CHAPITRE QUINZIÈME
s'asseoir quelques instants; elle avait son enfant devant elle, elle était inquiète et priait. Tandis que, comme Agar au désert, elle demandait à Dieu de l'eau pour son enfant, mon attention fut attirée par une scène singulièrement touchante. La caverne dans laquelle Elisabeth avait cherché un refuge pour le petit Jean-Baptiste, se trouvait non loin delà, au milieu de rochers sauvages; je vis le petit Jean, inquiet et impatient, aller et venir aux alentours de sa caverne, parmi les rochers et les broussailles. Je ne vis point Elisabeth en cette circonstance. La vue de l'enfant, marchant ou plutôt courant d'un pas assuré dans le désert, fit sur moi une impression touchante et profonde. De même que, encore renfermé dans le sein de sa mère, il avait tressailli en sentant son Sauveur auprès de lui, ainsi maintenant il s'agitait en le sentant près de lui endurant le tourment de la soif. Je vis très-bien l'enfant; il avait une peau d'agneau jetée en travers sur ses épaules et liée autour du corps; il portait à la main son petit bâton, à l'extrémité duquel flottait une sorte de bannière d'écorce. Il sentit que Jésus passait, que Jésus avait soif; il se jeta à genoux et implora le ciel les bras étendus; puis, s'étant levé précipitamment, il alla, comme s'il obéissait à une inspiration, vers le bord du rocher et frappa le sol de son bâton; il en jaiUit aussitôt une source abondante. Il se porta au même moment à l'endroit où elle se déchargeait; là il s'arrêta et vit à distance passer la sainte famille (1). En ce moment
, (i) Elle eiileiîdit le Sauveur lui-même raconter cette scène touchîinte dans le cours de ses visions suivies sur la vie de Notre- Seigneur : ce fut le 14 janvier de la seconde année, quand elle le vit a ^Jota dans la maison paternelle de Jean-Bapliste, en la compagnie de la sainte Vierge, de Pierre, de Jean et de trois disciples fidèles du Précurseur. Il commença par les consoler de la mort de Jean-Baptiste qui avait eu lieu le 20 thébet à Machéronte, dans le cours des fêtes anniversaires de la naissance d'Hérode. On avait
VIE DE LA TRÈS-SAINTE VIERfxE.
îa Vierge souleva un peu le divin Enfant, et lui dit en lui montrant son Précurseur : « Regarde, voilà le petit Jean dans le désert; » et je vis Jean, plein d'allégresse, bondir auprès du filet d'eau et agiter en jouant la banderole qui terminait son bâton, mais bientôt il rentra dans le désert.
. Cependant la source ne tardait pas à se rapprocher du chemin que suivaient les voyageurs; après l'avoir passée, ils s'arrêtèrent, pour se reposer, en un endroit assez agréable, et ombragé par quelques arbres. Marie descendit de l'àne avec le divm Enfant. Elle était profondément émue, ainsi que Joseph. Elle s'assit sur le gazon. Joseph fit à quelques pas de là un trou qui fut bientôt remph d'eau. Quand l'eau fut devenue claire, ils en burent. Marie lava son enfant; en même temps chacun se rafraîchit les mains, les pieds et le visage. Joseph conduisit auprès du tllet d'eau l'animal fidèle qui s'abreuva largement, puis il remplit son outre. Ils étaient pleins de reconnaissance pour Dieu. Le gazon desséché fut rafraîchi; bientôt on vit luire quelques rayons de soleil, on se sentit rafraîchi, consolé, heureux. Leur halte en cet endroit fut bien de deux à trois heures.
DERNIÈRE STATION SUR LE TEREITOIRE d'HÉRODE. — DÉTAILS PERSONNELS A LA NARRATRICE.
La dernière station des fugitifs sur les terres sou-
commencé par étendre sur le sol un tapis que Marie et Elisabeth avaient fait ensemble à Jota et sur lequel elles avaient brodé plusieurs sentences d'un sens profond. Entre autres choses relatives à son Précurseur, le Sauveur dit alors qu'il ne Tavait vu que deux fois avec les yeux du corps, ce jour-là, lors de la fuite en ;,Es>yptej et au jour de son baptême. (Voir pour plus de détails la Fie de ISotre- Seigneur, lom. IV, chap. xv, p. 70 et suivantes.)