CHAPITRE QUINZIÈME
emmaillotlés; ils étaient attachés à ces arbres par de larges bandes d'étoffe avec des figures ou des lettres. J'ai vu aussi çà et là des hommes gros, massifs, habillés à peu près de la même façon que ceux que j'ai vus une fois travailler le coton dans le pays des mages; je les ai vus se réunir au pied des idoles et leur rendre des hommages. La sainte famille se retira sous un hangar où étaient renfermés des animaux qui firent place et sortirent. Les voyageurs manquaient complètement des objets les plus nécessaires, n'ayant ni eau ni pain , personne ne leur donnait quoi que ce fût; Marie avait une peine incroyable à nourrir son enfant, ils ont beaucoup à souffrir dans ce voyage. Enfm quelques bergers, étant venus abreuv.er leur bétail à un puits ordinairement fermé,- leur donnèrent un peu d'eau sur les instantes prières de saint Joseph. Je vis ensuite les pauvres fugitifs, sans ressources et épuisés, parcourir un petit bois, à l'extrémité duquel ils trouvèrent un dattier très-élancé; les fruits étaient au sommet, réunis en grappes. Marie s'approcha de l'arbre avec l'enfant sur les bras; elle pria quelque temps et souleva fenfant; aussitôt l'arbre abaissa son sommet, ei les voyageurs purent cueillir tous ses fruits; il conserva la même position. Un grand nombre de gens du bourg précédent suivirent les fugitifs, et Marie donna généreusement des fruits à des enfants demi-nus qui couraient après elle. A un quart de lieue environ du premier arbre, je lésai vus arriver à un sycomore très-haut et en même temps extraordinairement gros. Il était creux; ils s'y cachèrent à cause du grand nombre de gens qui les suivaient; ceux-ci les avaient perdus de vue et passèrent devant l'arbre sans les apercevoir. Ils passèrent la nuit dans cet abri.
Le lendemain, ils eurent encore à traverser un désert. Privés d'eau depuis longtemps et tout à fait
épuisés, ils s'assirent sur un monticule de sable; la Vierge, ayant adressé à Dieu une fervente prière, vit jaillir à ses côtés une source abondante qui couvrit de ses eaux le voisinage. Joseph, ayant ouvert une petite éminence de sable, y creusa un bassin et fit un conduit pour l'écoulement de l'eau. Ils se reposèrent un peu en cet endroit; Marie lava le divin entant, Joseph abreuva la monture et remplit d'eau l'outre suspendue à son cou. Je vis des animaux affreux, semblables à de gros lézards , et aussi des tortues s'approcher et se rafraichir avec l'eau de la fontaine. Ils ne firent aucun mal aux fugitifs et les regardèrent même avec amitié. L'eau arrosa un espace assez considérable et vint enfin se perdre non loin de l'endroit où la source avait jailli. Cet endroit fut singulièrement privilégié; bientôt il fut tout couvert de verdure et on y vit venir des baumiers magnifiques; à son retour de l'Égypte, la sainte famille put se rafraichir avec la liqueur qu'elle y recueiUit. Le même lieu jouit plus tard d'une grande célébrité sous le nom de Jardin des Baumiers. Différentes personnes vinrent s'y fixer, ainsi, si je ne me trompe, la mère du petit lépreux guéri par le Sauveur. J'ai encore vu des tableaux d'une époque postérieure, se rapportant à ce même endroit. Une magnifique haie de baumiers peu élevés servait de clôture au jardin, lequel renfermait d'ailleurs de beaux arbres à fruits. Plus tard, on y creusa un autre puits plus profond et plus large que Fautre. Une roue mise en mouvement par des bœufs en retirait de l'eau que l'on mêlait à celle de la source de Marie pour arroser tout le jardin ; car, seule, l'eau du nouveau puits aurait été nuisible. Il me fut dit Bussique les bœufs qui faisaient mouvoir la roue, se reposaient du samedi à midi jusqu'au lundi matin.