‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 244 sur 304 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

mises à la domination d'Hérode n'était pas éloignée d'une ville située sur les frontières du désert, à deux ou trois lieues de la mer Morte; cette ville s'appelait Anam, Anem ou Anim (1). îls s'arrêtèrent dans une maison isolée; c'était une hôtellerie à l'usage des voyageurs qui visitaient le désert. On y trouvait plusieurs cabanes et hangars s'appuyant contre une „. éminence, et à quelque distance un certain nombre d'arbres fruitiers que la main de l'homme n'avait pas plantés. Les habitants me parurent être des chameliers, car ils avaient un certain nombre de chameaux dans des pâturages renfermés. Ces gens-là vivaient assez mal, ils s'étaient même livrés au brigandage ; cependant ils reçurent bien la sainte famille et se montrèrent hospitaliers. La ville voisine était aussi habitée par des gens indisciplinés qui s'y étaient étabhs à la suite d'une guerre. L'un d'eux, âgé de vingt ans et nommé Ruben, se trouvait alors à l'hôtellerie (2).

JEUDI 8 MARS. ~ Les étoiles brillaient au ciel, la sainte famille traversait durant la nuit un endroit sablonneux où l'on ne voyait que des arbustes desséchés. Il présentait de grands dangers, à cause d'une multitude de serpents qui se tenaient sous le feuillage dans les trous. Ils s'approchèrent en effet de la roule

(1) Elle hésita entre ces différents noms.

(2) EUe ne mentionna aussi cette station que dans ses récits sur la vie de Notre-Seigneur. Le 8 octobre après son baptême, le Sauveur, partant de la vallée des bergers, se rendit seul en cette localité^ converlit Ruben et guérit plusieurs malades, tandis que ses disciples l'atlendaient près d'EpIiraïm, dans la grotte dont on a parlé plus haut. Il enseigna à l'endroit même où la sainte famille s'était reposée et av ait pris son repas, et attribua ses bienfaits de ce jour-la à Thospitalité qu'on avait autrefois pratiquée a son égard. Pour arriver à cet endroit de la grotte d'E,)hraïm, il avait dû longer Hébron. Saint Jérôme et Eusèbe mentionnent une localité du nom d'Anim ou Anem, à neuf milles d'Hébron au sud, dans le district de Daruma. ( Voir la Vie de Notre- Se'Kjneur^ tom. 1, chap. vu, p. 185.)

en sifflant, et dressèrent la tête du côté de la sainte famille; mais, sans doute à cause de la lumière divine qui entourait les fugitifs, ils les laissèrent passer sans leur faire de mal. Je vis encore d'autres animaux non moins affreux. A leur corps long et noir se rattachaient des pattes très-courtes et des espèces d'ailes comme de grandes nageoires. Ils semblaient voler au-dessus du sol, et avaient dans la forme de leur tête quelque chose qui rappelait le poisson (1). Derrière le bois, j'ai vu la sainte famille se diriger vers un enfoncement considérable, assez semblable à l'ouverture d'une tranchée ou chemin creux; ils voulaient s'y reposer quelques instants. Je m'inquiétai beaucoup au sujet de la sainte famille. L'endroit était affreux. Je voulais faire avec la haie un abri pour couvrir la partie ouverte; mais aussitôt un animal affreux, semblable à un ours, vint à moi et m'effraya extrêmement. Au même instant un de mes amis, un prêtre mort récemment à un fort grand âge, se montrant à moi sous les traits d'un beau Jeune homme, prit l'animal par la gorge et le rejeta de l'abri oà il avait pénétré. Je lui demandai comment il pouvait encore revenir sur la terre , alors qu'il était certainement beaucoup mieux à l'endroit où il se trouvait; il me répondit : « J'ai seulement voulu vous rendre service, je ne serai pas longtemps ici. » Il ajouta que je le reverrais encore une fois (2).

(1) il s'agil sans doute de lézards-volants.

(2) Toute celte scène est une action parabolique en songe. Elle veut pratiquer une œuvre de miséricorde à l'égard des voyageurs. Une faute dont elle se rend coupable, un mouvement de colère ou d'impatience, ne lui permet pas de réaliser sa bonne résolution; un ours lui barre le chemin et lutte contre elle; alors un ami qu^elIe a perdu et auquel elle a rendu de grands services tant pour Tàme que pour le corps, lui apparaît, et se tient à ses côtés; il repousse Tours, c'est-à-dire qu'il la délivre des attaques de la colère.

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