‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 199 sur 304 · REPAS OFFERT AUX MACES PAR SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

REPAS OFFERT AUX MACES PAR SAINT JOSEPH

Cependant Joseph, avec l'aide de deux vieux bergers, avait disposé un modeste repas dans la lente des rois. Je les vis apporter des plats avec du pain, des fruits, des rayons de miel, des herbes, et des flacons de baume, et ranger le tout sur une table basse, recouverte d'un tapis. Dès le matin il avait réuni ces différents objets à l'intention des mages dont la Vierge lui avait annoncé la prochaine visite. Après la prière du soir, les rois étant revenus à la tente avec leurs compagnons, je vis que Joseph les reçut fort amicalement et les invita à partager son modeste repas : il s'assit donc avec eux autour de la table, et ils se mirent à manger. Loin d'être intimidé^ il était tellement heureux que des larmes de joie lui coulaient des yeux. Cette scène me rappela feu mon père, le pauvre paysan, qui, au jour de ma prise d'habit, fut obligé de se mettre à table avec tant de gens distingués; d'abord, dans sa simplicité et son humilité j il avait été très-ému, mais bientôt il se sentit tellement heureux qu'il ne put retenir ses larmes; sans le vouloir, il fut le héros de la fête. Le repas terminé, Joseph prit congé de ses hôtes. Plusieurs des personnages les plus distingués de la caravane logèrent dans une hôtellerie de Bethléem, tandis que les autres prirent place sur les couches qui leur avaient été préparées dans la grande tente. De retour à la grotte, Joseph réunit toutes les offrandes à droi'e de la crèche, dans un coin, qu'il ferma par des nattes, de façon à cacher les objets qui y avaient étédéposés. La servante d'Anne, qui était restée pour assister la Vierge, s'était tenue pendant toute la cé-

rémonie dans un petit souterrain latéral, dont la porte touchait à celle de la grotte principale; elle n'était rentrée qu'au moment où ils venaient de sortir. Elle était grave et modeste ; je n'ai vu ni elle ni la sainte famille considérer les présents des mages avec une curiosité mondaine. Tout fut reçu avec une humble reconnaissance pour être bientôt distribué avec une inépuisable libéralité.

Ce soir, à Bethléem, lors de l'arrivée de la caravane, je vis un peu de tumulte à la maison du recensement; puis il y eut dans la ville un certain nombre d'allées et de venues. Les gens qui avaient suivi la caravane jusqu'à la vallée des Bergers, n'avaient pas tardé à revenir. Plus tard, tandis que les mages offraient avec tant de recueillement et de joie pieuse leurs présents et leurs adorations à la crèche, j'ai vu dans les environs plusieurs individus qui, après avoir observé à distance ce qui se passait, revinrent en murmurant à Bethléem et hrent ensuite des rapports fort peu conformes à la réahté. Je ne pus m'empêcher de pleurer amèrement sur ces infortunés. Combien je souffris en songeant à ces méchants qui maintenant, aussi bien qu'alors,, quand le saint se met en communication avec l'homme, vont, viennent, observent, murmurent et répandent ensuite les sottes inventions de la haine! Oh ! combien j'ai pleuré sur ces malheureux; ils ont le salut si près d'eux, et ils le rejettent, tandis que ces bons rois, pleins de foi dans la réalisation de la promesse, ont fait ce long voyage et trouvé enfin le salut. Oh ! combien je déplore la dureté et l'aveuglement des pauvres mortels. — Aujourd'hui, pendant toute la journée, j'ai vu Hérode parcourir les Ecritures avec un grand nombre de docteurs et discuter les affirmations des mages. Bientôt cependant on rentra dans le silence comme si l'on avait pris le parti de laisser tomber la chose.

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