‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 255 sur 304 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

inetière que Ton trouve à côté de l'église paroissiale de Dulnien. Il fallait passer une porte, puis deux murailles épaisses avant d'arriver à celle cour, laquelle était fermée de trois côtés par des bâtiments. A droite et à gauche il n'y avait qu'un étage. Le bâtiment central eîl avait deux et ressemblait à une vieille synagogue en ruine. Ces trois bâtiments communiquaient avec la cour par des portes. Après avoir fait entrer les mères dans la cour, on les conduisit dans les bâtiments latéraux, où on les enferma; j'ai cru d'abord que c'était une espèce d'hôpital ou d'hôtellerie. Se voyant privées de la liberté, elles s'inquiétèrent et se mirent à pleurer et à se lamenter; elles passèrent toute la nuit dans cette désolation.

Le lendemain, 9 mars, elle ajoula :

Aujourd'hui, après midi, j'ai eu sous les yeux un spectacle épouvantable. J'ai vu au tribunal le massacre des saints Innocents. Le grand bâtiment central qui fermait la cour comprenait deux étages, l'étage inférieur consistait en une immense salle slnguhèrement lugubre, c'était une prison ou le corpsde-garde du tribunal; au second étage se trouvait une salle dont les fenêtres donnaient sur la cour. J'ai vu là plusieurs hommes réunis comme en un tribunal; ils avaient devant eux des rouleaux sur une table. Je crois qu'Hérode était aussi présent; du moins j'ai vu quelqu'un avec un manteau rouge garni d'hermine ; il avait une couronne sur la tête; je l'ai vu, au miUeu d'un groupe, regarder dans la cour par la fenêtre. Les mères furent appelées une à une des bâtiments latéraux où on les avait enfermées, dans la grande salle du bâtiment central. A l'entrée^ des soldats leur prenaient leurs enfants, les portaient dans la cour, où une vingtaine de bourreaux, armés de lanceset de sabres, les perçaient à lagorgeouau cœur.

De ces enfants, les uns étaient emmaillottés et leurs mères les allaitaient encore, d'autres avaient de jolies petites robes. On ne se donnait pas la peine de les dépouiller, on les frappait au cœur ou à la gorge^ on les prenait par un bras ou par une jambe, et on les entassait avec les autres. C'était un spectacle * . épouvantable. Les mères furent entassées par les soldats dans la grande salle; voyant le sort de leurs pauvres enfants, elles poussèrent de grands cris^ se déchirèrent les cheveux et se cramponnèrent les unes aux autres. Enfm elles furent tellement pressées qu'elles pouvaient à peine faire le moindre mouvement. Je crois que le massacre se prolongea jusqu'au soir. Les enfants furent ensuite jetés dans une fosse creusée dans cette même cour. Leur nombre me fut indiqué, mais je ne me le rappelle pas exa'Ctement, je crois cependant que c'était 700 et encore un autre nombre, 7 ou 17. Ce chiffre me fut rendu intelligible par un mot qui renfermait un son assez semblable à ducen; je crois avoir dù, pour former ce chiffre, employer plusieurs fois la lettre c (i).

J'ai été extrêmement épouvantée de ce spectacle. D'abord je ne savais pas où se passait la scène, je croyais même que c'était ici. Lorsque je me réveillai, j'eus beaucoup de peine à me remettre. La nuit suivante, je vis les mères enchaînées ramenées par les soldats dans leur patrie respective. Le massacre des saints Innocents eut lieu dans la cour de l'édifice qui servait alors de tribunal et qui n'était pas fort éloigné de celui qui fut ensuite le prétoire de Pila te; au temps de la passion, il avait reçu des modifications. Lors de la mort du Sauveur, la fosse qui avait reçu les corps des saints Innocents s'ouvrit; leurs âmes apparurent et sortirent de cet endroit.

(1) Ce mot était peut-6tre le mot latin ducenti.

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