CHAPITRE TREIZIÈME
roulait sur quelque chose que l'on avait à la main. J'ai encore vu tisser entre les arbres; le métier était blanc et très-simple; l'étoffe avait bien la largeur de mon bras(l).
Elle dit encore quelques jours après :
Mon médecin m'a souvent interrogée au sujet d'un petit morceau de soie d'un tissu singulier. J'en ai vu dernièrement un morceau chez moi, et j'ignore maintenant ce qu'il est devenu. J'y ai songé et je me suis rappelé que j'ai eu à cette occasion le tableau du tissage de la soie ; c'était plus à l'estque le pays des ma geSjdans une contrée qui fut visitée par saint Thomas. J'ai dit à tort que ce morceau n'appartient pas aux étoffes des mages, c'est une erreur que le Pèlerin doit effacer. On me l'a donné pour faire une expérience déraisonnable, sans s'inquiéter de l'objet qui m'occupait alors intérieurement. Il résulte de cela des confusions et tout alors devient obscur. J'ai revu les étoffes précieuses et je sais maintenant où elles sont. 11 y a quelques années, j'ai donné à ma belle-sœur qui habite Flamske (c'était peu de temps avant ses dernières couches) un petit paquet dont les bouts sont cousus ensemble, comme l'étoffe qui recouvre un bouton. Elle m'avait priée de lui prêter quelque chose qui lui donnât du courage ; je lui ai donné ce petit paquet qui m'apparaissait lumineux et que je savais avoir été autrefois en contact avec la sainte Vierge. Je ne me rappelle pas actuellement, si, à cette époque, j'en ai considéré exactement le contenu, mais l'excellente femme en a retiré d'abondantes consolations. Je l'ai revu la nuit dernière; elle l'a encore, il est solidement cousu. Il renferme un petit morceau de tapis d'un rouge foncé, deux petits frag-
(1) Elle commença alors à décrire le métier, mais le temps ne lui permit pas de le faire d'une manière complète.
ments d'une étoffe légère, comme de la gaze, de la couleur de la soie brute, quelque chose comme de l'indienne verte, un petit morceau de bois et quelques petits éclats de pierre blanchâtre. J'ai fait prier ma belle-sœur de me les renvoyer.
Quelques jours après, sa belle-sœur, étant venue lui faire visite^ lui rapporta le précieux paquet. Rentré chez lui, Fécrivain ouvrit avec beaucoup de précautions le petit sachet, gros à peu près comme une noix, détaclia l'un de l'autre les morceaux d'étoffe qui y étaient roulés, les mouilla et les étendit dans un livre. Il y avait trouvé un morceau d'élotï'e de laine assez épais, d'environ deux pouces carrés^ d'un rouge brun sur la plus grande partie de sa surface et violet foncé en certains endroits, deux bandes carrées de deux doigts environ de côté, d'un tissu léger assez semblable a de la mousseline et ayant à peu' près la couleur de la soie brute, de plus un morceau de bois et quelques pelits éclats de pierre. Le soir venu, il présenta n la pieuse fille les morceaux d'étoffe enveloppés dans quelques feuilles de ]>apier. Ne sachant pas ce que c'était, elle dit d'abord : « Que voulez-vous que je fasse de ces lettres? » Mais bientôt, elle prit en main le papier, et, sans même l'avoir ouvert, elle dit à son ami :
Il faut conserver le tout avec soin, sans en perdre un seul fil. Le tissu épais qui a maintenantun aspect brunâtre était autrefois parfaitement rouge; c'est un fragment d'un tapis à peu près aussi grand que ma chambre. Les serviteurs des mages Tétendirent sur le sol de la grotte, et Marie s'assit dessus avec l'enfant Jésus, lorsque les rois lui offrirent de l'encens; elle l'a conservé dans la grotte et porté sur l'àne à Jérusalem, quand elle s'y rendit pour sa purification. Le tissu léger comme de la gaze provient d'un manteau court, forme de trois bandes séparées et réunies par un collet, et qui flottaient sur les épaules au gré du vent; c'était ùne sorte d'étole qu'ils ne portaient que dans les cérémonies ; l'extrémité était garnie de franges et d'autres ornements. Les petits fragments de bois et de pierre ont été apportés de la Terre-Sainte, à une époque relativement assez récente.