurs rouleaux, ils M en montrèrent un passage, en disant : « C'est à Bethléem de Juda, car il est écrit dans le prophète Michée : Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre des villes principales de Juda. Car c'est de toi que sortira le Dominateur, qui doit conduire Israël, mon peuple. » Bientôt Hérode alla se promener avec plusieurs d'entre eux sur la plate-forme du palais et chercha en vain à voir l'étoile dont Théocéno lui avait parlé. Il était dans une grande agitation, les doctes prêtres s'efforcèrent de le tranquilliser par tous les moyens possibles, lui disant qu'il ne fallait pas tenir le moindre compte de tous les dires de ces orientaux : c'étaient des aventuriers qui s'abandonnaient avec leurs étoiles à toutes sortes de fables; s'il était arrivé quelque chose de ce genre, on l'aurait su depuis longtemps à Jérusalem, au temple aussi bien qu'à la cour.
DIMANCHE 23 DÉCEMBRE. — Ce matin, de bonne heure, j'ai vu Hérode faire appeler mystérieusement les mages au palais. On les reçut sous une arcade, et on les conduisit dans une salle où l'on avait disposé pour les recevoir des rameaux et des bouquets dans des vases, ainsi que des rafraîchissements. Au bout de quelque temps, le prince ayant paru, ils s'inclinèrent devant lui, et l'interrogèrent touchant le roi des Juifs dont ils avaient appris la récente naissance. Hérode cacha autant que possible le trouble qui l'agitait, et simula même une grande joie. Il y avait encore avec lui quelques docteurs de la loi. Il interrogea les étrangers sur ce qu'ils avaient vu, et Menzor lui décrivit la dernière image qu'ils avaient aperçue dans l'étoile, immédiatement avant leur départ. C'était une Vierge et devant elle un enfant, du flanc droit duquel sortait un rameau lumineux, destiné à
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soutenir une tour avec plusieurs portes. Cette tour s'était transformée ensuite en une grande cité ; ils avaient vu au-dessus l'eniant avec un appareil royal, la couronne, Tépée, le sceptre; alors les rois de la terre étaient venus avec eux se prosterner devant l'enfant et l'adorer, car il possédait un royaume qui devait dominer sur tous les royaumes du monde. Hérode leur répondit qu'il y avait une prophétie de ce genre touchant Bethléem d'Ephrata; il leur conseillait donc d'y aller en secret et de faire toutes les recherches nécessaires; quand ils auraient trouvé et adoré l'enfant, ils reviendraient le trouver; ainsi il pourrait aller lui-même lui offrir ses hommages. Les mages se retirèrent bientôt, sans avoir rien accepté des rafraîchissements qu'on avait disposés pour eux; le jour commençait à peine à poindre, car les flambeaux étaient encore allumés à l'entrée du château. Hérode les a reçus en secret, à cause des bruits qui circulaient dans la ville. Cependant, le jour étant venu, ils firent les préparatifs du départ. Les étrangers, qui s'étaient réunis à eux sur la route, s'étaient dès la veille répandus dans la ville.