CHAPITRE TREIZIÈME
LES MAGES ET LA CRÈCHE (suite).
lAS MAGES ARRIVENT A BETïlLÉEM.
Le dimanche 23 décembre, dans la soirée, j'ai vu le cortège des mages arriver en avant de Bethléem, auprès de rédifice dans lequel Marie et Joseph s'étaient fait inscrire. Il était situé sur l'emplacement de la maison du père de David, dont quelques murailles subsistaient encore, et les parents de saint Joseph l'avaient possédé. C'était un grand bâtiment, entouré de plusieurs autres plus petits; il était précédé d'une cour renfermée, en avant de laquelle était une place ornée d'une fontaine et plantée de beaux arbres. J'ai vu, sur cette place, des soldats romains à cause du recensement qui se faisait en cet endroit. Quand la caravane approcha, un g>rand nombre de curieux se pressèrent autour d'elle. L'étoile avait disparu, ils éprouvaient quelque inquiétude. Plusieurs hommes s'approchèrent d'eux et les interrogèrent. Ils descendirent; des officiers, sorlis du château, vinrent audevant d'eux, des rameaux à la main, et leur offrirent une petite réfection de fruits, de petits pains et de rafraîchissements; c'était ainsi qu'on souhaitait d'ordinaire la bienvenue aux étrangers de l'Orient. Pendant ce temps-là, je vis qu'on conduisit leurs mon-tures auprès de la fonlaine, sous les arbres, pour les
CflAPITRE TREÎZIÈ.uE.
îîbreuver. Je me dis alors: On est bien plus eimabie à leur égard qu'on ne l'a été à l'égard du pauvre Joseph; c'est sons doute à cause des petites pièces d'or qu'ils distribuent si généreusement. On leur, indiqua la vallée des Bergers comme étant très-convenable pour un campement. Ils restèrent quelque temps indécis; je ne les entendis plus prendre d'informations sur le^ouveaii-né; ils savaient que Bethléem était l'endroit marqué par les prophéties, et les paroles d'Hérode leur faisaient craindre quelque piège. Bientôt, cependant, ayant vu briller sur le côté de la ville une lueur assez semblable à l'aspect de la lune au moment où elle commence à se lever, ils remontèrent sur leurs chameaux, longèrent du sud à Test des fossés et des murailles ruinées, et ar- . rivèrent ainsi à peu de distance de la grotte de la CTèche, du côté du champ sur lequel les anges avaient apparu aux bergers. Quand la caravane fut arrivée derrière la grotte, auprès du tombeau de Maraha, les mages descendirent, leurs gens déchargèrent les bêtes de charge, dressèrentune grande tente qu'ils avaient avec eux et prirent différentes dispositions pour le campement, avec le secours de quelques bergers qui leur avaient indiqué cet emplacement. Déjà le camp était en partie établi, quand les mages virent l'étoile briller au dessus de la grotte avec un éclat extraordinaire et une gerbe de feu s'en détacher, comme pour descendre en ligne droite sur la maison. Elle leur parut grossir en s'approchant, pour former bientôt une masse de lumière qui me sembla trèsconsidérable. D'abord ils regardèrent l'étoile avec étonnement,il faisait sombre, ils n'aperçurent pas de maison, mais seulement la forme d'une colline ou plutôt d'un terrassement. Tout a coup, ils furent transportés d'une grande joie, ils avaient reconnu dans la gerbe de feu la figure lumineuse d'un enfant^
tel queceluiqu'iisavaient vu jusqu'alorsdans l'étoile; tous aussitôt se découvrirent et témoignèrent de leur respect ; les trois rois se dirigèrent vers la colline et trouvèrent la porte de la grotte. Menzor, l'ayant ouverte, vit la grotte remplie d'une lumière céleste et dans le fond la Vierge assise avec l'enlant, ainsi qu'ils l'avaient toujours vue dans leurs tableaux. *
Aussitôt il revint et fit part de sa découverte à ses compagnons : sur ces entrefaites, Joseph étant sorti de la grotte avec un vieux berger, ils lui dirent simplement qu'ils venaient adorer le roi nouveau-né des Juifs, dont ils avaient vu l'étoile, et lui offrir leurs présents. Joseph leur souhaita amicalement la bienvenue; quant au vieux berger, il les accompagna jusqu'à l'endroit où la caravane s'était arrêtée et les aida à prendre différentes dispositions,
ILS RENDENT LEURS HOMMAGES A l'eNFANT JÉSUS.
Cependant les mages se préparèrent à la grande solennité par laquelle ils voulaient honorer le Sauveur. Je leur vis mettre de grands manteaux blancs à longue queue; ils étaient d'un jaune brillant (je crus y voir delà soie brute), extrêmement fins, et flottaient au gré du vent. Ils portaient toujours ce genre de manteaux dans les cérémonies religieuses: Ils avaient tous les trois diffé/rênts objets, et en parlicnlier de petites boîtes d'or, assez semblables à des bonbonnières surmontées d'un bouton, altacbées par des chaînettes à la ceinture et qui faisaient bouffer leurs manteaux. Chacun des mages était accompagné des quatre jeunes chefs appartenant à sa famille; en